Du 29 novembre au 29 décembre 1983

Publié le par André Gintzburger

RETOUR DU JAPON

29.11.83 - Nicolas Zivaljic est de la race des saints. Son messianisme est éclatant quand il vous explique que « la force » qui l’a poussé MAINTENANT à s’exprimer dans AUTRES VISAGES, AUTRES PAYSAGES n’est certainement pas fortuite. S’il a été POUSSÉ à dire ce qu’il y dit, c’est parce que « des événements vont surgir », c’est parce que la classe ouvrière va se réveiller, c’est parce que - presque- les immigrés, enfin, vont faire la Révolution ! Son spectacle -il a horreur de ce mot- est un acte de FOI. Avec un autre contenu, il serait le produit d’un quelconque « témoin du Christ », « Mormon », autre excité illuminé vous assénant ses certitudes avec l’énergie de ceux qui ont été VISITÉS et se sentent investis d’une MISSION.
Nicolas Zivaljic est musicien. Il est aussi slave. Le feu brûlant qui le dévore est profondément romantique. La passion est incluse dans les notes qu’il distille, et  les paroles qu’il profère sont de la veine des envolées de Lamartine ou de Vigny. Malheureusement, la poésie en moins. Le style écrit de Nicolas Zivaljic n’a pas la dimension qu’avaient les cris de Maïakovski, dans le précédent « concert » qu’il nous avait offert. Attention : s’il lit un jour ce que j’écris là, il m’accusera de « bourgeoisisme ». À ses yeux, le langage de Maïakovski ne touchait pas le public auquel il entend s’adresser, le seul qui l’intéresse, celui des foyers d’immigrés. À ces auditoires-là, il faut dire les choses au premier degré, appeler un chat un chat, et ne pas noyer les poissons dans des transpositions littéraires.
Soit ! Reste que, provisoirement en tous cas, les nécessités économiques le contraignent à se produire devant des assemblées composées en grande partie de petits-bourgeois. À moins que, tel  le Christ, il ne soit promu par la « base » sur le devant de la scène, il lui faudra séduire les marchands du temple pour que son discours soit ENTENDU. Le Christ, ne l’oublions pas, avait de puissants appuis !!! (en tous cas, c’était un sacré manœuvrier !). Il ne désire pas leur plaire. Au contraire, il souhaite qu’ils l’engueulent. Je ne suis pas sûr qu’il ait bien mesuré la méthode mise au point depuis quelques années par le « complot ». Le risque est grand que son appel généreux ne soit étouffé dans le silence. Que restera-t-il de son pavé dans la mare d’indifférence, si seuls quelques Noirs et Maghrébins analphabètes y ont accès ? On partagera en commun le fruit amer de la révolte rentrée, de celles qui n’engendrent que des actes désespérés. Je ne suis pas sûr que Nicolas Zivaljic n’éprouve pas quelque jouissance à savourer l’ivraie de l’échec.
AUTRES VISAGES, AUTRES PAYSAGES est un oratorio amélioré par des projections de diapositives. Quatre musiciens, comme dans le Maïakovski, -mais alors il n’y avait QUE des cordes et ce n’est plus le cas- distillent une musique brûlante, et Nicolas Zivaljic, l’acteur, gueule ses textes comme dans Maïakovski en son temps le faisait des siens. « Où sont les Communistes… Il n’y a plus personne… », ne vous y trompez pas, ces questions désabusées sont déjà dépassées. La nostalgie baigne le propos mais, JUSTEMENT, si la nécessité impérieuse de réaliser le projet s’est imposée à l’auteur, « c’est parce que nous allons sortir du désert. » Les signes en sont apparus au prophète. Pourtant, l’avenir ne se dessine à lui qu’en forme de brouillard.
Comment pourrions-nous, AUJOURD’HUI, concevoir la Société, l’Homme de demain ? La parenté entre ce message et celui que je porte en moi (TERRASSE DE BAALBEK, DÉSERT) est frappante. Faut-il insister sur le fait que le spectacle est un spectacle CHOC ? Pour le définir, c’est l’adjectif FORT, qui convient. Mais plus encore que la puissance des mots, plus encore que l’envoûtement des musiques aliénantes et qui vous prennent aux tripes, c’est l’extraordinaire véracité impitoyable des images projetées, en rythme avec les textes, qui atteint. Le groupe ROSTA a réuni là une collection admirable de photographies, superbes, cruelles, émouvantes. Là est la vraie DÉNONCIATION. VOIR est bien autre chose que simplement entendre. Tel visage d’enfant, telle vue d’une rue squattérisée et de la même, ensuite, livrée aux  herbes folles, provoquent chez le spectateur une sensation vive. AUTRES VISAGES, AUTRES PAYSAGES est complètement à part dans l’univers de la communication actuelle. Sera-ce le précurseur d’un retour aux manifestations signifiantes, ou tous ceux qu’ils dérangeront, de droite à gauche, vont-ils s’unir objectivement pour maintenir l’intrus dans l’inexistence ? Je parierais plutôt sur ce deuxième volet, aujourd’hui, mais avec les messies,  les miracles font partie de la panoplie. Qui vivra verra ! En tous cas, ce concert avec images et paroles, malgré la platitude des mots par instants, -mais peut-être n’écorche-t-elle pas les oreilles prolétariennes- est d’une grande beauté et il faudra être fier d’avoir été pour quelque chose -modestement- dans sa concrétisation.

30.11.83 - Au fil des années, Jérôme Savary devient de moins en moins « subversif » et de plus en plus professionnel. Le disque qu’il avait édité il y a quelques années, racontant l’histoire du grand méchant cochon et des trois gentils petits loups, était regardé par certains pédagogues comme de nature à troubler le sens des valeurs dans les âmes enfantines. De fait, Savary y prenait le contre-pied d’un tube de l’Establishment et sa férocité l’égratignait à belles dents.
Avec l’histoire du GROS COCHON qui doit maigrir pour échapper au boucher, le GRAND MAGIC CIRCUS s’enfonce dans les bons sentiments et dans l’imagerie d’Épinal, mais il le fait avec luxe et qualité. Ce spectacle pour enfants est exemplaire, car il est riche, parfait, et ni les danseuses, ni les chanteuses, ni les acteurs (pourtant enfermés sous les masques puisqu’ils figurent tous des animaux de basse-cour) ne donnent l’impression de cachetonner. Au contraire, tous payent comptant avec un visible plaisir de jouer. Cette histoire bien troussée, où tout le monde est gentil, est menée avec brio et a su s’adresser sans mièvrerie au très jeune public, sans pour autant que des grands aient à bouder leur plaisir.

01.12.83 - TRANSSIBERIEN est un beau texte de Blaise Cendrars.
Avec la complicité d’Alain Duhamel, qui a composé une musique signifiante, Lucien MELKI en a fait un « opéra ferroviaire ». En vérité, l’entreprise n’est pas très claire, car ce que retrace, du moins me semble-t-il, le poème, c’est le souvenir d’un voyage effectué en 1913, donc, si ma connaissance historique est juste, avant la guerre. Or le spectacle semble mélanger joyeusement les époques, la guerre et la paix, la Russie d’avant, la Russie d’après. Le générique me gêne un peu aussi : « Cendrars, Duhamel, Melki » met les trois créateurs sur le même plan. Cela hisse Melki un brin prématurément, à mon goût.
Cela dit, TRANSSIBERIEN se présente comme un oratorio, en ce sens que c’est un concert avec un récitant chanteur, qui est seul à dire ou à chanter le texte. Malheureusement, on ne comprend guère les paroles que très fugitivement. Faut-il accuser Franz Pétri ou Luis Masson, qui prêtent à l’entreprise leurs « voix » solistes en alternance ? Ou  l’acoustique des Bouffes du Nord ? Par bonheur, autour du récitant, il y a tout un environnement : une danseuse (Jane Watts), en collant rouge, qui ponctue d’une gestuelle professionnelle le discours vocal. Elle est « la petite Jehanne de France », la prostituée égarée en Sibérie et demandant sans cesse « où est Montmartre ? ». On peut trouver son apport intéressant, mais je comprends ceux  qui, à la sortie, disaient qu’elle était insupportable. Quatre musiciens classiques et trois Arméniens jouent la musique prenante de Duhamel, tandis qu’en arrière-plan, parfois enveloppé de la fumée des locomotives, un peuple de Moujiks des deux sexes fait, mêlé aux protagonistes, une figuration intelligente très russe, du genre « bas-fonds ». Ils sont aidés dans leur tâche par des bouts de films sans doute tirés d’actualités (soviétiques ? )…
Le propos est, on le voit, ambitieux à l’extrême. Il ne s’agit pas moins que de chercher à montrer un spectacle total. Il est en grande partie atteint. Pas complètement.

02.12.83 - Jérôme Deschamps m’avait fasciné avec sa FAMILLE DESCHIENS. Et puis ensuite, il m’avait irrité. Sa façon extra minimale d’appréhender l’art du clown me paraissait carrément débile, et il y avait notamment eu à Gémiers un spectacle que j’avais ressenti comme minable, il y a, je crois, deux ans.
LES BLOUSES, qu’il présente au Théâtre de la Bastille, est certainement un produit extrêmement fragile. Mais tel que je l’ai ressenti, il m’a touché, amusé, et, malgré quelques lenteurs, séduit.
Ils sont trois, deux hommes et une femme. Il y a Jérôme Deschamps, Yves Robin et Michèle Guigon. C’est curieusement des deux derniers que je me souviens le mieux. Robin incarne un handicapé. Chaque fois qu’il marche, claudiquant, il tombe. Chaque fois qu’il saisit un objet, il le lâche. Il y a entre les protagonistes un « jeu » autour de la possession d’une bouteille de vin. Mais chaque fois que le malheureux arrive à en dérober un verre, d’un geste maladroit, il le répand. Face à l’adversité, il reste placide, résigné. Deschamps aussi, sauf qu’il est  rusé et sournois, méchant même. Tour à tour naine et à sa taille, la fille -la, meilleure à mon avis, elle est même remarquable- s’installe dans son personnage avec toutes les défenses de la femelle. Elle contemple avec un œil satisfait les accidents qui arrivent aux hommes.
Ces clowns, comme les Colombaieni, n’ont aucun maquillage. Ils sortent de l’univers de la Strada, mais sans en dégager l’humanisme. Ce sont des victimes désignées, qui se battent pour survivre dans un monde sordide d’où l’amour, la tendresse, sont absents. C’est du « chacun pour soi » pour résister aux pièges, qui sont partout. L’univers est plein de chausse-trappes. Certains sont inattendus. Nous assistons à la préparation machiavélique des autres.
Quelque part, LES BLOUSES, c’est l’anti-DARLING DARLING. Rien n’y est grossi. Il faut être attentif au détail. Mais ne vous y trompons pas, il y a des gags, insolites comme celui des pop-corn qui se mettent tout à coup à surgir d’une voiture d’enfants vétuste, soudain transformée en boîte à malices. On rit cependant rarement aux éclats.

03.12.83 - Bruno Villien, deuxième critique à l’Observateur après Guy Dumur, et homosexuel affiché, m’a traîné à Genève pour assister à UN AMOUR QUI ATTEND LA MORT, « pièce en deux parties » qu’il signe, sans doute pour toucher des droits d’auteurs en Francs suisses, mais dont il n’a pas écrit une ligne, la totalité du texte étant empruntée aux lettres que Chopin écrivit à George Sand à l’occasion de sa liaison avec elle, et à la correspondance à propos de Chopin, que l’écrivain adressa à différentes personnes de ses amis au sujet du jeune musicien romantique. Ses propres missives à lui, elle les a, on le sait, déchirées lors de leur rupture.
Dans un décor très « AU THÉATRE CE SOIR », Michel Corod a mis en scène une vedette lausannoise sur le retour, Corinne CODEREY. Elle joue, dit, et éprouve les textes avec une mise en bouche très professionnellement articulée et un abattage plein d’assurance. La virilité de George Sand l’a plus inspirée que sa nymphomanie. Sur le côté jardin de la scène, il y a un beau piano Steinway. Un lauréat du Conservatoire de Lausanne, boursier de la Fédération des coopératives MIGROS, prix national en 1976 des Jeunesses musicales de Suisse, Christian Favre, y joue avec virtuosité et sensibilité diverses ÉTUDES, PRÉLUDES, NOCTURNES et FANTAISIES du compositeur. Curieusement, après qu’on eût annoncé sa mort, le metteur en scène lui fait exécuter -et c’est la fin du spectacle- la célèbre MARCHE FUNÈBRE qu’on entend d’habitude à l’occasion des funérailles des grands hommes, ce qui m’a inspiré une réflexion irrévérencieuse : « Je ne savais pas qu’il avait écrit la MARCHE FUNÈBRE à l’occasion de sa propre mort ! »
La soirée culturelle dure deux heures, dont un entracte. Elle se laisse écouter car, après tout la musique est belle, les textes ont du mordant et les deux interprètes ont de la tenue.
L’exploitation en scolaire du spectacle posera malheureusement des problèmes de conscience aux proviseurs. Car, de vous à moi, cette George Sand, quelle pute !!!

04.12.83 - Ayant constaté que ce jour était celui de la dernière du COSMOS, il m’a semblé décent de me pointer à LA COURNEUVE. Le spectacle a incontestablement gagné en rythme depuis la Première à laquelle j’avais assisté à Bobigny. Et même, il est presque complètement satisfaisant pendant la première heure. Visiblement, les souvenirs de la période 1950, « le temps des maraîchers », ont inspiré l’équipe, et le réalisateur Christian Dente.
C’est très exactement au milieu de la deuxième partie, intitulée « les grands chambardements des années soixante », après l’histoire de la petite fontaine que les architectes avaient oubliée, et qui se venge en rongeant les buildings, que la représentation se met à dérailler, ne cessant, jusqu’à la fin, de se dégrader. Pourtant des remaniements ont été effectués. 1968 a été salutairement raccourci. Le spectacle, d’ailleurs, ne dure plus que cent trente minutes, et il est sans entracte. Mais autant Dente est à l’aise dans l’évocation nostalgique un peu tendre, autant il est à côté de ses pompes dans l’évocation poétique passéiste finale, où l’on voit un symbole d’autoroute en carton couper la ville, et le bistrot, en deux, au milieu d’un verbiage « archéologico-science-fictionniste » des plus confus.
Dominique Brodin confirme dans cette entreprise ses remarquables qualités d’acteur de composition.

05.12.83 - De fil en aiguille, cela fait trois fois que je vois le SÉANCE FRICTIONS de la MIE DE PAIN, et je dois dire qu’à chaque fois, j’ai été ravi. Mais cette fois-ci, À DEJAZET, sur la scène de théâtre à bonne communication, mêlé à une assistance nombreuse et chaleureuse sans flagornerie, j’ai vraiment  pris mon pied. Les trajectoires des personnages, chacun campé dans sa caricature allant jusqu’à l’absurde, mais très intelligemment défini dans son caractère précis, sont irrésistiblement drôles, peut-être parce que quelque part tout le monde est méchant ou con avec, chez les femmes, une forte connotation de frustration sexuelle et, chez les hommes, une réelle propension au style macho. On sait que cette faune compose un petit orchestre. Le plus intéressant est évidemment le rapport de ces exécutants à leur chef. Dans le combat sans merci qui s’engage entre eux et lui, ils n’ont de cesse que de l’abattre. La folie de la liberté conquise les entraînera aux plus extrêmes délires. Mais le dirigeant finira par leur manquer. Et ils le ressusciteront. Ceci est la lecture au premier degré. Il y en a sûrement d’autres  au niveau de chaque itinéraire, qu’on sent richement nourri de l’intérieur par ces garçons et filles qui prennent visiblement plaisir à jouer cela pour la 180ème fois !!!
Ils annoncent un nouveau spectacle. Espérons qu’il sera à la hauteur.

07.12.83 - BATAILLES se présente comme une série de cinq piécettes. Les signataires sont Topor et Jean-Michel Ribes.
Point n’est besoin de se référer au programme pour deviner que c’est Topor, qui a écrit BATAILLE INTIME, qui raconte à grand renfort de scatologie comment une femme a tué un homme qui s’était installé à l’intérieur de son corps. Ribes et Topor sont complices, mais c’est bien l’esprit de Jean-Michel qui souffle sur la BATAILLE NAVALE, où la lutte des classes est installée sur un radeau ayant recueilli deux naufragés, un bourgeois et un prolétaire ; ou même, quoiqu’ils signent ensemble sur LA BATAILLE DANS LES YVELINES où, rentrant après dix ans, un homme veut rendre à son meilleur ami la femme qu’il lui a naguère piquée. 
L’absurde, l’insolite, mais une logique interne très pertinente, mènent le jeu dans chaque morceau. C’est très bien fait, très efficace, très drôle. La subversion issue des monômes d’étudiants et d’un certain esprit corrosif petit-bourgeois, visant à choquer d’autres petits bourgeois, s’est muée en un art du déraillement intellectuel qui atteint une sorte de perfection. Les valeurs sociales et morales ne sont pas bafouées. Elles sont « lues » sous un autre angle et, ce qui en fait le prix, c’est que cette vision n’est pas seulement bizarre, elle est formidablement comique. Et dérangeante juste ce qu’il faut, pour faire rêver le public sans l’inquiéter au sortir du théâtre. Remarquons quand même que la notion de MORT harcèle les deux auteurs. Mais ils en ont tellement peur, sans doute, qu’ils s’attachent à ne la rendre pas sérieuse. Ici, le trépas mène à une terrasse de bistrot au sommet d’une montagne alpine -c’est le sketch qui me parle le moins-, là, c’est un type suspendu par les mains à une aspérité pierreuse du douzième étage d’un immeuble, à qui s’adresse avec une amoralité parfaite la femme qui trouve que son suicide serait la meilleure solution à leur problème de couple !
Tonie Marshall avec beaucoup d’abattage, Philippe Khorsand et Jean-Pierre Bacri avec beaucoup de naturel simple, « contribuent à faire de cette soirée une des plus amusantes de la saison », a dit François Chalais !

08.12.83 - Revu LA FEMME INDOLENTE de Jean Bois, avec trente personnes dans la salle du Théâtre 13. La pièce a besoin d’un public qui fonctionne. Quand il est coincé du rire, il reste une tragicomédie un peu tristounette. Et la joie à jouer des artistes s’envolant, la communication ne passe plus pareil. Dommage.

09.12.83 - Le nouveau spectacle du 4 L 12, « LA GUERRE DE CENT ANS, PREMIÈRE SEMAINE », qui est, enfin (presqu’) abouti, me paraît poser un problème aux chroniqueurs. Il doit être en effet aussi aisé de crier au génie que de hurler que c’est infect. En vérité, on adhère ou on n’adhère pas, on aime ou on n’aime pas ; ça, ça n’est pas original, c’est le lot habituel : la particularité ici, c’est que ceux qui détesteront ne sauront sans doute pas bien pourquoi, et inversement ceux qui se sentiront comblés.
Une chose est sûre : l’équipe a encore besoin de travailler pour mettre de l’ordre dans son charivari, car il reste de la confusion dans la partie « visite guidée » qui ouvre la représentation. On parque le public pendant une demi-heure dans une salle qui est supposée être une salle d’exposition, et il est certain que cette attente manque d’une animation. Les gens jettent, et encore pas tous, un œil distrait sur les croûtes accrochées aux murs, et s’amusent un instant à en lire le générique dans le catalogue qui leur est distribué, mais cela va vite, ils ne sont pas encore en condition et ils restent plantés en attendant que le vrai spectacle débute.
À ce moment-là, c’est un sacré bordel qui commence. L’agitation fébrile des guides, leurs hurlements, la drôlerie de leurs narrations, l’amusante situation de visiteurs où ils entraînent le public, lui faisant gentiment jouer des petits rôles, la parodie d’histoire pseudo scientifique à laquelle ils semblent croire, leurs démonstrations absurdes, leurs engueulades entre eux, toute une mayonnaise qu’ils font monter vigoureusement a tôt fait de submerger les spectateurs et d’enchanter la plupart. Peut-être cette mayonnaise plafonne-t-elle trop vite : la paroxysme est atteint d’entrée de jeu, ce qui crée un bon effet coup de poing. Mais ensuite, un peu ballottés, se mélangeant entre les discours insuffisamment cadrés sans doute, pas assez pris en main individuellement, frustrés parce qu’ils ne voient et n’entendent pas tout, bousculés et un peu paumés, des gens décrochent, s’assoient prématurément, écoutent distraitement les bribes qui leur parviennent. Je ne dirai pas qu’ils ne s’amusent plus. Je les crois quand même dans un certain état. Mais ils ne rigolent pas à gorges déployées.
De fait, il est probable qu’à Bar-le-Duc où j’ai vu le spectacle, compte tenu des locaux trop exigus offerts par la salle André Theuriet, les groupes conduits par chaque guide étaient trop nombreux. Mais la conception du projet recèle une contradiction. Car, à moins de ne remettre tout en chantier, il n’y aura que quatre guides pour mener le public aux quatre coins du château supposé. Si cinquante personnes par groupe est un maximum absolu, -et cela semble même déjà beaucoup-, cela veut dire que deux cents personnes au même maximum pourront s’asseoir au moment où les guides, se dépouillant de leurs uniformes, entreprennent d’incarner les personnages se bornaient jusque là à évoquer.
Deux cents personnes dans un théâtre de six cents places à l’Athénée. On passera de l’écrasement dans les abords à l’impression de vide, donc de bide, à l’intérieur. C’est un danger qui n’existait pas à Bar-le-Duc où , au contraire, des jeunes ont dû s’asseoir par terre faute de sièges. Mais ailleurs ?
Car il y a un moment où le prologue itinérant prend fin, où les quatre groupes sont admis, ayant exploré les coulisses, la scène et les débarras, erré dans les couloirs et foyers transformés grâce aux objets, tableaux, hallebardes, boucliers et costumes récupérés dans les caves du Grand Théâtre de Nancy, à prendre place face à une scène surchargée d’accessoires et prolongée, comme au Nô, par une passerelle qui court jusqu’à une porte au fond de la salle. C’est la route des Croisades. C’est l’aire de jeu privilégiée qui met les artistes au milieu du public.
Le cul dans des fauteuils, les deux cents privilégiés, enfin à l’aise et au large, assistent à des élucubrations qui surgissent du plus profond des canulars d’université, mais avec une telle puissance que, pour beaucoup, ce point de départ est dépassé. Pour ceux-là, il s’agit d’une vision dantesque et en même temps pernicieusement critique de l’Histoire, étant bien entendu supposé qu’on s’adresse à des gens qui la connaissent, en VRAI. C’est même, à la limite, si on entre dans ce qui me semble être la profondeur du JEU, plus qu’une VISION : c’est une lecture plus que contestataire, c’est un rejet, un refus du PATRIMOINE, une réclamation de remise à plat, à néant, du PASSÉ INCULQUÉ. Pour d’aucuns, le 4 L 12 se sert de l’HISTOIRE pour s’en moquer gentiment, un brin intellectuellement sans penser que les protagonistes aient cherché midi à quatorze heures.
Je crois qu’il faut aller plus loin dans la SIGNIFIANCE du propos, et je ne vois aucune INNOCENCE dans le show final qui met en scène l’allégorie de LA GUERRE, tandis qu’un défilé débridé de la mode du XIVème siècle, sur un air de paso-doble joyeux, vient souligner comment on se vêtait pendant la première semaine de la guerre… de cent ans (bien sûr !). Ces vingt minutes très fortes me paraissent éclairer tout le projet, et lui conférer sa contemporanéité, qui est que la GUERRE, nous la vivons déjà, et que le spectacle ne nous renvoie qu’une image transposée, certes, déformée évidemment, de notre réalité. Je suis certain que ce reflet n’a pas été intellectuellement voulu par la troupe. Je suis convaincu qu’à aucun moment, Massé et ses complices n’ont conceptualisé qu’ils voulaient nous parler de la guerre d’aujourd’hui. Justement, là est la particularité de leur démarche qui, à force d’introspecter impro après impro, doit, me semble-t-il, finir par gratter les dessous de leurs inconscients.
Mais voilà : je comprends très bien aussi que d’aucuns se bornent à recevoir en surface une farce à leurs yeux superficielle. Et même peut-être cela ont-ils raison : peut-être les 4 L 12 sont-ils des mystificateurs. Ou peut-être encore veulent-ils nous faire croire qu’ils sont des mystificateurs, alors qu’ils sont des tordus tout simples.
L’impression de richesse, de densité, que j’éprouve devant cette folle aventure ne vient peut-être que de MA projection à MOI dans leur proposition. Ou même, comme je les aime bien, de mon DÉSIR qu’il y ait une SIGNIFIANCE à la galéjade ! C’est cet espace de liberté que le 4 L 12 offre aux spectateurs, leur donnant le choix de trouver débile leur exhibition, ou au contraire importante, ancrée dans l’évolution culturelle française en signe de clignotant d’alarme, qui en fait le prix. Bien sûr, cette ambiguïté est dangereuse, car elle exige d’être dépassée par ceux qui sont conviés à la partager. Voire simplement devinée.
J’ai dit qu’il restait du flou dans certains passages. Oui : même après la partie itinérante, certains instants n’ont pas été assez travaillés. Par exemple les retours de croisade, les flagellations, ne sont pas assez différenciées. De toute manière, il y a lieu de rendre tout plus net. Le fouillis ressemble trop, par moments, à de l’improvisation. La copulation entre le chevalier percé par son épée et son épouse coincée dans les corsets de chasteté, ne m’a pas paru étudiée dans le détail de la gestuelle. Je crois que, pour que la folie hurlante que nous recevons passe, il faut que la RIGUEUR soit d’une exigence absolue, seconde après seconde. Toute suspicion de divertissement de potache disparaîtra alors. Bien sûr, il ne faudra pas que ce soit au détriment de la spontanéité.
La nouvelle venue dans le groupe, Chantal Trichet, ne m’a pas paru très intégrée tant qu’elle joue le rôle de la femme de ménage. Elle fait pièce rapportée. Mais n’est-ce pas ce qu’intimement ont voulu les autres ? Par contre, elle est convaincante dans son incarnation de la guerre. Devenue CENTRE de l’action, elle s’y éclate avec bonheur.
Et quant à Michel Massé, déguisé en conservateur de musée avec un complet strict et une cravate, il est parfait de véracité. C’est quand il se remet « en civil », qu’on a l’impression qu’il se prépare pour entrer en scène ! Il affiche alors le calme de la force tranquille.
Après deux heures de paroxysme, de raffut sans rémission, d’allegro vivace ma toujours « troppo », la décompression du groupe repose l’ami admis dans son intimité. Est-ce une faiblesse du spectacle qu’il soit constamment excessif ? Je ne sais pas. Cette bruyante puissance garantit en tous cas le spectateur fatigué contre un danger : il ne s’endormira pas pendant la séance.

12.12.83 - Alexis Chevalier joue seul LE SOURIRE AU PIED DE L’ÉCHELLE, de Henry Miller ! Seul en scène, il achève de se maquiller en clown, puis il se livre à une parodie d’HAMLET qui n’amuse personne. Il monte maladroitement à une échelle de cordes. Il a un « rendez-vous avec Suzie » illisible. Il reste cinq minutes à « sourire » et il achève la première partie en demeurant devant une jolie maquette du « Cirque Tonio ». Rien de ce qu’il fait ne passe tant il manque de métier et, ce qui est plus grave, de présence, SINON de talent. Sa « Compagnie Messidor » ne me semble pas être un grand crû. Je n’ai pas vu la deuxième partie.

16.12.83 - Si je consulte LE ROBERT, je constate que LE JOURNAL D’UN HOMME DE TROP ne figure pas parmi les œuvres de Tourgueniev que cite le dictionnaire. Curieusement, l’article précise que PÈRE ET FILS, où le héros Bazarov est un jeune nihiliste qui veut la révolution totale, serait la seule œuvre de l’auteur « où le héros soit un homme et non une femme ». Qu’en déduire, si ce n’est que la nouvelle adaptée pour la scène par Serge Maggiani n’a pas, en son temps, été jugée par Paul Robert, assistée d’Alain Rey et de Josette Rey-Debove, digne d’être citée dans les colonnes de leur ouvrage ! Pire, elle est passée inaperçue à leurs yeux, ainsi qu’en fait foi le commentaire ci-dessus.
Car le héros apparent de ce journal est bien un homme, qui va mourir, qui sait qu’il n’a plus que deux semaines à vivre, qui entreprend de se raconter sa propre vie à soi-même, et découvre qu’il a toujours été partout en toute circonstance « un homme de trop », c’est-à-dire quelqu’un qui n’avait pas de nécessité à être, quelqu’un sans qui les événements se seraient déroulés exactement comme s’il n’avait pas existé.
Paradoxalement, cet inutile s’étend sur la seule aventure où il se soit senti vivre, un duel, qu’il a provoqué sciemment, à la Russe, en insultant publiquement un Prince qui courtisait une jeune fille aimée de lui, amour non partagé. C’est le plus beau moment du spectacle mis en scène par Catherine Dasté, quand soudain, la musique brillante de la Mazurka vient soutenir l’acteur et que la danse se met à supplanter le verbe comme moyen de communication. Avec rigueur et grâce, Serge Maggiani glisse littéralement note après note sur le sol de la salle de bal supposée, et transpose l’acte meurtrier -qu’il rate, bien entendu- en termes de figures dansées. C’est très fort. Et cela atteint, ce qui n’est pas, précédemment, le cas de la performance. Entendez bien que, quelque part, le jeu de Serge Maggiani est parfait. Il est si mathématiquement exact que je jurerais qu’il se répète soir après soir, sans une variation. Mon impression est, qu’en répétitions, l’artiste a dû éprouver de grandes émotions. Peut-être a-t-il fait pleurer son metteur en scène. Mais il a tellement figé ses sentiments qu’il ne les fait plus « passer ». Je suis sûr que c’est complètement volontaire, et que les deux complices ont voulu que cette transcription scénique d’un journal écrit conserve le signe de son origine. Ainsi Serge Maggiani ne joue-t-il pas Tchoulkatourine, mais il nous le montre disant les choses écrites avec les intonations, le volume et les intonations signifiantes, mais froidement, scientifiquement, toute « présence » qui aurait risqué d’aliéner le spectateur ayant été soigneusement gommée.
Est-ce que j’aurais préféré, moi, que l’acteur se laisse devant son public emporter par le premier degré des sentiments de écrits par Tourgueniev ? Sans doute n’aurais-je pas eu, si j’avais eu à mettre en scène cette œuvre, la préoccupation intellectuelle -qui fait délirer les Cournot et consorts- de chercher « une correspondance entre l’écriture d’un journal et l’écriture scénique ». Souci au demeurant bien de notre temps, que de se casser la tête pour montrer au théâtre ce qui n’a pas été écrit pour le théâtre !
Cela dit, Le Petit Montparnasse était rempli, ce qui n’est pas le cas de tous les théâtres parisiens, et les spectateurs, sages comme des Allemands pendant toute la prestation -guère de rire, pas un mouchoir mais pas de somnolence- ont beaucoup applaudi à la fin. Il est vrai que pour signifier qu’il meurt, Serge Maggiani se fait, in extremis, dépouiller par une servante de ses vêtements. C’est tout nu qu’il dit ses dernières phrases. Dépouillé de tous atours, l’homme inutile est réduit à son seul pauvre corps à l’instant du trépas. Le spectacle dure une heure cinq.

20.12.83 - Tout à la fin de MAHAGONNY, Brecht montre le bout de son oreille anticapitaliste : à l’issue d’une parodie de procès, on y voit un homme  condamné à des peines légères pour viol, meurtre et autres turpitudes, mais condamné à mort pour avoir commandé deux bouteilles de whisky sans en avoir l’argent. Le seul grand crime au monde est donc d’en être démuni !
Hormis cette moralité exemplaire en guise de final, la « ville piège » ne recèle guère de leçon. Il est vrai que l’argument de la pièce est singulièrement lâche. C’est une série de chansons vaguement reliées par une anecdote mal ficelée, complètement négligée, entre des personnages mal signalisés. En tous cas les « clients », qu’on distingue mal psychologiquement les uns des autres.
En vérité, on se passerait facilement de la sauce, que Hans-Peter Cloos a complaisamment étalée, sans doute dans l’esprit de clarifier les méandres de l’entreprise. Il faut par contre lui rendre hommage sur quelques points : les songs sont chantés, très bien, avec énergie et sensibilité, en allemand et anglais comme ils ont été écrits, ce qui fait éclater la débilité des traductions françaises qu’on garde dans l’oreille. Et la direction musicale de Peter Ludwig ne mérite que des compliments, ainsi que la chorégraphie… qui n’est pas signée.
Pris comme une revue, le spectacle se laisse voir, mais il manque de monde : deux nanas pour signifier un bordel, c’est bref, même si elles changent de tenue toutes les deux minutes, et trois types pour représenter la clientèle, ça ne donne pas l’animation d’une ville champignon, même à grand renfort de pétards et de mitrailleuses sonorisées. Et la transposition de l’œuvre dans le monde moderne de l’informatique et de la télévision fait, quoique efficace, pièce rapportée.
Cloos et la violence réussissent néanmoins leur bon mariage habituel, et l’équipe paye comptant.

27.12.83 - Je pensais m’en payer une bonne tranche. J’ai souri parfois, un peu, et je me suis ennuyé. Ca dure deux heures et quart. Ca s’appelle SIX HEURES PLUS TARD. C’est une pièce d’un certain Marc Perrier, pour laquelle Claude Piéplu a eu le coup de foudre. Il la joue avec un jeune homme nommé Franck Capillery.
À la suite d’un accident, (virage manqué) le jeune atterrit, bagnole y compris, dans la chambre d’un vieillard à la retraite. Il vient de commettre un hold-up et sa valise est bourrée de billets de banque. Au rythme d’un combat verbal à la loyale et à la déloyale, les deux bonshommes finiront par tisser entre eux les fils d’une sorte d’amitié.
Le jeu est assez fin et subtil, mais le style est relâché et la mise en scène de Claude Piéplu est molle.

27.12.83 - Le même soir, toujours au LUCERNAIRE, je vois LE JOURNAL INTIME DE SALLY MARA de Raymond Queneau, joué par Stéphanie Loïk.
Le texte, fondé sur les réflexions ignorantes, naïves mais profondément curieuses et crues, d’une jeune Irlandaise en matière de sexualité, est un vrai régal. L’auteur s’est amusé à étaler complaisamment l’inculture de la jeune fille enfermée dans l’obscurantisme des choses dont on ne parle pas.
Denise Péron a mis en scène Stéphanie Loïk avec humour et pudeur. Le jeu est réservé. L’actrice feint la modestie, mais son œil frise. Elle se discipline peut-être un brin trop. Mais elle fait très bien passer le message. Une musiquette pour films muets permet à l’actrice sautillante de changer elle-même son décor en déployant les panneaux astucieux et pleins de trucs d’un livre géant, style Gallimard (illustré quand on l’ouvre). Un vrai plaisir rétro. Car bien sûr, aujourd’hui, quelle est la jeune fille qui serait à ce point « inéduquée » ?

28.12.83 - Hélas, la pomme de terre a mal inspiré le Picard CARQUOIS d’Amiens. LES FANES AMÈRES D’ANTOINE AUGUSTE PARMENTIER conte la vie de l’inventeur de la tubercule. Pourquoi pas ? Mais le texte de Jacques Labarrière est dans le détail d’une imbécillité intrépide et, dans sa construction, d’une maladresse débile. Les actrices et acteurs jouent de surcroît terriblement amateurs au mauvais sens du mot !

29.12.83 - Eh bien, LE RADEAU DE LA MÉDUSE existe. Il n’est pas encore bien terminé ni lâché. Le chauffage laisse à désirer et j’ai vu DON JUAN AUX ENFERS par les SCALZACANI intoxiqué par l’oxyde de carbone. Mais enfin le lieu d’Arlette Reinerg est une réalité et pourrait même devenir, bien lancé, quelque chose d’important à Paris, où les espaces maniables scénographiquement ne courent pas les rues.
Il faut être reconnaissant à Carlo Beso, le metteur en scène de la pièce de Cerrado Simioni, de n’avoir pas transporté son « Noël au bagne » dans le temps d’un goulag soviétique. C’est en effet en Sibérie que les forçats vont, l’espace d’une petite fête racontée par Dostoïevski, jouer DON JUAN pour leurs camarades et pour leurs geôliers, avec la complicité de la femme du Directeur, éprise d’égalité et de générosité, peut-être bien mue aussi par une certaine frustration sexuelle. Cela se passe au siècle dernier et le réalisateur a été fidèle à la connotation historique. Il n’a même pas poussé sur l’aspect horrible du camp, qui ressort comme une salle où sont certes parqués des détenus, mais qui ne semblent pas terrorisés ni l’objet de brimades particulières.
Quoi qu’il en soit, cette commedia dell’arte injectée dans le contexte russe du bagne donne un résultat assez exotique. Il faut être obligé à la troupe de s’efforcer de jouer en français. On remarque son professionnalisme gestuel, et surtout l’excellence de sa prestation vocale. Les chants sont superbes. Faut-il regretter que le deuxième acte, celui du jeu théâtral à l’intérieur des scènes véristes, ne tranche pas assez ? Disons qu’il fait rose par rapport à du gris, plutôt que rouge vif en sandwich entre du noir épais. 

Publié dans histoire-du-theatre

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