19 janvier au 3 mars 1972

Publié le par André Gintzburger

RETOUR À LA GRISAILLE PARISIENNE

Dommage qu’en son temps je n’aie pas situé toujours les spectacles dans leurs lieux      

19-I -    Mettez un bébé dans un landau, lapidez-le, et vous ferez frémir une salle d’horreur. Mettez un landau visiblement vide sur une scène et jetez les pierres dedans. Tout le monde s’en fouttra car en 1972, compter sur l’illusion pour horrifier au théâtre est complètement anachronique. SAUVÉS de Edward Bond, écrit vers les années soixante est exemplaire de l’impossibilité AUJOURD’HUI de transcrire à la scène certaines intentions d’auteurs.
    Écrite avant les happenings où on faisait dégouliner de l’hémoglobine sur les spectateurs et où on leur lançait des poussins à la gueule, la pièce ne peut plus AUJOURD’HUI trouver sa transcription scénique. Deux erreurs fondamentales président donc à ce montage:
1°- Qu’on n’ait pas créé la pièce quand il en était temps et qu’elle aurait eu un impact.
2°-Qu’on la crée aujourd’hui comme si rien ne s’était passé depuis Jean-Jacques Lebel! Il faut dire que le choix de Claude Régy comme metteur en scène n’arrange rien. Curieusement, cet homme bien en place s’ingénie (lisez mes derniers comptes-rendus) à ne jamais monter une oeuvre selon les intentions de son auteur. Chez d’autres la trahison peut signifier, jusqu’à un certain point et avec réserves, APPORT. Chez lui, cela veut dire DESTRUCTION. La moitié de la pièce se passe dans un parc. Il faut lire le programme pour le comprendre. Il s’agit d’une oeuvre réaliste. Jamais (ou rarement) les personnages ne se parlent les uns aux autres. Les yeux dans le vague, ils causent à on ne sait qui, d’une façon stylisée que rien dans le texte n’appelle. Régy s’est ingénié à ce que l’héroïne, incarnée par Élisabeth Wiener soit monocorde, monotone et cantonnée dans un seul registre alors que clairement le personnage passe du stade de la jeune fille LIBRE des années 60 qui couche avec des mecs sous le toit familial décadent, croupissant, à celui d’une femme aliénée à un type qui ne veut pas d’elle tandis que ELLE ne veut pas d’un gars qui s’impose à elle. D’un bout à l’autre elle a le même jeu hargneux. Si déplaisant, qu’on se demande comment elle trouve des partenaires. On voit bien qu’elle a été dirigée par un mysogyne! Mais comment Régy n’a-t-il pas senti l’évolution?
    Peut-on parler de pièce agressive? Au niveau du texte sûrement. MAis à celui du spectacle, quelle édulcoration et quelle confusion! J’ai parlé de jeu stylisé et c’est vrai lorsqu’il s’agit de la “bande”, donc de la violence. Mais lors de la scène de ménage des vieux (Robin et Juliette Brac), tout devient vrai  et les immondices envahissent la scène! Alors, Où EST LE PARTI? Blanc ici, noir là, ce n’est qu’abscence de ligne. Dommage. EN 1962, la pièce m’eût passionné. Et j’aimerais bien la lire. Et rêver à ce qu’elle pourrait être dans un théâtre sans entrave et sans censure. Sans scrupules aussi, car enfin, tuer un bébé par soir, ça me choquerait. Mais dois-je en conclure que je suis un vieux ramoli?

23-I -    LE REMORA de Rezvani n’est pas une très bonne pièce et il me semble que si j’eusse été l’auteur, je ne l’aurais pas laisser monter après mon triomphe de CAPITAINE SCHELL. Surtout l’oeuvre date. Elle porte avec rides ses 10 à 15 ans. Elle étale avec ostentation ses influences (et spécialement celle de VIAN), et ses maladresses de première pièce. Mal balancée, elle comporte un premier acte interminable qui est destiné à amener au second, c’est-à-dire l’incrustation du Remora chez un jeune couple. Il fallait peut-être montrer l’univers de ce couple pour illustrer le dérangement qui lui est ensuite occasionné, mais l’exposition est hors de proportions et surtout son écriture est fort différente, si bien qu’avant et après l’entr’acte, on a l’impression de voir deux pièces. Très anachronique sort aujourd’hui le rapport homme/femme décrit Rezvani, sage, chaste, sans histoire, fondé sur la suprématie du mâle.
    Michel Berto oeuvrant pour le J.T.N. avec des comédiens de cette troupe, a tiré de la pièce tout le parti possible et il réussit à nous donner un très bon spectacle. Accentuant les défauts de l’entreprise avec astuce, il a joué le DÉSUET et a gagné. Je rêvais à ce qu’il pourrait tirer de PANAMA s’il n’était pas regardé comme un médiocre aux yeux des conseilleurs de l’auteur de cette pièce. Car il a évidemment besoin qu’on lui fasse confiance et apparemment ce fut le cas chez Vollard et Miquel. Grâce leur soit donc rendue. Sa direction d’acteurs est remarquable. L’acte du Remora incrusté est admirable de réalisme dépassé. Il y a des trouvailles et la scène du militant communiste qui fait le ménage chez ses amis pour rendre service et s’assied sur l’Huma parce que le fauteuil est sale est désopilant.
    J’ai vu une couturière pas très au point techniquement et je ne peux donc pas parler de rythme. J’y reviendrai.

25.01    MA FEMME EST VEUVE est un “show kitsch, farfelu, irrespectueux, parlé, chanté, dansé par quatre personnages au degré de parenté très variable”. Il n’y a pas un contenu très signifiant et il ne reste pas grand souvenir après coup de la soirée passée aux ANAMORPHOSES, si ce n’est qu’on se rappelle avoir ri parce que c’est TRÈS drôle, et avoir été charmé par un style parlé et chanté beaucoup plus élaboré que de coutume en ce genre d’entreprise. Claude Cortesi, auteur et metteur en scène de spectacle a incontestablement un langage. Il est très bien servi par les trois camarades qui jouent avec lui et notamment Michèle Delanty qui fait rire avec des moyens de tragédienne et Sophie (ex Liliane) Jeney, qui a fait d’immenses progrès et fait souvent songer à Monique Tarbès. Dans la ligne des Voltaire’s Folies et autres fraises musclées, ça se tient très honorablement.

29-I -    L’idée de la fondation d’Ateliers de théâtre présentant en avant premières des oeuvres inédites serait plus facile à faire approuver au Centre de Paris, car le THÉÂTRE DES DEUX PORTES, croyez-moi, c’est pas de la tarte pour y arriver avec la RATP. Mais enfin, c’est une bonne idée. Permettre à des auteurs de se voir et entendre, les confronter à un public, fût-il du XXème périphérique, c’est méritoire, estimable et ce pourrait être important. Hélas, je ne sais pas qui préside au choix des textes et je ne voudrais pas généraliser sur un seul spectacle, mais RIEN à mon avis ne justifie de montrer à des gens la pièce d’Alfredo Crospo: VIRGILE AU PAYS DES MERVEILLES. Je n’y ai quant à moi strictement rien compris. Qu’est-ce que Christian Dente a bien pu trouver là-dedans? Qu’est-ce qui a séduit l’équipe nombreuse dans laquelle j’ai retrouvé Anne-Marie Bacquié et Jean-Luc Combaluzier? Mystère! Alors des ateliers, c’est bien mais si c’est pour décourager les gens de croire qu’il y a des auteurs, merde. Cela dit, Dente a soigné la mise en scène et il a fait quelques frais de costumes et de nourriture.

UN  SAUT DE PUCES EN BOURGOGNE

01-02- 72-    Pour sa première mise en scène de décentralisateur patenté, Michel Humbert a choisi de montrer aux populations beaunnoises sa vision du BRITANNICUS de Racine. Mise en scène axée sur la politique du texte et de la volonté d’éclairer l’anecdote dans cette direction. Richesse de Racine qui permet au réalisateur d’imprimer son style à UN aspect, d’imprégner une oeuvre de SES préoccupations, en laissant à chaque fois au spectateur le sentiment que la version montrée est valable et non traitresse. Tant il serait de toute manière impossible de jouer à la fois tout le contenu d’une pièce de Racine (cf. la démonstration de Vitez avec ANDROMAQUE). Quelle distance entre ce BRITANNICUS, celui d’Hermon et ceux de la Comédie Française!
    Dans un décor de cirque romain très ramassé, très enserrant, fait d’ombres et de recoins, hérissé de barreaux et enfermant l’empereur derrière une lourde porte rarement et brièvement entrouverte lorsque le Maître le veut bien, Humbert a montré d’abord l’aspect faciste de la monarchie romaine par des gardes bardés d’acier, revêtus de masques anachroniques et terrifiants, qui enserrent tout de leur présence permanente, silencieuse et à pas feutrés. Il a montré la PEUR des serviteurs et surtout de Burrhus. D’Agrippine il n’a pas indiqué la mère abusive mais le pantin en train de perdre le pouvoir. C’est pourquoi son jeu est de plus en plus désarticulé. Mus par leurs ambitions, Néron, Narcisse, Agrippine s’entrechoquent et malheur à qui ne les flatte point. Derrière ces intrigues (qui deviennent ici un peu grand guignolesques), il y a le peuple méprisé, décrit veule et lâche, opprimé en tout cas... etc... Il serait vain de reprocher à Humbert d’avoir mis le gros plan sur cette intrigue politique. Il a pris un parti et l’a tenu. Il n’est pas toujours  très bien servi par sa distribution et son Agrippine est irritante. Mais lui-même, campe un Néron fort habité et Michèle Foucher est très bien en Junie. En tout cas il n’a pas triché et les exagérations du jeu qu’il impose à ses interprètes sont calculées pour être excessives et point grotesques. Je ne suis pas sûr que les vers de 11 et 13 pieds qu’il nous fait prodiguer à foison soient tout aussi voulus que le programme le dit. La musique faite de bruits effrayants et de Deutschand Uber Alles désarticulé va dans le sens du parti du spectacle.
    Bref, Humbert fait une entrée dans le monde des privilégiés, avec personnalité. Reste qu’il va jusqu’où il est possible d’aller. Je crois qu’il fera carrière.

Il en a effectivement fait une … petite. 

4-02-72 Zouc est une grosse Suissesse,
apparammentdePorrentruy, qui fait sur la scène de l’Atelier un numéro que les bourgeois délicats trouvent insoutenable, ce qui me rassure quant à ma distance par rapport aux dits bourgeois. Certes, elle n’est pas sexy à considérer et son impudeur a quelque chose de malsain. Certes aussi, elle ne mâche ni ses mots, ni la crudité des “scènes de la vie de tous les jours” qu’elle joue incarnant tous les personnages à la manière d’un André Frère actuel. Certes, elle a un petit côté “agressif” et un rien de scatologique. Mais enfin son exhibition m’a surtout fait rire par l’accent jurassien qui la pimente et qui est finalement le gros truc de la chère Zouc!

N’empêche que, ELLE, je ne l’ai pas oubliée

05-02 -    Lorsque Denis Llorca choisit de nous montrer qu’il”pense politique”, il présente un spectacle intitulé LA MORT DES FANTÔMES, de Bernard Dabry, d’où il ressort que la monarchie n’était pas un bon système de gouvernement! Certes, l’auteur proclame dans le programme : “J’ai tenté de rechercher un passé dont l’essentiel est aussi  celui de notre présent : un monde qui disparaît et un autre qui se met en place”. Reste que MOI, je n’ai pas accepté cette transposition. Qu’est-ce qu’ils peuvent être agaçants, nos décentralisés avec cette façon de ne jamais appeler un chat un chat et de nous cligner lourdement de l’oeil  en nous disant: “Hein? Vous avez vu? Métternich.. C’est Pompidou! Louis II de Bavière, c’est Malraux et François Joseph, c’est x, y, z, devinez, devinez spectateurs malins!”. Ils s’apaisent la conscience. Ils laissent dans les tiroirs les textes qui parlent des problèmes actuels en termes actuels et ils rêvent d’un public complice transférant ses révoltes sur les combats du passé. Merde! Le programme nous apprend encore que “les personnages historiques ne sont présentés que dans leurs réactions connues devant l’évènement et les positions qu’ils ont prises alors par la parole et par l’écrit”. Ainsi l’auteur a-t-il facilement obtenu un effet de caricature, puisqu’en somme il ne nous montre jamais des personnages vivants. N’étant exhibés qu’en représentation, ils “sortent” figés à bon compte. C’est efficace, mais ce le serait quand même plus si les fantômes en question étaient Chaban, Nixon et Hassan II! Denis Llorca s’en donne esthétiquement à coeur joie. Sur d’immenses espaces scéniques recouverts du sable du REGARD DU SOURD, il fait évoluer une troupe TRÈS nombreuse. Il joue avec Wagner et les  valses viennoises   -non sans complaisance-. Par instants, on se dit qu’il doit être intimement faciste, mais en vérité le parti du texte l’oblige à une superficialité historique qui éclate notamment dans la guerre du Mexique, traitée à grand renfort de coups de feu bruyants et odorants. (Naturellement, c’est sur les spectateurs qu’on tire: moi, j’en ai profié pour fumer une pipe, mais cette fumée-là gênait mes voisins qui faisaient visiblement partie de la claque de Llorca : nous échangeâmes des mots!). Il eût fallu ne pas se borner à la facette extérieure et publique des protagonistes, mais en imaginer le contre-point, l’intimité, les doutes et les angoisses, ou bien les motivations secrètes, les appétits, ambitions, vices...
        Quelques morceaux de bravoure sont réussis et notamment Jean-Claude Jay, admirable sur son cygne en Louis II de Bavière.
    Bon. C’est quand même un spectacle de classe, mais qu’est-ce qu’il a dû coûter comme pognon! Et à quoi sert-il?

7-02 -     José Valverde voudrait bien être Savary! Malheureusement, il lui manque l’intimité avec la liberté. Il lui manque aussi d’être un gauchiste! Son spectacle C’EST LA FÊTE est pavé d’intentions qui vont dans le sens du MAGIC CIRCUS et il recèle d’excellentes idées originales : quand René Renot invite les spectateurs à se déchausser, à poser leur pied nu à côté de la tête de leur voisin de devant et à chatouiller avec une plume le pied ainsi placé de leur voisin de derrière, il est évident qu’on passe un bon moment. Quant à la fin de la représentation officielle il fait éclater le spectacle dans trois lieux distincts du TGP (cinéma muet au balcon - scène de Camille sur le plateau - Cabaret au sol) tandis qu’on sert de la bière et des saucisses dans le hall et de la soupe à l’oignon à la cafétéria, il répond évidemment au souci de désenconfortabiliser les spectateurs en les obligeant à se déplacer. Sommer, J.M. Fertey, Monteil, Renot, Vilhon, Micheline Uzan, Claudine Saur et d’autres, se dépensent sans ménagement et les confettis  pleuvent à gogo. Quelques tableaux sont drôles, telle la parodie de ballet révolutionnaire socialiste réaliste historique, ou tel ce grand décor qu’on installe pour rien et qui se révèle inutile au bout de deux minutes. D’où vient alors que tout soit lourd et pèse cinq tonnes?
    Je crois que Valverde a tord de jouer dans la salle le compère récalcitrant : portant lui-même la critique au spectacle, il instaure d’entrée de jeu un élément FAUX qui sonne de surcroît complaisant. Je crois que l’agitation, la surcharge des gags, l’évidence de la richesse de l’entreprise, la faiblesse du contenu car il s’agit vraiment d’une fête et de rien d’autre ( ce n’est pas l’excellent petit film projeté en contre-point et qui montre l’itinéraire quotidien d’un ouvrier de Saint-Denis qui travaille à Massy Palaiseau parce que l’usine a été déplacée mais qu’on a oublié d’en reloger les employés, qui y change quelque chose), empêche que l’on se sente à l’aise. L’artifice suinte trop pour qu’on marche.
    C’est dommage car la recherche est dans le bon sens.

8-02 - On s’attend bien évidemment à ce que je déclare que JE n’aurais pas monté EUGÉNIE KOPRONYME comme Jacques Rosny l’a fait à l’Espace Cardin. Et c’est vrai : je trouve le décor de Marie Franceschi sans imagination. La mise en scène manque de folie. Les Chinois ne sont pas assez présents et je ne comprends pas pourquoi la jeune étudiante du 3ème acte se conduit en pimbèche rugueuse. On songe parfois à OPÉRETTE, mais on est loin du compte : les maquillages sont quelconques, la mise en place est vulgaire et la dégradation humaine du dernier tableau a été transcrite par une banale atmosphère de cour des miracles à la Hugo. On est loin de mon rêve et de ce qui est écrit, des caisses éventrées, des chefs-d’oeuvre en loque, des boîtes de conserve puantes, du passage de la superbe au dégueuli. ROSNY est pudique et tout cela se passe comme chez Racine, dans la coulisse.
    Reste que le spectacle que j’ai vu est bon, en tout cas dans ces deux premiers actes, pour deux raisons :
    1°- La pièce quoique vieillie, et mal rajeunie car “on” n’a pas dit à Ehni ce qu’il fallait y modifier, reste un texte exemplaire. A condition de l’écouter de près, on y entend tout ce que, cinq ans avant Mai  68, l’auteur voulait y dire. Rosny ne l’a pas “éclairée”. Il n’a fait qu’un “spectacle” et on sent qu’il y a mis la gomme. MAIS IL NE L’A PAS TRAHIE. Son “message” passe et même l’idée du salut du Chinois aux nègres libérés par la mort de leurs maîtres, tout à la fin, est jolie, poëtique, signifiante et corrige la honteuse sortie (du point de vue politique) de l’étudiante déjà décrite quand elle jette son petit livre rouge à la gueule d’Eugénie. De toute évidence, Rosny n’a pas accentué la subversion de la pièce et il a plutôt joué sur l’ambiguïté. Il a insisté sur l’aspect inquiétant des Chinois. MAIS IL N’A PAS GOMMÉ LE CONTENU. A moins que celui-ci ne se soit pas laissé noyer, comme il l’aurait voulu, peut-être dans le spectaculaire.
    2°- Judith Magre est remarquable dans le rôle. Ce qu’elle fait est terriblement “vedette”, “monstre sacré”, mais cela convient au personnage qu’elle habite de sa toute puissance et de son inestimable présence. ELLE joue VRAIMENT la pièce, avec ou contre son metteur en scène, je n’en sais rien, mais elle sauve l’entreprise et une troupe honorable lui donne la réplique efficacement.
    J’ai dit que c’était un bon spectacle en tout cas pour les deux premiers actes.
    C’est que le troisième est plus faible au niveau même du texte. Il est bourré de redites. La scène du “théâtre” est faible dès l’écriture et la pauvreté d’imagination de Rosny ne la pas arrangée.
    Enfin, je n’ai jamais aimé le happy end et, de mon temps, René était près à le repenser. Mais Rosny n’a pas changé une virgule au texte.
    C’est dommage, car l’impression très favorable de la salle à l’entr’acte s’est muée en demi-insatisfaction à la fin. Mais c’est normal : Ehni a bâclé sa fin, et apparamment Rosny ne s’est pas appliqué à le corriger.
    “On” ne m’avait pas invité à cette générale mais je m’y suis pointé quand même, discrètement. J’attendrai maintenant de voir, paisiblement, si  Ehni me convie!

RETOUR SUR UN SPECTACLE DONT J’AVAIS VU LES BALBUTIEMENTS

9-02 -    De toute manière, à tous les coups, grâce à sa formule faite de bonhomie et de talent, le GRAND MAGIC CIRCUS joue et gagne. On a par moments l’impression que Savary pourrait faire n’importe quoi et que cela marcherait. Je me réfère à ce que j’écrivais il y a deux jours sur la Valverdi : Savary est LIBRE. Il ne se prend pas au sérieux et sa troupe SAIT faire beaucoup de ces choses qu’on fait au cirque.. Elle n’usurpe pas son titre. Elle sait aller jusqu’au bout des gags. Cela dit, LES DERNIERS JOURS DE SOLITUDE DE ROBINSON CRUSOE ne valent pas les CHRONIQUES COLONIALES. Il y a trois mois à Bordeaux, ce n’était pas prêt et entre temps le spectacle a gagné en “somptuosité” et en “fini”. Il est même méconnaissable. MAIS IL N’A PAS PROGRESSÉ AU NIVEAU DU CONTENU. Là où il y avait une profonde subversion, je retrouve un spectacle différent des autres dans sa forme, mais de divertissement (presque) pur. Comme si Savary et sa compagnie s’étaient démobilisés politiquement. (Entendez bien que je parle PAR RAPPORT aux CHRONIQUES). Même l’agression aux spectateurs est moins vigoureuse. J’ai éprouvé comme un vent de fatigue soufflant sur mes amis. Et certes la durée excessive de la représenation (il y a à mon avis une heure de trop) est pour quelque chose dans cette sensation, mais c’est surtout l’envahissement du JEU qui m’a frappé. Autre élément de faiblesse : l’absence de vrais acteurs. On mesure qu’Andrew et Myriam n’étaient pas inutiles. Ici, à part Jean-Paul Muel (dont le rôle est mal défini, un brin flottant) il n’y a que le fond de troupe et les deux chanteurs lyriques qui incarnent Robinson et ... (excusez-moi le nom de la femme m’échappe). L’effet de contrepoint entre leur sérieux et le farfelu de l’équipe est drôle cinq minutes mais pas toute la soirée et j’ai fini par trouver ces passages lyriques un peu longuets.
    En plus, le moins qu’on puisse dire est que l’anecdote est confuse. Ca, c’est très corrigible puisque c’est entre les mains de meneur de jeu. Bref c’est un spectacle qui requiert encore du travail : des coupures, du rythme ... et une RÉFLEXION AU FOND. Mais enfin, tel que c’est, on passe une bonne soirée. L’ennui est que ce n’est que ça. Des chagrins parleront de la récupération du GMC!

Ce compte rendu m’amène à une réflexion contemporaine: depuis qu’on a confondu la notion de CRÉATION avec celle d’ANIMATION, il est devenu d’usage pour un metteur en scène non institutionalisé, de monter son spectacle en plusieurs étapes, au gré, déconcentration oblige, de plusieurs résidences ici et là. Et beaucoup tombent dans le piège d’inviter des professionnels à des moments encore provisoires de leur recherche.
 Piège, oui piège, car les acheteurs potentiels de spectacles ne se déplacent pas deux fois. S’ils ont vu quelque chose qui n’est pas prêt, cela restera dans leur mémoire comme LE spectacle proposé.
Vous me direz que je suis retourné voir, moi, le ROBINSON CRUSOÊ de Savary. Mais c’était parce que j’étais lié au GRAND MAGIC CIRCUS par un contrat. J’étais leur “agent”. Sinon, je me demande si, après Bordeaux, je serais retourné à la Cité Universitaire de Paris.

10-02 -    Je ne pense pas que LE PALACE tienne un triomphe avec le spectacle du théâtre Diaf, quoique la mise en scène belge de la pantomime MASQUES OSTENDAIS m’ait valu d’être aspergé de confettis pour la troisième fois en quatre jours! L’aspirateur de la rue Richelieu en est bourré. Ca n’égaye pas! LA CHATTE SUR LES RAILS de Josef Topol est une pièce à cinq, mais surtout deux personnnages, qui aurait pu peut-être, avoir sur moi un impact au Lucernaire, mais qui ici, est noyée. Bernard Verley et Eliane Borras la jouent avec talent mais semblent avoir été un peu livrés à eux-même par le metteur en scène Jaromir Knittl. Je confesse avoir un peu dormi, ce qui ne m’était pas arrivé depuis quelque temps. Aussi vous renverrai-je à la lecture de votre journal habituel pour plus ample information.

12-02 - La classe, c’est la classe, et quand on se retrouve face au BREAD AND PUPPET, on reste confondu par la perfection du travail de cette troupe. Elle montre à la Cartoucherie de Vincennes, chez Serreau, deux aspects de son art: l’un, c’est l’APOCALYPSE DE L’OISELEUR, sorte de parabole inspirée du Kiôgen japonais, complètement ESTHÉTIQUE, et d’une fantastique beauté, faite de rituels lents, de bruits envoûtants et de poupées sublimes. Les six grands juges couleur ocre (dominante du spectacle) sont d’authentiques oeuvres d’art, ouvragés tout en petites têtes avec un fini extraordinaire du détail. Je n’ai malheureusement pas bien compris de quoi il s’agissait. Je ne parle donc que du plaisir que j’ai ressenti au niveau des yeux et des oreilles. Je ne sais pas si Peter Schumann entend délivrer un message ici, et les élucubrations de Françoise Kourilski et Jack Lang dans le programme ne m’aident guère.
    L’autre, MISSISSIPI, est par contre d’un contenu limpide, illustré par des pancartes en français. C’est l’histoire très simple d’un fils qui travaille pour apporter de l’argent à sa mère et qui est tué par des policiers tirant au hasard. Spectacle d’un rigueur totale, impitoyable, implaccable.
    À ce niveau, l’art de la marionette se hisse aux plus hauts sommets.

18-02 -    Que dire de DIABLES au Théâtre de Plaisance, si ce n’est que c’est un long numéro au cours duquel Rita Renoir paraît se battre contre des forces maléfiques qui s’emparent de son corps. Vêtue d’une immense cape noire sous laquelle on s’aperçoit bientôt qu’elle est nue, elle se trémousse, pousse des cris, halète, paraît sincèrement terrifiée. Au bout d’un moment, elle continue ses contorsions en costume d’Ève et nous présente un cul surchargé de poils noirs que j’ai quant moi trouvé assez repoussants. Son académie ne m’a d’ailleurs pas semblé des plus harmonieuse, contrairement à ce qu’il semble quand elle est vêtue. À la fin, je suis allé présenter mes civilités à la grande dame de la dénudation française et je suis tombé nez à nez avec Banane, qui a maintenant treize ans. Ca m’a fait quelque chose

Pour l’anecdote, Banane, c’était le chien de Rita et de Jacques Seiler. Une sorte de basset d’une certaine taille si ma mémoire est bonne

19-02 -    Il serait excessif de dire que MARCHANDS DE VILLE, spectacle de l’AQUARIUM au petit T.N.P. porte en soi les ferments de la révolution en matière d’immobilier.
    La dénonciation exprimée par la troupe s’étale actuellement en première page des journaux. Du moins a-t-elle le mérite d’éclairer des zones d’ombre, de bien faire ressortir la collusion entre le pouvoir et les banques, l’implacable emprise de ces dernières sur les promoteurs, la duplicité des députés, l’impuissance des victimes etc... À gros traits caricaturés, c’est tout le système, avec les rapport de force qu’il engendre entre les hommes, qui est étalé en termes de farces. Mais c’est une farce qui ne fait pas rire car elle “concerne” 90% des spectateurs.
    Le jeu des acteurs exprime cette volonté de grossir à la loupe le mécanisme de la société. Point de subtilités ni de détails. Et il m’est arrivé que cet excès m’agace. Mais dans l’ensemble le spectacle est efficace et se laisse voir avec “plaisir” car il est “spectaculaire” avec cette ville en miniature sur laquelle planent les faiseurs de fric, cette banque qui surgit d’une trappe hissée par un Mohammed, dernier maillon de l’échelon, suprême victime et instrument de l’oppression de ses frères de la classe immédiatement supèrieure.
    Je crois que la troupe a fait un bon travail depuis la dernière répétition que j’avais vue il y a un mois.
    Évidemment, les éléments décoratifs aident beaucoup. Lévy en député sur son cheval est très bien. Mais il y a eu une réflexion sur le texte, des coupures, et l’aspect “Parisien libéré” qui m’avait choqué a disparu. Je ne suis pas sûr que le symbole de Monsieur Fric pianiste jouant de son instrument à quatre mètres de haut soit lisible : il est trop au fond pour cela. C’est finalement un spectacle très brechtien. On ne peut que louer la démarche. Et encourager au succès car c’est une représentation UTILE.

N’oublions pas que pour survivre, avec Monique Bertin, nous organisions des tournées. Le compte-rendu précédent et celui qui suit concerne des compagnies avec lesquelles nous travaillions.Avec Jean François Prévand, nous avons eu une longue histoire.

21-02 -    MAÎTRE ET SERVITEUR de Jean-François Prévand pose la question des rapports entre les hommes sous l’angle d’une juxtaposition de scènes du grand Théâtre International. Cela se passe dans un ring de boxe. Commence par Pozzo et Lucky de Beckett pour s’achever sur Puntila et Matti de Brecht en passant par Shakespeare, Molière et ainsi de suite. Exercice de style qui oblige les deux combattants à une assez fantastique gymnastique . Spectacle plein de mérite qui quant au fond, illustre bien la permanence de la lutte des classes à travers les siècles et les contrées, et dont les glissements d’un texte à l’autre sont remarquablement “rompus”. Le spectateur enculturé joue à deviner où on l’entraîne. Il faut dire qu’il s’agit d’un montage d’animation didactique pour les enfants de Boulogne. Chapeau! C’est percutant, signifiant, efficace et souvent très drôle. C’est INTELLIGENT aussi.
    J’aime un peu moins JE M’APPELLE PIED PARCE QUE JE SUIS BÊTE COMME MES PIEDS, montage sur des textes de Richepin. On rit beaucoup, pourtant c’est mené tambour battant, mais c’est moins “utile”.
    J’ai passé dans la petite salle de l’école dentaire une excellente soirée d’où je suis sorti tout rafraîchi.

22-02 -    Je ne pense pas que ce soit avec NON STOP de M.Z. Bordowicz que Renée Delmas redore beaucoup le blason du POCHE. D’abord, parce que c’est jouer la difficulté à contre courant de la mode. Espérer que les foules vont se précipiter pour voir sur une scène pendant deux heures  deux vieilles peaux hideuses à regarder, Tania Balachova et Annie Cariel, dans une oeuvre qui n’a rien de drôle et qui, pour nous Occidentaux, montre un cas pathologique exotique, faut être dingue! Ensuite, parce que pour qui veut bien “écouter” le texte pour le texte d’une part, “recevoir” la mise en scène de l’autre, on s’aperçoit vite que Bronislaw Horowicz a TRAHI profondémentt l’auteur. NON STOP montre, en Pologne, deux vieilles filles qui, à la Libération s’enferment chez elles en se rayant du monde, lorsqu’elles s’aperçoivent que ce sont les Russes qui entrent à Varsovie au lieu des Américains qu’elles espéraient. En accentuant le côté dramatique, Horowicz prend le parti de ces recluses volontaires. A tel point qu’à un moment je me suis reporté au programme, pour vérifier la carrière de l’écrivain, voir si la pièce avait été jouée en Pologne, s’il y vivait lui-même, etc...
    Et bien OUI, NON STOP a été créé en 1969 à Varsovie, Horowicz vient d’y présenter une adaptation de FAUST. C’est un jeune homme de trente ans qui ne peut donc , lui-même, éprouver aucune nostalgie du passé : ce qu’il a montré c’est un cas à ses yeux étrange et de tout évidence grotesque et ridicule. Aucune ambiguïté : il veut faire rire aux dépends de ses héroïnes, en tout cas de la plus entêtée des deux. Et quand la plus jeune “trahit” sa soeur, sort dans la rue, constate que tout y va bien, et recourt à la psychiatrie pour la faire enfermer, ce n’est pas une salope qu’il décrit, mais le personnage qu’il approuve, qui a fait son autocritique, qui revient au bon sens!
    De toute manière, j’imagine qu’en Pologne l’oeuvre doit avoir un impact : ici, elle est “étrangère” à nos préoccupations et même à celles des nostalgiques de la Pologne du Colonel Beck! Il me semble que la directrice du Poche aurait dû faire cette analyse à la simple lecture. La trahison du metteur en scène n’est que fioriture pour expliquer l’échec probable. Reste que les deux ancêtres qui sont sur la scène jouent très bien dans la ligne impartie (surtout Tania Balachova). Elles sont Bould’hum à souhait et “discrètes”, là où elles auraient dû (et pu) “grossir” les traits.


24-02 -    Je n’avais jamais vu de spectacle du Théâtre Populaire Romand (Charles Joris). Aussi ai-je profité d’un passage à Lausanne pour aller voir une création collective de la troupe : LE DOSSIER ANTONIO SALVI. C’est un montage sur le sort des travailleurs étrangers en Suisse (en l’occurrence ici Italiens), qui montre leur exploitation en partant d’un fait divers, “accident ou crime”? Un ouvrier maçon tombe de quinze mètres de haut et se tue.
    Autour de cela est dénoncé tout le système en des termes vigoureux, clairs et certainement dérangeants pour les Hélvètes quiets à bonne conscience. C’est replacé dans ce contexte et sur un autre thème, l’esprit de MARCHANDS DE VILLE. Et je dois dire que si cela durait 1h30, ce serait excellent. Malheureusement les Suisses sont les Suisses. Incorrigibles, il faut qu’ils s’étalent. Ca dure 2h15 sans entr’acte et pendant les derniers trois quarts d’heure, j’ai baillé! (sans toutefois m’endormir, notez-le bien!) . D’autant plus que vers la fin se greffe un second thème, qui est celui de la prise de conscience de la veuve de l’ouvrier défunt qui, “libérée” du contexte familial oppressif italien, veut travailler, s’instruire, s’assumer en tant que FEMME. C’est un côté positif de la Suisse qu’elle a découvert : elle refuse de rentrer chez la MAMMA qui lui écrit de revenir.
    Je présume qu’il y avait dans la troupe une militante MLF qui tenait à ce que ce problème soit évoqué, et certains “patriotes” qui ne voulaient pas que leur pays apparaisse en termes exclusivement noirs. C’est touchant mais cela alourdit le propos essentiel, crée une certaine ambiguïté et brouille les cartes. Le théâtre de combat ne peut pas être objectif. Partisan, il doit DÉNONCER. Point à la ligne. Reste que LE DOSSIER ANTONIO SALVI est un bon spectacle, qui au delà d’un enracinement dans la réalité suisse rejoint un problème européen. Kraemer ne s’y est pas trompé, qui a invité le spectacle en Lorraine.

1-03 -    LE COMTE ODERLAND de Max Frisch, “histoire atroce et morale en 11 tableaux”, mise en scène de Jean-Pierre Miquel à l’ODÉON, a plutôt été pour moi une bonne surprise. Il est dommage que Max Frisch soit suisse, car il a les défauts de son peuple : une certaine complaisance à s’étendre et à trop vouloir bien tout boucler. MAIS c’est un grand auteur et son texte contient des moments qui rappelant parfois Brecht, parfois Gombrowicz, sont très attachants. Politiquement, ce n’est pas très clair et je ne raffole pas des jeux de frontière entre le rêve et la réalité. Mais c’est sûrement contestataire dans le fond. C’est la pièce de quelqu’un qui n’est pas à l’aise dans le “contexte” et qui essaie de le dire.Jean-Pierre Miquel a fait une mise en scène honnête et apparemment fidèle.

2-03 -    Guy Jacquet a eu l’idée de situer BAJAZET dans une pièce de bain turc. Et aussi d’entourer Roxane d’une flopée de nanas du genre flic. Ainsi la sultane est-elle environnée d’un univers très MLF. Là dessus, Guy Jacquet a fait de  l’incapacité et le programme pudique indique : Bajazet, “projet” de Guy Jacquet, mise en scène de Jacques Seiler. Jacques Seiler est le brave con qui a repris les rênes d’une aventure impossible. Il a respectueusement maintenu le bain turc, mais c’est un bain sans eau et sans vapeur. Il a aussi gardé les nanas. À part ça, il a dirigé les acteurs avec conscience et convention. Sauf qu’ils s’ingénient tous à massacrer les vers, ils n’ont rien de bien particulier, puisqu’aucun parti de fond au départ du texte n’a présidé à l’élaboration du spectacle! Le langage est ramené aurant que possible au quotidien. Deux actrices y ont résisté: Michèle Marquais et Anne Bellec qui jouent un rudiment de tragédie avec flamme, émotion, et en respirant comme il faut. Elles tirent bien leur épingle du jeu. Cela dit, idée aboutie de Jacquet ou pas, BAJAZET est une tragédie en cinq actes en vers et au PIGALL’S, il n’y a pas de fauteuils, partant pas de dossiers! C’est rude!

FIN DE MANDAT POUR WILSON et RUAUX AU T.N.P.

3.03 -  BELLA CIAO, LA GUERRE DE MILLE ANS d’Arrabal / Lavelli, la culture occidentale en prend un vieux coup. Il est sans doute le plus important, d’abord parce qu’il de passe sur la scène du Théâtre National Populaire, donc sur une scène d’État, ensuite parce qu’il est remarquable. Je confesse que cette promenade subversive admirablement orchestrée m’a arraché des larmes et une profonde sensation d’adhésion au propos. Point ou presque de texte, mais un CONTENU constant et tenu,; point ou presque de pièce, mais un spectacle totalement assumé, convainquant, bourré de trouvailles permanentes. Un remarquable travail, une synthèse quasi parfaite. Pourtant le rapport scène / salle est traditionnel. Aucune participation des spectateurs n’est requise. Mais à ce niveau de qualité, d’impact et d’honnêteté je m’en fous. Je ne sais quelle mouche a piqué Lavelli cette année, mais il est certain qu’il a dû faire réflexion sur la commercialité de sa carrière. Car déjà le COPI avait un sens. Mais BELLA CIAO aura du mal à être “récupéré” et il se pourrait bien que le pouvoir lui pardonne mal, à échéance, ce coup porté à la mollesse politique du T.N.P., qui en tout cas fera une belle fin de mandat à Wilson et Ruaux, qui ne le méritaient pas! Je dois dire que je révise complètement mon optique sur Lavelli. Peut-être, après tout, n’a-t-il voulu acquérir le nom qu’il porte que pour pouvoir un jour dire ce qu’il avait toujours envie de crier. Dans ce cas, chapeau! Arrabal et Lavelli sont admirablement servis par la très nombreuse troupe qui pourtant avait été longtemps sceptique! Je me souviens d’avoir assisté longtemps à une répétition terrifiante de désespérance. Un enthousiasme sain et visible a remplacé cette inquiétude pour le plus grand bien du meilleur spectacle de la saison qui esthétiquement et politiquement laisse loin derrière lui ses devanciers.




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