Du 30 septembre au 6 novembre 1975

Publié le par André Gintzburger

30.09 – Je suis bien content, parce que comme l’ESSAI SUR LES ŒUVRES DE PIERRE LOUYS du Théâtre Essaïon, BILITIS ET APHRODITE, c’était pas long, j’ai pu d’un coup de métro faire acte de de présence au Palace qu’on ré-inaugurait, et assister à toute la 2e partie de UNE ANÉMONE POUR GUIGNOL, le spectacle d’adieu de Maréchal à Lyon, qui est tendre, comme tous les spectacles de Maréchal, et doucement subversif sans que ça aille trop loin ou que ça vole trop haut, et lourd en matériel et pesant en durée, et souvent ennuyeux et parfois beau, avec des « moments » hélas rares, et une belle envolée au sens propre du mot de Ballet (l’acteur qui joue Guignol) à la fin du spectacle. Je me suis un peu fait chier durant cette moitié de spectacle que j’ai trouvée au surplus complaisante, mais qui, bien sûr, est de tenue. Comme on m’a dit à la fin (des gens qui avaient tout vu) que  la 2e partie « rachetait » la 1ère (celle que je n’ai pas vue), je me suis accordé congé pour demain.
Pour ce qui est de Bilitis, Colette Godard a imprimé dans LE MONDE que Régis Santon y avait dévoré Pierre Louÿs à belles dents ! Moi, je n’ai pas remarqué de subversion dans ce spectacle et d’ailleurs je n’y ai rien décelé. J’ai vu 4 belles nanas dansotter et se « gouiner » quelque peu, j’ai entendu vanter le mérite des courtisanes, j’ai par moments perçu des mots d’un texte qui me passait par-dessus la tête, j’ai émergé de fumigènes et j’ai garé mes jambes des étincelles que projetaient certaines torches, j’ai écouté de la musique qui était de Wagner et qui par conséquent était belle. Marie-France Santon en reine de beauté ne m’a pas paru faire le poids, mais elle a de l’émotion. La pépée qu’on fout à poil pour la crucifier est agréable à considérer. Bref, cet « essai théâtral » n’a qu’un défaut qui est de m’être totalement étranger. Je ne juge pas : je n’ai pas reçu.

2.10 – Le PÉNÉLOPE et ULYSSE de la Compagnie de la Grande Cuillère n’a rien à voir avec l’Antiquité Grecque. Ce sont les noms de 2 forains qui vont avec 2 autres compères (Raoul et Arlette, mais ils auront d’autres noms quand ils n’incarneront plus l’homme et la femme éléphants), proposer des spectacles aux spectateurs qu’ils trouveront. AINSI passent-ils 1 h 30 à NOUS proposer un spectacle qui commence toujours et ne se développe jamais, et n’est jamais joyeux et est toujours mélancolique. L’idée est assez séduisante, mais ces jeunes gens manquent de rythme et de métier. Ils voudraient visiblement communiquer avec NOUS et nous multiplient sourires et adresses, voire visites dans la salle. En vain, parce qu’ils sont entre la fraîcheur des amateurs et l’Art des professionnels sur un fil où ils se tiennent mal. En outre, ils sont beaucoup trop « gentils », « convenables ». Ce sont des timides et leurs contestations sont dérisoires. Il y a plusieurs fois des amorces de situations qui pourraient déboucher, (comme par exemple les « rapports » fille - père dans cette famille), mais restent embryonnaires.
L’équipe est de bonne volonté, à suivre, et sympathique. Elle a du talent en herbe. Mais il faut que l’herbe pousse.

8.10 – Ne soyons pas chiens : LES TROYENNES, mises en scène par Andréï Serban, « opéra épique inspiré d’Euripide composé par Elisabeth Swados », se laisse voir sans ennui, et même avec un certain plaisir. Le Pouvoir a bien misé. L’émigré roumain baille aux élites occidentales un art de qualité, spectaculaire et sans danger. C’est même un art « conservateur » au sens étroit du mot, puisque le contenu avoué du montage est de prouver qu’une révolution –aussi radicale soit-elle, ici la victoire « totale » des Grecs- ne détruira jamais l’« âme » des vaincus. Mieux, les vainqueurs en seront aliénés. Aucune « civilisation » ne peut être détruite… Suivez mon regard : vous pouvez toujours vous agiter, Communistes roumains, vous n’atteindrez pas l’âme de la Roumanie éternelle qui accumule des forces de résistance, telles ces Troyennes au cours de leur longue marche vers l’esclavage au terme de laquelle les veuves et les filles orphelines auront « compris » que, aussi longtemps qu’elles vivront, les Grecs « ne pourront rien faire d’autre que subir leur influence ».
Que ce « message » nous vienne de la MAMA de New York ne sera pas pour surprendre. Qu’il soit cotonné dans un salmigondis de langages aussi différents que le grec ancien, l’aztèque, l’indien-américain, le sumérien, des langues africaines, des chansons des Balkans et d’Amérique du Sud, montrera qu’il n’est pas « culturel » qu’en imposture, en gratuité. En fait, la lecture de la déclaration de Serban dans le programme m’a permis de déceler ses intentions. Mais la lecture de la représentation est illisible. Cela dit, on se laisse volontiers emporter par un mouvement vif, énergique, brillant, bourré de trouvailles ingénieuses. On a affaire à un bon faiseur, à un professionnel, et à une troupe qui  paye comptant. C’est un spectacle parfait dans la ligne d’un festival comme celui d’Automne.

9.10 – Hier, c’était un mélange de langues réputées archaïques. Aujourd’hui, c’est un dialecte de type brookien qui serait, disent les cultivés, celui de certains Indiens du Pérou. De toute manière, on s’en fout : c’est rauque, c’est barbare, on n’y comprend rien, c’est tout ce que demande l’Atelier de l’Epée de Bois avec ce TORO 9 dont je serais bien surpris qu’il déplaçât des spectateurs payants ! C’est encore le festival d’Automne qui règne et on est encore plongé dans des « recherches » ésotériques au goût du temps. Ces 4 types qui souffrent, hurlent, se battent et discourent interminablement dans l’idiome ci-dessus décrit (et qui paraissent, chose surprenante, comprendre ce qu’ils disent) au fond d’un trou encombré de sciure, et que nous regardons d’en haut comme des SS du haut de leurs miradors, ce sont peut-être des lépreux, peut-être des condamnés ou des déportés. En tout cas, ce sont des déchets et si l’un d’eux semble être un Kapo, il n’en est pas pour autant, avec ses béquilles, plus brillant que les autres qui sont entravés. Il se fait d’ailleurs trucider à la fin par un des 3 autres, qui meurt ensuite après avoir soufflé une bougie, on ne sait pas pourquoi !
Je ne doute pas que l’Atelier de l’Epée de Bois ne juge son « travail » passionnant. Il est au demeurant abouti. Hélas tant d’efforts visibles ne débouchent que sur de l’inutile. Ça ne dure qu’1 heure, heureusement.

10.10 – Enfin un gars qui cause français, qui ne se prend pas pour le nombril du monde, qui vise modestement à faire marrer et y arrive, et qui est parfois paré des plumes de la vraie poésie, çà détend et ça paraît soudain sain. UN FARRÉ PEUT EN CACHER UN AUTRE, one man show « musical », est franchement drôle et généralement d’un niveau assez élevé (avec pourtant quelques chutes dans le trop facile). Pendant 90 minutes, ce petit diable d’homme se dépense à toute vitesse pour nous divertir. Les préoccupations de l’heure ne le tracassent apparemment pas. Je le regrette un peu, mais ne boudons pas. Il mettra peut-être un jour son génie inventif, son sens du gag, sa vivacité au service de quelque cause. Le spectacle est présenté dans une péniche amarrée Canal Saint-Martin. Une fois qu’on est à l’intérieur, hormis la forme un peu allongée de la salle et les courants d’air glacés, ça ne fait pas la différence avec un autre lieu. Mais l’arrivée est amusante. Ça change !

14.10 -Tout me paraît possible au théâtre hormis de faire chier le monde. Andonis Vouyoucas semble n’avoir aucune idée de ce principe élémentaire et ses TROYENNES d’Euripide font regretter celles de Serban qui du moins avaient un « parti » et étaient spectaculaires. Certes, le texte y était dit par les artistes américains de la MAMA dans un charabia gratuit, mais ici, quoique prononcé en soi-disant français, il est inaudible.
Ici comme là, on n’a donc comme recours que ses souvenirs d’Université pour entendre l’anecdote. Mais foin de tant de simplicité. L’équipe du théâtre de recherche de Marseille s’en fout, qu’on suive ou pas. Méprisante pour les « rapports mercenaires » qui dominent le théâtre mondial, elle se complaît dans le « non-spectacle », et chacun des 4 hommes et des 4 femmes de ces TROYENNES a visiblement surtout cherché à s’épanouir soi-même. Le programme nous apprend d’ailleurs que « l’Acte théâtral est la réaction physique, psychique, phonétique, et intellectuelle par laquelle l’acteur, dans un moment donné, révèlera son être ». L’ennui, c’est que l’être de l’affreuse nana qui hurlait périodiquement en se roulant par terre, moi je n’en avais rien à foutre. La gratuité, l’inutilité et la vieillesse de cette recherche me paraissent éclatantes.

COMMENTAIRE :

Etonnante, cette relecture  de ces deux compte-rendus sur une même pièce antique à quelques jours d'intervalle. C'est un des mystère de ce métier et je le constate encore : quand quelqu'un a l'idée une année de monter une pièce laissée dans l'oubli, on peut être certain que quelqu'un d'autre parfois à des milliers de kilomètres du premier aura la même idée.
Et puis, autre chose, le contenu de ces TROYENNES dont je me demande pourquoi personne n'a songé à l'exhumer lors des années sombres de l'occupation, je veux dire celles où "on" n'envisageait pas encore la probabilité de la défaite de l'Allemagne Hitlérienne. Nous étions plusieurs à penser qu'au fil des années ce seraient les vaincus qui s'empareraient de l'âme des vainqueurs brutaux … Il me semble que cela se vérifie petit à petit un peu partout dans le monde d'aujourd'hui. Non? :  . 

14.10 – Alberto Vidal est un mime, un pantomime, un comédien, un « onomatopiste » de talent et plein de drôlerie. Au Palace, son one man show est divisé en deux « sketches » d’1/2 heure chacun. Le premier est irrésistible. Il montre l’itinéraire d’un Italien qui va visiter un musée à New York. Ça commence au photomaton pour le passeport, ça passe par le voyage en avion et ça finit par l’ahurissement du visiteur comparant un tableau avec la notice s’y rapportant dans le catalogue. C’est désopilant.
L’autre est plus ambitieux et vise à nous faire entrer dans un univers où les objets crachent, pètent, fument, sont inutiles et provisoires. La scatologie chère aux Ibériques se donne ici libre cours et c’est un peu dommage car ça n’est vraiment pas original. Mais enfin l’ensemble est très valable.

15.10 – À dire le vrai, il est assez surprenant que j’aie aimé LA SENSIBILITÉ FRÉMISSANTE de Pierre Macris, mais c’est un fait que j’ai été sous le charme et que je suis sorti assez ravi du Studio d’Ivry. 
L’auteur est sétois comme le réalisateur, Jean-Marie Windling. Seul un provincial accroché ou un Canadien aurait pu écrire ce texte qui défie les lignes de force contemporaines, échappe à toute possibilité de classement référencié et est pourtant bourré de réminiscences quand ce n’est pas de plaquages avoués de fragments d’œuvres illustres. En fait, la comparaison qui viendrait le plus à l’esprit, ce serait SIX PERSONNAGES EN QUETE D’AUTEUR. Sauf qu’ici c’est plutôt un auteur aux prises avec SON propre personnage (un type qui a assassiné sa mère), et avec les personnages nés de ses phantasmes. L’intrigue est réelle, conduite comme on ne le fait plus avec un commissaire style Sherlock Holmes et un policier chauve, un assassin qui tombe dans un traquenard, une sœur peut-être incestueuse, en tout cas pleine de bonne volonté envers son frère traqué, et un amant de la sœur objet du mépris et de la jalousie du frère.
Mais les fils de cette intrigue archi-conventionnelle sont tirés à vue et le vrai sujet est finalement celui de la création théâtrale. L’auteur Dieu, maîtres des destins des êtres qu’il a enfantés mais qui, pour les spectateurs, peuvent avoir l’apparence de la réalité, ce n’est ni très neuf ni très profond. L’atmosphère, de surcroît, n’est pas sans rappeler celle qu’il y avait voici 50 ans dans des trucs comme AU GRAND LARGE, étrange, mi-réaliste mi-mystérieuse, paradoxale.
Windling (qui joue l’auteur et donc en même temps l’assassin, avec finesse et exactitude) écrit dans le programme que « l’espace scénique est traité (dans sa mise en scène) comme une évidence et non comme un support d’illusion ». Il ajoute : « l’acteur n’est pas non plus un support d’illusion ». Je confesse que je ne vois pas ce qu’il veut dire, mais que son travail m’a paru intelligent et inventif, sans parler du fait qu’il est tout à fait professionnel. Il mérite un coup de chapeau car la tâche n’était sûrement point aisée avec un texte aussi « littéraire » (au sens où Vitez l’entendrait de Pommeret), dont l’humour (involontaire souvent de la part de l’auteur mais récupéré par le lucide réalisateur) fait rire sans que jamais ce rire ne bascule, et dont les tirades sont assumées au point que jamais l’ennui ne perce.
Reste que cette soirée n’est que « curieuse », récréative. J’aimerais que Jean-Marie Windling s’attaquât à des sujets qui me concernassent un peu plus.

18.10 – Sartrouville - Je sais bien que le satisfecit permanent dans lequel se complaisent les communistes bon teint a quelque chose d’une imposture, mais je sais aussi que toute tentation de dénoncer ses « excès » est aussitôt récupérée par la droite réactionnaire. Dans cette perspective ont  raison ceux qui dénoncent dans le LEAR de Bond une œuvre antisoviétique. Et Chéreau ne se défend que mollement –il montre donc le bout de son oreille- lorsqu’il écrit dans le programme que « répondre aux critiques politiques qui lui ont été faites, voudrait dire réfléchir longuement sur le Marxisme, sur les camps de concentration, sur les démocraties populaires. »  En fait, la « réflexion » de Chéreau me semble être déjà faite, et même si je peux croire sincère celui qui a rêvé naguère avec « le prix de la Révolte du Marché Noir », lorsqu’il jette un regard noir sur la notion de « Révolution », un regard désespéré, désespérant, -qui est partageable dans une certaine mesure-, je ne puis que trouver suspect le refuge qu’il revendique dans le « métier d’homme de théâtre », pauvre artiste dépassé par la tâche de l’analyse politique,
car il a CHOISI ce LEAR et ceci est un acte politique, surtout quand on songe au milieu « populaire » dans lequel il est censé le
présenter- ; et je ne puis  que m’insurger lorsqu’il me demande à travers cette pièce dont la politique, selon lui, n’est que l’horizon, de condamner « la renaissance éternelle des rébellions ».
Cette renaissance-là, Chéreau, ne m’intéresse pas, non plus que de savoir que les « rébellions » sont vaines et que le peuple après chacune sera exploité par les (presque) mêmes maîtres. OUI, vous avez bien traité de Rébellions, mais point de la Révolution. J’aimerais être sûr que c’est clair en vous.
Chez Bond, en tout cas, l’analyse me paraît friser celle des journalistes de l’AURORE plus que celles de ceux de l’HUMA. Si j’ai bien compris, les 2 vilaines filles de LEAR voulaient piquer le magot du vieux en forme de guerre traditionnelle. Le sort du peuple n’eût pas été amélioré. La bonne fille Cordelia entraîne les paysans à la révolte. Lorsqu’elle a le Pouvoir, l’oppression qu’elle fait régner est pire encore que la précédente. S’y épanouissent en tout cas de bien sinistres arrivistes comme le sanguinaire médecin de la prison. Et de bien étranges louvoyeurs comme le Ministre traître qu’on retrouve dans tous les régimes aux leviers de commande.
Bond est un anglo-saxon. Je doute qu’il ait lu Marx. Il regarde le monde du froid avec le frisson de ceux qui sont dehors. L’idée de prendre l’intrigue de Lear en la transposant n’est pas mauvaise, mais pour moi, Français, ces guerres physiques mélangées de social sonnent un peu de travers. Comme un anachronisme. Chéreau a accentué l ‘ambiguïté par le décor de mine dans lequel il fait commencer et ensuite enveloppe l’action. L’exploitation de l’homme par l’homme y est montrée sous son vrai visage. Lear, ses filles, puis les sbires de Cordelia, sont d’impitoyables « Patrons ». Mais de patrons à Rois, Princesses, on glisse dans un magma auquel des oreilles britanniques sont peut-être familières, mais point la mienne qui trouve qu’on mélange la chèvre et le chou.
Chéreau n’a pas réussi là son meilleur spectacle, et d’abord parce qu’on s’y fait chier copieusement. Ensuite, parce que le décor de Richard Peduzzi, beau lorsqu’il nous saisit d’emblée, se révèle vite infonctionnel. Et puis François Simon n’est pas terrible en Lear. Et puis, que voulez-vous, ça ne m’a pas « dérangé », ça ne m’a guère concerné. Cette belle machine douteuse va trop dans le sens de la politique contestatrice telle que l’entend le pouvoir !

20.10 – Je ne serais pas surpris que notre bon tout Paris –mais je peux me tromper- fasse de L’INTERPRÉTATION un succès. Personnellement, je me serais plutôt emmerdé, et d’autre part j’ai été sérieusement agacé par cette exhibition de Myriam Mézières qui m’a paru d’une impudeur totale, non parce qu’elle se fout à poil, mais parce que SON narcissisme développé m’a paru inadmissible et con. Il manque à Myriam Mézières pour jouer les grandes dames amoureuses d’elles-mêmes cette dimension qu’a par exemple Marucha Bo.
Je cite Marucha Bo parce que les auteurs de l’interprétation, Javier Arroyuelo et Rafaël Lopez-Sanchez ne sont autres que ceux de  L’HISTOIRE DU THÉATRE DE COMÉDIE POLICIÈRE et de FUTURA. Les liens avec le GRUPO  TSE sont évidents. L’INTERPRÉTATION veut être la revanche des obscurs, des sans grades, des éclipsés de la gloire, des évincés du LUXE et de VINGT QUATRE HEURES. Les tâcherons de la plume, naguère fabricants d’un matériau de base, se promeuvent réalisateurs et suscitent des « vedettes » conformes à leur image de marque, un Facundo palot nommé Dorian Paquin, et une Marucha de faubourg : Myriam de Mézières frappée, fanée, tapée, diverse avec application, flegmatique comme l’autre mais sans la classe, parfaite, trop parfaite, mais sans le décollage. Bref, on a l’impression d’un spectacle du TSE joué par des doublures et réglé par un régisseur qui prendrait des négligences avec le cahier d’Alfredo Arias.
Reste qu’à défaut de le voir, (nom de Dieu que le décor de Paloma Picasso est laid !), on entend le texte. Son style nous est familier. Il est répétitif, rigoureux, insolite. Il conte l’étrange histoire de Fay Baxter, chanteuse de rock, qui entre Le Caire et Alexandrie, entendra des voix émergeant de sa surdité supposée et se mettra à s’interroger sur l’amour en soi et sur l’amour de Nicky qu’elle jettera dans le Nil avant d’aller chanter face à la mer.
Cela « fonctionne » « impressionnistement » au gré d’une logique interne pas tout de suite perceptible. Mais foin de « l’anecdote ». Elle compte peu. L’objet du spectacle, -et j’emploie le mot « objet » avec tout le sens qu’on lui donne de nos jours- , c’est la FEMME MYTHE, fabrication de la société de consommation. C’est aussi la FEMME transcendée en frigidaire, issue d’âmes de pédé qui ne peuvent voir en elle qu’une beauté SANS utilité. Et d’ailleurs, cette beauté est factice, obtenue par des moyens de music-hall. C’est enfin la FEMME vampire, épouvantail, la femme abusive, mante religieuse pour l’HOMME. Dorian Paquin joue « effacé », c’est-à-dire réfugié dans le flegme britannique. Nul doute que cette philosophie de l’homme terrorisé par la FEMME toute-puissante n’apparaisse à certains de nos critiques comme une importante dénonciation politique ! Nos penseurs pédés et refoulés vont pouvoir s’en donner à cœur joie ! N’empêche que c’eût été mieux si Alfredo avait été là pour rajouter au spectacle sa marque personnelle de méchanceté glaciale et distante.

21.10 – Je n’ai vu que la première partie du spectacle de RONCONI, événement du festival d’Automne, UTOPIA. Le froid autant que la méconnaissance de la langue italienne m’ont chassé du Parc Floral à l’entracte de la soirée annoncée pour une durée de 3 h 20. J’ai donc vu la création des « Utopies », je n’ai pas assisté à la leçon, c’est-à-dire à la destruction des constructions de la générosité humaine non étayées sur une politisation des masses. Je le regrette mais j’ai compris le propos, c’est l’essentiel et je ne pense pas qu’au niveau de la mise en scène, la seconde partie ait été riche en nouveautés.
UTOPIA est un édifice imaginé par Ronconi en accolant bout à bout des morceaux de pièces d’Aristophane, notamment Lysistrata, Les Oiseaux, l’assemblée des femmes, les Cavaliers, Ploutos. Il est certain que l’auteur grec était très signifiant. Mais Ronconi a décidé de faire jouer ces morceaux choisis tels qu’ils ont été écrits (c’est-à-dire avec des références aux Dieux, aux oracles, aux particularités de la pêche et de la culture athénienne), anachroniques totalement, en costumes rétro modernes, c’est-à-dire dans son cas, évoquant l’ère mussolinienne. Le parti m’a semblé gratuit, et de surcroît inutile. Situées en leur époque, ces comédies sont parfaitement exemplaires et point n’était nécessaire d’attirer l’attention des spectateurs modernes sur le fait –car telle doit être la motivation- que le temps des utopies n’est pas révolu. Mais bien sûr, jouées en costumes antiques, elles n’eussent pas permis au brillant réalisateur italien d’être conforme à sa légende. Après nous avoir montré des chars fonçant sur la foule, et nous avoir entraîné dans un labyrinthe, il ne pouvait pas, n’est-ce pas, faire jouer son UTOPIA sur la scène d’un théâtre. Alors il a imaginé une vaste aire de jeu, sorte de grand boulevard. Les spectateurs sont de chaque côté. Et sur ce boulevard circulent les protagonistes, à pied, en voitures, en camions, en avion. Les meubles sont sur roulettes et ce sont les acteurs qui amènent et emmènent les accessoires au rythme d’un changement permanent. C’est intéressant, mais lent. Ici Ronconi, en outre, isole le spectacle par rapport aux bains de foule où il plongeait naguère ses artistes. Alors certes, sa présentation est personnelle, astucieuse, mais finalement novatrice seulement techniquement. Et même pas. Bayen et Santon avaient le même dispositif, et tout récemment Windling. Mais Ronconi a en plus l’espace et des moyens Beaucoup de moyens un peu insolents. Que ferait-il dans la pauvreté ? J’aimerais bien voir.    

22.10 – Narcissisme pour narcissisme, je préfère celui d’Henri Tisot à celui de Myriam Mézières. Car il est très sympa, ce bon gros imitateur, et il a un sacré talent, et pour ce qui est de l’abattage, il ne craint personne. En fait, au Studio des Champs-Élysées, pendant 2 heures et plus, il raconte sa vie. Comment jeune, il aurait dû devenir pâtissier mais suivait en cachette des cours au Conservatoire de Toulon, comment il est monté à Paris, comment il est entré au Conservatoire, comment il s’est mis à imiter De Gaulle etc. Cette revue est l’occasion à imitations dont certaines sont savoureuses. Dommage que son gaullisme sentimental ne le fasse apparaître un peu con, et que la partie larmoyante de la fin ne m’ait paru longuette. Jusqu’à l’entracte, je m’étais bien amusé. Après, moins.

23.10 – Donc, il apparaît qu’une ligne de force en ce début de la saison 1975/76 réside dans le narcissisme. Apparemment, il y en a une autre, qui est le REFUGE dans l’ÉTRANGE. En voyant récemment LA SENSIBILITE FRÉMISSANTE, je croyais avoir affaire à un cas isolé. Mais voici que OMPHALOS HOTEL relève du même besoin de création d’un univers insolite. Cet univers, si j’écrivais encore dans LIBERATION, et que j’aie envie d’aider les copains, je pourrais le décrire en disant : "quelques privilégiés de la classe au Pouvoir étalent leur décadence dans un hôtel bizarre situé au haut d’une falaise et entouré par des marais d’où monte, de plus en plus présent, de plus en plus investissant, le chant des prolétaires (travailleurs saisonniers du sel)". Je ne ferai alors que tomber dans le panneau tendu par l’auteur dramatique que Jean Michel Ribes montre dans la pièce : il faut dans une œuvre d’aujourd’hui bien fagotée un peu de politique, et de gauche, mais pas trop.
En fait, peut-on dire que OMPHALOS HÔTEL dénonce un microcosme de société signifiant ? Certes point. Ribes a campé quelques « caractères » qui l’ont amusé, un médecin étrange dont la femme est sûrement morte mais il fait comme si elle vivait encore (j’ai déjà vu ça quelque part, non ?), deux hommes d’affaire qui jouent l’exploitation de la côte au Monopoly, un commerçant vulgaire et sa femme éprise d’amaigrissement et de rajeunissement, l’auteur sec, en mal d’idées, (Ribes soi-même ?), une petite bonne qui renifle les draps sales des clients et y lit leurs passions, tares, vices, destins, deux travailleurs des marais qui se font embaucher comme hommes à tout faire et surtout un hôtelier hôtelière haut(e) en couleurs merveilleusement joué(e) par JeanPaul -Muel. Et puis un « mystère » : l’an dernier, un domestique est tombé de la falaise après qu’une bizarre dame hongroise ait occupé la chambre 17. Cette année, c’est une belle dame polonaise qui occupe la même chambre. Elle est arrivée par une nuit d’orage, discernable seulement par le 3e sens au milieu des éléments déchaînés. Si ce n’est pas la mort, c’est sa sœur.
On le voit : description d’un milieu (hôtel de vacances très anglais) où des Hongrois viennent vivre la vie de la pension complète avec tout ce qu’elle a d’artificiel, de factice ; intrusion dans cet univers d’une classe sociale qui est complètement distanciée de ce milieu, le juge, le considère, en profite, en est victime, se sent des attaches avec les parias des marais mais préfère s’en dégager au nom de l’ascension sociale ; injection d’un élément bizarre qui introduira le drame après que tous les lieux communs du genre se soient exprimés, (policier qui prend des flashs sans s’expliquer, éléments déchaînés quand la Polonaise arrive, prémonitions de la petite bonne qui « sait » mais que personne ne croit). Comme on le voit, ce sont, réunies, des recettes de « boulevard intelligent », un boulevard qui me rappelle ces œuvres qu’on pondait vers les années 30…
À propos de Windling, j’ai évoqué AU GRAND LARGE de Sutton Vane. Il y a des titres qui m’échappent mais je suis sûr d’avoir lu dans les Petites Illustrations des pièces anglo-saxonnes relevant du même du même univers.
Cela dit, OMPHALOS HOTEL est-il du boulevard ? Oui, si Anouilh, Salacrou en sont. Non peut-être, car il reste dans le style des perles qui rappellent que Ribes fut l’auteur des fraises MUSCLÉES. Oui, quand même car le propos, dénoncé par le « personnage » auteur de la pièce qui, s’il n’est Ribes lui-même, est du moins son porte-parole, est COMMERCIAL avoué. Oui certainement car Ribes veut réussir dans une ligne où le « Politique » est dosé ; OUI en tout cas par la mise en scène ultra-réaliste et assise sur les poncifs de Michel Berto, par le décor construit de Yannis Kokos, par le jeu des acteurs qui ont chacun SON morceau de bravoure. Oui enfin parce que j’ai, comme on dit, passé une bonne soirée, mais pas une soirée importante.

COMMENTAIRE :

Décidément Jean Micher Ribes a été très prolifique en ces années 1972 / 1975. Il faudrait reprendre un à un tous ces commentaires pour mieux arriver à cerner l'évolution du personnage, ou comment on passe de l'adolescence agressive à l'agitation raisonnable et plus tard au seul souci de faire carrière.L'aboutissement au XXIème Siècle, en plein régime de la droite dure de cette carrière au théâtre du Rond Point prouve qu'elle a été menée avec intelligence et pragmatisme à l'intérieur du "système".N'a t'il pas su en faire un lieu très parisien de contestation bien-séante?

24.10 – Je maintiens que l’idée d’avoir monté DON JUAN (de Molière) rien qu’avec des femmes, est gratuite et ne constitue pas un « parti ». Mais enfin, le spectacle d’Arlette Théphany à Chelles se laisse voir agréablement parce que très vite on oublie que ce sont des nanas qui incarnent les rôles d’hommes tant elles ont eu le souci d’avoir l’air d’être des mecs. Et ceci oublié, c’est vraiment très bien joué, avec beaucoup de trouvailles amusantes au niveau du détail. On ne s’ennuie pas.

Ce serait intéressant mais hors de ce propos de comparer sa carrière à celle de Stéphane Lisner.

30.10 – Vous prenez un texte d’une quotidienneté évidente et vous le faites disséquer comme un oratorio par des acteurs figés qui semblent au paroxysme de l’émotion et laissent entre chaque réplique un temps de 5 secondes environ, et avec une œuvre de 24 pages, vous obtenez un spectacle de 90 minutes. C’est ce qu’a fait Claude Régy avec une oeuvrette de Nathalie Sarraute : C’EST BEAU !
Pour une fois, je ne crierai pas au metteur en scène abusif : je pense qu’avec son truc, Régy a sauvé la pièce, mieux, que d’une pochade, en lui donnant l’air de penser, il a fait quelque chose qui semble important. Car le sujet, s’il était traité au 1er degré, ne semblerait guère original puisqu’il s’agit de l’incommunicabilité entre parents et enfants, une incommunicabilité fondée sur les malentendus. Thème sur-rebattu auquel Nathalie Sarraute n’apporte rien qu’une vision de vieille bourgeoise, mais qui sur la scène de Petit Orsay prend les dimensions d’un plaidoyer, d’un constat douloureux, d’une tragédie moderne, sans empêcher une drôlerie sous-jacente de percer. Il faut dire que Régy est très bien servi par deux grands acteurs très disciplinés, Emmanuelle Riva et Jean-Luc Bideau. Un jeune, Daniel Berlioux, incarne l’adolescent buté dans son monde fermé avec beaucoup de conviction. « Théâtre de la violence », écrit Claude Régy dans les cahiers Renault Barrault : certes, mais de la toute petite violence des tout petits bourgeois enfermés dans leur tout petits faux problèmes de « langage ».

UNE ESCAPADE À HAMBOURG

5.11 – À un moment où j’ai trop souvent envie d’employer le mot « débâcle » pour parler du THÉATRE, c’est une JOIE que de tomber sur un événement qui vous rappelle qu’un jour vous avez aimé cet art au point d’en faire votre Profession. LEONCE ET LENA, comme WOYZECK, n’est pourtant pas une œuvre géniale. C’est même SON inconsistance qui l’a si souvent fait choisir par des metteurs en scène en mal de s’exprimer À PART ENTIÈRE, c’est-à-dire à travers une œuvre malléable. Malheur de nos jours aux auteurs précis, ils n’intéressent pas les réalisateurs, ces vampires, ces médiateurs abusifs, ces intermédiaires détourneurs, surtout en notre temps de Narcissisme promu, de narcissisme succédané des rêves condamnés de l’Homme généreux : soyez névrosés, exprimez-le à travers ce que vous voudrez et la Presse fera la besogne de vous monter au pinacle d’où elle déboulonnera ceux pour qui la contemplation du nombril et la masturbation ne sont pas l’essentiel. Chéreau, Mesguisch, Hermon, Bayen, restez ce que vous êtes, signes de la Mort prochaine d’une culture. Il y a heureusement encore de la SANTÉ DANS LE MONDE : et ce m’est un bonheur que de pouvoir dire que Jérôme Savary est SAIN, et qu’il est un GRAND  metteur en scène SANS que pour autant en sortant de ce LEONCE ET LENA, où pour la 1ère fois il s’attaquait à une œuvre « classique » en allemand, langue qu’il maîtrise mal, sur commande acceptée à des fins purement alimentaires, on ait eu l’impression d’avoir assisté à l’exhibition impudique d’une intimité maladive (ou à son imitation, comme récemment au WOYZECK de Benoin).    
Savary a lu la pièce, a RÉFLÉCHI SUR la pièce, a eu le souci de SERVIR la pièce. Disposant de moyens, il n’a pas abusé, et on ne peut pas parler d’insolence de luxe étalé. Mais plusieurs de ses tableaux sont de toutes beautés –et j’emploie le pluriel à dessein, car on songe à Chéreau pour l’harmonie des groupes et à BESSON pour la signifiance des scènes où le Pouvoir Royal est appelé à s’exercer, référence qui impose de constater que le spectacle est exemplairement distancié. C’est un œil critique qui a constamment CASSÉ le Romantisme par des gags, MAIS TOUJOURS en lui laissant sa force émotionnelle. La dialectique de la dynamique des forces en présence est éclatante. Seules ombres au tableau, la pièce elle-même qui n’est pas très intéressante et est par moments fort bavarde ; et puis, -ceci accentuant ce que je viens d’écrire- la troupe, qui est celle de la Schauspielhaus de Hambourg, ce qui veut dire qu’elle est hautement professionnelle mais « germaniquement » pesante, avec une allergie au rythme qui est regrettable. Mais Savary connaissait l’écueil, puisqu’il n’a en rien eu le choix de la distribution. Et la multiplication de ses trouvailles emporte l’adhésion. J’ai cité deux références, Chéreau et Besson, mais n’allez surtout pas croire à des influences. NON ! C’est le MAGIC CIRCUS appliqué à un texte, MAITRISÉ, discipliné, amputé de tout ce qui a pu y voler bas, qui est le grand sous-jacent de la soirée. Une soirée qui, comme dirait le Michelin, valait le voyage.

Ce compte-rendu a son importance car il situe le moment où Jérôme Savary a commencé, parce que sa gestion financière du GRAND MAGIC CIRCUS était désastreuse, à accepter à l'étranger des contrats rétribués au service d'œuvres qu'il n'aurait pas conçues à la base.Il allait bientôt s'y engouffrer, et notamment dans l'univers du lyrique.N'est il pas devenu, en fin de carrière, directeur de l'Opéra Comique de Paris?  

6.11 – La question est de savoir s’il est justifié de monter HAMLET en 1975. Personnellement, vous le savez, je ne verrais aucun inconvénient à ce que ces monuments du Passé soient enfermés dans une Pyramide à laquelle auraient accès seulement des archéologues à la recherche d’enseignements sur les civilisations disparues. Car je ne crois pas que cette « culture »-là soit promotrice pour l’homme. Elle ne dépasse en tout cas pas pour moi l’intérêt que me suscite par ailleurs un musée – mince il est vrai.
Et je m’étonne que des jeunes gens  en mal de s’exprimer ne trouvent rien de mieux à faire que de s’amuser avec ces reliques patrimoniales dont la forme est périmée et les contenus dépassés. Excusez-moi, mais les « réflexions » shakespeariennes sur la vie et la mort, sur l’existence et sur la folie, sur la flagornerie et sur l’exercice du Pouvoir ne m’intéressent PAS, parce que ces « pensées » sont celles d’une classe dominante, qui par-dessus le marché a disparu telle quelle.
Cela dit, si vraiment il faut monter ces œuvres, alors que ce soit comme l’a fait Denis Llorca en se marrant au point qu’il soit possible de songer à « une mise en pièce ». Tout  y appelle dans ce montage, trahison à la lettre de l’œuvre, puisque on y fait du spectre une machine très humaine animée par les compagnons d’Hamlet ; et d’Horatio le dépositaire d’une « pensée » révolutionnaire; et d’Ophélie une vierge folle hystérique et grotesque ; et d’Hamlet un adolescent grassouillet et insolent, prompt aux jeux violents chers aux universitaires ; et de la Reine une voluptueuse lubrique partouzarde. Le texte des uns est dit par les autres et les tirades sont cassées, et Fortimbras, mystérieux conquérant venu des brumes de Norvège, apparaît comme le sauveur porteur d’un « ordre nouveau » : Ordre nouveau pour QUI ? Le « peuple » est si désespérément absent de toute cette histoire qu’on hésite à voir dans l’happy end une leçon politique. Et c’est cependant un vent de fascisme qui souffle sur ces derniers moments de l’œuvre vue par Llorca.
Singulier Llorca qui est évidemment un homme de droite. Habile trousseur, il fait de son HAMLET un spectacle amusant, étonnant même, surprenant, où l’on ne s’ennuie pas –ce qui est un mérite-, où l’on est saisi par l’imagination déployée, l’invention riche et foisonnante. Et pourtant, la satisfaction n’est point grande car il manque l’épaisseur à cet édifice. C’est du brillant, du clinquant, de la poudre aux yeux. Ce n’est pas PROFOND. Le « Parti » est superficiel. Ce sont quelques idées bonnes, mais ce n’est pas un grand dessein.

COMMENTAIRE a posteriori

Mes réflexions sur l’œuvre de Shakespeare ont  souvent fait ricaner ceux pour qui cet auteur elisabethain est le plus grand génie du théâtre. Alors mettons les pendules à l’heure : je ne conteste pas que les textes écrits soient en langue anglaise du XVIème Siècle d’une grande beauté musicale à entendre. Leur traduction en Français moderne fait perdre à cette harmonie une grande partie de sa valeur.Il existe peu d’adaptations réussies. Mais surtout je m’étonne que tant  de metteurs en scène veuillent faire dire à ce serviteur des puissants de son temps le contraire de ce qu’il exhibe : Prenons l’exemple du MARCHAND DE VENISE. Ce serait une œuvre anti-raciste à cause de la fameuse tirade : « j’ai deux yeux, deux oreilles … etc ». A mes yeux, c’est au contraire un pamphlet anti-Juif qui fait ressortir l’inhumanité du marchand qui réclame de son débiteuren paiement de sa dette  une livre de chair. Plus horrible que cette exigence, vous imaginez ?Anti Juif ici, anti nègre dans OTHELLO car qui est Othello si ce n’est un militaire stupide qui se laisse manipuler au point de révéler sa véritable nature de sauva en assassinant  sa femme sur la foi d’un témoignage qu’il ne vérifie même pas ? Avez vous remarqué que le peuple, disons plutôt la populace, est quasiment toujours traité avec un grave mépris de classe. Les braves artisans du SONGE D’UNE NUIT D’ETE sont décrits comme des imbéciles. Ailleurs ils sont paillards, grossiers, ivrognes. Loin d’être, comme Brecht s’y est trompé, une apologie de la démocratie, CORIOLAN est à mes yeux un éloge du facisme.incarné par le général victorieux qui saura remettre de l’ordre dans l’anarchie plébéienne. Le célèbre discours de Marc Antoine dans JULES CESAR  est une démonstration de la crédulité des gens, de leur versatilité. Je pourrais multiplier les exemples : le peuple n’existe dans la plupart des œuvres  que pour faire rire par sa truculence. Et il est totalement absent de ROMEO  ET JULIETTE, de MACBETH, du ROI LEAR, d’HAMLET … et des RICHARD, EDOUARD et autres ROIS. Ce sont des affaires entre chefs. Voilà : c’est tout. Cette mise au point de ma pensée ne m’interdit pas de rendre hommage à la grandeur à juste titre célèbre de certains morceaux de bravoure ni de reconnaître que Shakespeare fut, à peu près à la même époque que Lope de Vega et Calderon, l’inventeur de ce qui allait être le THEATRE après les siècles d’obscurantisme du Moyen âge. Le mot « RENAISSANCE » lui convient fort bien. Mais qu’on le regarde aujourd’hui comme ayant été « de gauche » : « NON ». 

Publié dans histoire-du-theatre

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