Du 25 octobre au 5 novembre 1983

Publié le par André Gintzburger

UNE TOURNÉE AVEC LES MACLOMA EN CORÉE ET AU JAPON

25.10.83 - Ce voyage vers le « Pays du matin calme » dans un avion « direct » d’AIR FRANCE, n’est en vérité pas très agréable. Jusqu’à Tokyo, le vol est bourré et, yens oblige, il est « à la Japonaise ». Le plateau-repas est « à la Japonaise », le thé est japonais, les annonces sont faites en japonais et c’est à peine si, à côté des hôtesses japonaises qui s’occupent surtout des Japonais, quelques stewards français, d’ailleurs aimables, s’intéressent aux vœux des Européens de la classe économique. 9 h 15 de Paris à Anchorage (où on arrive, par le jeu des fuseaux horaires, avant d’être parti !). Mais entre Anchorage et Tokyo (sept heures trente de vol encore), on passe soudain du lundi au mardi et il y a encore deux heures entre Tokyo et Séoul. Partis le lundi à dix heures trente de Paris, on arrive à l’équivalent de huit heures le lendemain matin, soit seize heures locales, par un froid et un brouillard sensibles. Bernard Schnerb est là. Accueil chaleureux. La chauffeur (que j’avais connu quand j’étais venu avec Houdart) me fait des larges sourires.
Les clowns sont de bonne humeur, d’autant plus que l’hôtel Ambassade, où nous sommes logés, est parfait. Le souper « improvisé » par Mimito, est placé sous le signe de l’harmonie. Les clowns y font la connaissance du charmant Kim Jong Hok, leur invitant coréen.

26.10.83 - J’ai toujours eu une grande facilité à absorber les décalages horaires et je me réveille à huit heures (minuit à Paris) comme si c’était évident.
Schnerb avait voulu hier, pendant qu’on était à l’aéroport, qu’on prenne avec nous le matériel arrivé en fret. Comme a dit Guy, « on a paumé une couple d’heures à glander », et on a fini par rentrer à Séoul bredouilles. Il n’entrait pas dans le schéma de pensée de la Korean Airlines, de nous livrer à l’instant un matériel en fret débarquant d’un avion Air France. Mais Bernard a fait un cinéma politique pour expliquer cette « mauvaise volonté ». Aujourd’hui, c’est son chauffeur seul qui dédouane les caisses… sans se servir du carnet ATA. Il paraît qu’on ne connaît pas ça en Corée ! À ce détail près, tout arrive à point au Centre Culturel pour que les clowns y puisent ce qui leur sera nécessaire pour le « rendez-vous de onze heures » -entendez le « plaisir du théâtre de NKV, chaîne de TV très écoutée. C’est dans les locaux de ladite TV que je fais connaissance avec la redoutable exigence, quasi-paranoïaque chez Guy, des Macloma. Ils veulent que l’émission, évidemment fabriquée avec une ancestrale habitude de désinvolture, soit parfaite, et ils réclament de contrôler l’image et le son, ce qu’apparemment nul ne fait jamais. Le moment est pénible à passer et, de toute manière, l’émission sera dégueulasse. Elle aura pourtant atteint son but : les Coréens ont beaucoup aimé la prestation. Mais Bernard Schnerb a entendu dire qu’ils étaient emmerdeurs. Guy avait pourtant bien sympathisé avec Mimito, qui l’avait aidé à acheter un blouson très bon marché au marché.

27.10.83 - Le matin, marché au puces. L’après-midi, après une excursion que j’ai immortalisée par un petit film, les clowns font un atelier pour les étudiants de Kim Jong Hok et ils se révèlent être les rois du workshop. Ce qu’ils disent sur l’art du clown, ce qu’ils font en démonstration, est passionnant et il ne faudra plus qu’ils viennent me raconter qu’ils ne savent pas faire ça ! Ils font un tabac et à l’issue de ce colloque, qui a failli ne pas avoir lieu car Bernard Schnerb ne nous avait pas, dans un premier temps,conduits au bon lieu de la rencontre ; l’atmosphère était au beau fixe. Un vent froid soufflait du côté du Théâtre National, cependant, car difficulté de communication aidant, il apparaissait que le montage poserait des problèmes. Et il faut bien dire que Guy ne travaille pas dans la diplomatie. Dans un pays où personne ne dit jamais « non », même quand il n’a rien compris à ce qu’on lui a demandé, où il faut faire répéter trois fois si « c’est possible ou c’est impossible ? », et où « impossible » peut seulement signifier qu’il faudrait demander une permission à un chef redouté, vous voyez le topo ! L’impatience des artistes, qui redoutent d’arriver dans l’impréparation  à l’heure du spectacle, opposée à une sérénité orientale qui ne va pas sans force d’inertie -car qu’en ont-ils à foutre, ces techniciens orientaux frais émoulus et mal formés, qui voient soudain débarquer des occidentaux inflexibles ?- fut source de conflit, et Schnerb qui est avant tout un diplomate y est allé de son exposé sur les devoirs du coopérant. Malheureusement, il n’a pas osé le faire aux clowns et c’est à moi qu’il a tenu son discours, que je n’ai pas accepté sans réserves ; car il faut savoir ce qui est plus important : montrer à trois mille personnes un spectacle digne de l’argent qu’on a dépensé pour l’apporter si loin, ou se contenter d’un à peu près technique, pour ne pas irriter quelques machinistes dotés d’un sérieux poil dans la main ? « On peut dire les choses gentiment », dit le Directeur du Centre Culturel. En effet, pendant un temps. Mais plus quand le danger d’échec menace.
Le bon, l’excellent Kim Jong Hok, espèce de poète illuminé, et d’une évidente gentillesse, sera demain au montage toute la journée, mais aujourd’hui la rencontre avec les machinistes s’est faite hors de sa présence, et les clowns se sont retrouvés dans un opéra de mille six cents places moderne, avec la situation de devoir équiper leur rideau à douze mètres du premier fauteuil, ce qui, bien sûr, pour des gens travaillant dans la communication rapprochée, est fâcheux. Pouvait-on mettre des spectateurs dans la fosse d’orchestre ? Techniquement, rien n’était plus facile, car ladite fosse montait et descendait électriquement. Mais en aurait-on le droit ? Durs furent les palabres. Un combat que Kim gagnera demain mais qui, aujourd’hui, assombrit l’horizon. Le bon Kim emmène tout le monde dîner après la réception au Centre Culturel Français dont je ne parlerai pas, tant elle était semblable à toutes les réceptions que j’ai déjà vécues. Ce fut l’occasion de mettre mon complet d’ambassade et mes belles chaussures qui, ailleurs, ne servent guère, puisque dès qu’on entre chez quelqu’un, dans ces pays, on se déchausse. Je noterai seulement qu’ayant parlé de mon genou à un Monsieur Hourcade, Attaché culturel de l’Ambassade, il m’arrange aussitôt pour le lendemain matin une visite à un acupuncteur.

28.10.83 - Abandonnant les clowns à leurs problèmes, je suis donc conduit par un chauffeur dans un quartier éloigné, où l’homme aux aiguilles tient officine. Je ne sais pas si l’opération sera bénéfique, en tous cas elle est relaxante. En repartant, j’ai carrément plus mal qu’avant, mais paraît-il, c’est normal. Après ça, Mimito me traîne au marché, car elle a encore acheté pour Catherine une robe trop petite. On va la changer et elle me met en plus dans les bras un manteau. Elle me presse en plus à acheter un pull pour moi, après qu’elle m’a vu en choisir un pour Thérèse. Je retourne au théâtre dans l’après-midi -Schnerb est là, nerveux. On lui a dit que les clowns ne se conduisaient pas gentiment. « Les Asiatiques sentent les choses », m’explique-t-il. En fait, les gens de la TV d’avant-hier ont dû se plaindre. J’essaye de faire comprendre à Bernard que ce comportement n’est pas, comme il le ressent, celui de Français colonialistes méprisant les peuples inférieurs, mais d’artistes anxieux à l’idée que leur spectacle pourrait être gâché. J’apprends que je vais être mis à contribution pour tenir la poursuite. Soit. Le soir arrive enfin. Six cent soixante six spectateurs exactement se pointent. Demain à la matinée, il y aura mille trois cents jeunes et le soir sept cent cinquante personnes. Kim ne sait pas s’il perd ou gagne de l’argent. « De toutes façons, dans un sens ou dans l’autre, ça ne sera pas beaucoup ». Le spectacle fait un tabac. Je suis très content de découvrir qu’il passe très bien dans une grande salle. La bonne humeur redevient générale. Jusqu’à présent, tous les repas qu’on a faits étaient coréens. Ce n’est pas mauvais, tout est un peu fermenté, assez relevé mais pas follement. Il y a du ginseng à peu près dans tout. Il paraît que c’est bon pour le rhume ! Ca ne fait en tout cas pas de mal au genou qui va beaucoup mieux. Ce soir, Kim nous invite (encore) dans un restaurant « européen ». Nous mangeons du T. Bone Steack. Schnerb, retenu ailleurs, n’est pas là.

29.10.83 - L’angoissé Schnerb ayant peur que notre départ demain ne se passe pas facilement, avec nos cinq cents kilos en bagages accompagnés, m’a demandé d’aller tout repérer à l’aéroport avec sa secrétaire. Je m’exécute. Ca me rassure aussi. Mais n’empêche que je trouve notre Bernard soudain bien méfiant envers les Coréens qui, téléphoniquement, avaient tout confirmé O.K. De fait, j’ai bonne impression. On nous prie toutefois d’être là dès huit heures. On y sera.
Aujourd’hui, les clowns jouent à quinze heures trente et dix-neuf heures trente. Autant dire du permanent. En ville il fait bon, avec du soleil, mais le théâtre est glacial. En matinée, je tiens encore la poursuite, mais ce soir, c’est un Coréen qui la maniera. Bernard voit le spectacle accompagné de son petit garçon, Sylvain, qui est très mignon. Pour lui, les clowns sont des « coquins ». Notre invitant est ravi par le spectacle. Ses vapeurs s’estompent. Son sourire se défige.
Kim Jong Hok, lui, est enchanté. À vingt-deux heures trente, tout le matériel est empilé dans une camionnette et nous allons souper chez Bernard, dont c’est l’anniversaire à partir de minuit. Mauvais présage ? La bouteille de champagne qu’il ouvre est éventée. Moi, ça ne me gêne pas, je bois un excellent cognac. Je ne sais pas comment je m’y prends, mais je fais piquer à tout le monde un fou rire, ce qui permet de dire qu’il s’agit d’un joyeux anniversaire.

30.10.83 - Je ne sais pas pourquoi Key  tenait tellement à ce que nous arrivions à Tokyo dès ce dimanche à midi, car il n’y a rien de cette journée qui explique cette hâte à nous voir débarquer. Ca nous a fait manquer en Corée un pique-nique en notre honneur, qu’avait arrangé Madame Li avec le gratin de la culture séoulienne.
Enfin voilà, le voyage en DC 10 s’est passé comme une fleur, et la douane japonaise sait ce qu’est un carnet ATA. L’organisation Nakatsubo se révèle ponctuelle. Nous avons un minibus amusant parce qu’on s’y fait vis-à-vis, et le camion pour le matériel est parfait. L’hôtel certes est un peu spartiate après le luxe séoulien : chambres minuscules et pas de room-service. Mais chacun a sa chambre et les Macloma sont contents. La réunion de travail avec nos organisateurs est menée lentement mais sûrement, à la Japonaise. Puis on fait une petite ballade, on mange des bouts de viande et de foie grillés et on rentre se coucher de bonne heure, pour récupérer le peu de sommeil de la nuit dernière. J’ai commis un impair en donnant les cadeaux. Je ne l’ai pas fait assez discrètement, mais, comme dit Key, « on m’excuse parce que je ne suis pas japonais ».

31.10.83 - Le rendez-vous au théâtre est pour dix-huit heures. En attendant, j’expérimente que mon genou va mieux en arpentant les trottoirs de cette ville immense sur une dizaine de kilomètres. Ca n’est vraiment pas beau, il y a un bruit infernal mais le grouillement humain est assez fascinant. Je me suis mis en tête de trouver un journal français, mais ni à la Gare Centrale, ni à l’Hôtel Impérial, où Die Welt trône à côté du Wall Street Journal, ni à la foreign library de GINZA (c’est le nom d’un quartier), la chose n’existe.
Par contre, je trouve des french croissants et des petits pruneaux que j’achète, ainsi que du Nescafé pour me faire le petit-déjeuner sur le réchaud qu’il y a dans ma chambre. Je jette un œil sur le prix des alcools. La Ballantine 12 coûte dans les trois cents francs la bouteille ! Je comprends que nos invitants insistent pour nous voir débarquer avec des flopées de bouteilles hors taxes.
Au théâtre, la réunion technique est courte mais il n’y aura pas de problème. Les clowns sont frappés par l’organisation japonaise qui est parfaite, quoiqu’un peu militaire. Nakatsubo a carrément deux visages : celui du businessman qui traite les affaires assis, et celui d’un maquereau corse quand on se détend, debout. Il emmène les Macloma voir un spectacle de danse traditionnelle. Après avoir demandé si  je ne serai pas impoli en me défilant, je préfère aller manger un spaghetti Carbonara avec Key. Nous parlons du Grand Magic Circus.

01.11.83 - C’est le jour du montage. Je vais au Yomiuri Hall avec les Macloma. Nous aurons pour la tournée un jeune interprète, Monsieur Mory, qui se révèle charmant quoique son français soit approximatif.
Le soir, pour la Première, je refais la poursuite, le temps qu’un Japonais note, pendant le spectacle, quand et comment les effets doivent se réaliser. À midi, nous avons mangé pour très peu cher dans le restaurant du magasin, au septième étage duquel est installé le théâtre. Je suis resté trois quarts d’heure devant ce que je croyais être un plateau sur lequel on allait m’apporter à manger. C’était un coffret DANS lequel était la nourriture. J’ai eu l’air un peu sot ! Pendant le montage, j’ai rendu visite à Monsieur Ferran au building de la Péchiney d’où j’ai pris une vue panoramique de Tokyo, hélas un brin embrouillardé. Nous serons, avant de rentrer en France, somptueusement logés. Tant mieux. Ce Ferran a eu une carrière dans notre métier, chez A. M. Julien et chez Marcelle Tassencourt. Il parle de Dora Doll comme s’il avait couché avec. Tout baigne dans le beurre, sauf que le théâtre le soir est loin d’être rempli (trois cents personnes pour mille deux cents places, Nakatsubo assume visiblement son « toujours sourire, le cœur douloureux »), sauf que la NHK est venue filmer un spot, que les Macloma avaient préparé leur intervention et que le réalisateur a fait tout autre chose, sauf que, aussi, le spot qui devait passer le soir à vingt et une heures n’est pas passé. Ca n’a pas empêché notre agent de payer rubis sur l’ongle, à un meilleur taux que les banques, l’équivalent en Yens de quarante-quatre mille Francs (quatre contrats) qui se sont révélés être quarante cinq mille deux cents Francs et des poussières. C’est rare, les surprises dans ce sens-là. Quel dommage qu’un drame ait éclaté le soir lorsque Tahara, l’adjoint de Nakatsubo, a voulu me faire signer le contrat prévu avec la NHK pour la TV que feront les Macloma vendredi, avec trois quarts d’heure du spectacle pris en salle. Kay avait expliqué que Monsieur Nakatsubo avait « réussi à obtenir » trois cents mille Yens, soit un peu moins de dix mille Francs. « C’est très peu », avaient dit les clowns, « mais c’est d’accord. » Philippe m’avait seulement demandé de vérifier qu’un rediffusion éventuelle ne pourrait avoir lieu qu’au Japon, moyennant encore trente pour cent du cachet, et que la bande serait incessible à l’étranger. Cela dit, comme Guy était rentré à l’hôtel avec moi, au dernier moment j’ai jugé plus convenable qu’il écoute en même temps que moi la traduction par Kay des idéogrammes du contrat à signer. Et là, patatras quand il s’est révélé, dès la première ligne, que le signataire qui donnait les trois cent mille Yens n’était pas la NHK, mais… Monsieur Nakatsubo qui, lui, touchait une somme de la TV, avait des frais, payait les taxes, et versait trois cent mille Yens aux Macloma. Ouille, ouille, ouille, tous les démons de la défiance se sont réveillés. « On ne nous a jamais dit ça », s’exclamait Guy. « On croyait, nous, qu’on signait avec la NHK. On ne veut pas que Nakatsubo s’en foute plein les poches en nous exploitant. On veut savoir combien il gagne. Il faudra nous montrer le contrat qu’IL a avec la TV et NOUS jugerons si son gain est raisonnable, sinon nous rediscuterons ». Vous voyez, je pense, le schéma de sa pensée face aux Japonais qui étaient très surpris qu’on ne leur fasse pas « confiance ». Bref, Nakatsubo et les autres clowns n’étant pas là, et Tahara ne voulant absolument pas lâcher le chiffre  -« d’ailleurs qu’est-ce qu’il nous prouve qu’il dirait vrai », marmonnait Guy- on a remis la signature au lendemain.

20.11.83 - Les Macloma déjeunent avec Ferran et visitent l’hôtel où ils feront leur prestation du 24. Moi, je vais déjeuner dans le deux-pièces de Kay, à une heure de train de Tokyo. Je tape à la machine le contrat pour le Grand Magic Circus que je signerai samedi avec Madame Suzuki. Kay me fait boire plus que je ne voudrais. Mais le repas que nous fait sa femme est exquis. De chez lui, je prends rendez-vous pour vendredi avec Monsieur Grelle. Peut-être qu’Alain Jouffroy sera là. Je règle aussi la question du fret au Japon. Du moins je l’espère. La bonne volonté de Nakatsubo se révèle indispensable car la NIPPON, l’Air Inter japonais, refuse absolument d’être payée par Air France. Il va donc assumer le rôle d’intermédiaire.
De retour à Tokyo, Kay me conduit chez l’acupuncteur. Autant le Coréen était crasseux, autant celui-là est « cliniqué ». Ses méthodes sont très différentes. Une espèce de sauvage me tord le bras du côté opposé à la douleur. Il ne laisse pas opérer les aiguilles longuement. Il pince les muscles, les enfonce et les retire tout de suite. Je sors endolori de la séance et je paye huit mille Yens, avec un rendez-vous pour samedi à cinq mille Yens.
Le soir, après le spectacle, Nakatsubo en personne emmène les clowns à l’hôtel pour discuter du fameux contrat TV et ça se passe très mal. D’abord parce que la troupe ne comprend pas qu’on aille pas causer de ça en bouffant dans un troquet. Ensuite parce que, de toute évidence, Guy, qui a tout de suite pris en main le débat, n’est pas sur la même planète que son interlocuteur. Celui-ci est « offensé » parce qu’on ne lui fait pas confiance. Guy prend cette attitude pour du cinéma et, toute agressivité sortie, il clame que les Macloma sont trompés. Il suppose que Nakatsubo gagne une fortune avec ce contrat, pour lequel il ne donne que trois cent mille Yens aux clowns. Chacun se bloque et Nakatsubo refuse de dire combien la NHK lui donne. Ca lui ferait perdre la face. Il a l’air si triste que je demande à un moment s’il ne va pas se faire hara-kiri. Ce qui fait rigoler les Français, mais pas Kay, qui s’agace en voyant l’heure tourner et en pensant à son train pour rentrer chez lui. Finalement, Nakatsubo, qui me multiplie de gênantes protestations de sympathie, allant jusqu’à affirmer que, s’il a fait venir les Macloma, c’est parce qu’il voulait faire une affaire avec moi (sic !!!), annonce qu’il va me dire le chiffre à moi si je lui promets de ne pas le répéter aux clowns. Parbleu, mécréant comme je suis, je jure. On sort dans la rue. Ca ne lui sort pas du gosier. Sur un bout de papier, il écrit : huit cent mille Yens et aussitôt il ajoute qu’il perd sept millions de Yens avec cette tournée. Même sur la TV, avec les impôts et les frais qu’il a, il gagne très peu. Il n’avait d’ailleurs pas le choix : la NHK ne veut traiter qu’avec des Japonais.
On va manger. Mal. Il est trop tard. Tout ferme ou est fermé. Le barbecue qui nous fait griller des légumes et de la bidoche grasse est sale. Les cafards courent entre les tables. Key et Nakatsubo se retirent pour prendre leur trains respectifs. Avec les clowns on se retrouve au bar de l’hôtel, fermé, avec une bouteille de Glenfidish descendue de la chambre d’Éric. Il y a heureusement un appareil à glace et chacun apporte son verre. J’annonce les huit cent mille Yens en ajoutant qu’à mon avis il faut écraser le coup et, tout à coup, je me sens en danger car Guy serait prompt à m’identifier à l’adversaire. Je bloque le processus en déclarant que je n’en ai rien à foutre, que ce n’est pas mon affaire, et que d’ailleurs je ne touche pas mes dix pour cent là dessus. Argument frappant, et qui frappe. Alors, enfin, les autres s’expriment et tombent sur Guy : qu’est-ce qu’on veut ? Mettre le nez de Nakatsubo sur un point de détail, ou réussir une tournée au Japon qui est parfaitement correcte ? Maintenant c’est Guy qui ne veut pas « baisser sa culotte devant le magouilleur ». Finalement il craque. « Bon, qu’il nous offre un bon dîner et on la lui fera, sa télé. » Affaire décidée mais l’atmosphère ne sera plus la même.

03.11.83 - Je m’en rends compte à la matinée qui est donnée à quatorze heures, car ce jeudi est « le jour de la culture », férié au Japon. Entendez par là que les bureaux ne travaillent pas. Mais tous les commerces sont ouverts et, avec Jacques et Éric, j’avais fait de dix heures à douze heures un tour dans le quartier de la hi-fi, une véritable gigantesque cacophonie sur deux kilomètres de long d’une avenue et rues adjacentes. Key a arrangé pour moi une interview à seize heures avec un metteur en scène. Et voilà que Nakatsubo à qui Kay a transmis la boutade des clowns, la prend mal, déclare qu’il ne veut pas être forcé, que c’était prévu mais que maintenant, ça le bloque. Bon Dieu de bon Dieu. Je fais quand même signer ce fameux contrat par Alain, car Guy ne veut pas se salir les mains, et je le rapporte à Nakatsubo qui a été très soulagé de mon intercession. Du coup, il veut m’inviter à dîner tout seul, il m’appelle son papa. Je dis à Kay qu’il m’embête, que je n’ai aucune envie de me laisser comme ça désolidariser des clowns. Pour Nakatsubo, « ils » ne me respectent pas comme ils devraient. Ces schémas de pensée sont vraiment d’un autre monde, d’un autre temps aussi. Quoi qu’il en soit, pendant que j’interviewe Aaki, il me fait dire qu’il renonce à m’avoir pour lui tout seul ce soir et qu’il invite toute la troupe pour demain après le spectacle. Ouf ! Du coup, je vais faire une ballade à Ginza avec la troupe et je dîne à l’hôtel avec Philippe, toujours très Pierrot lunaire et très agréable, et les deux techniciens. 

04.11.83 - J’emmène Philippe à l’Ambassade où nous arrivons par le métro à onze heures pile. Mais Monsieur Grelle est en retard. Il se pointe à onze heures quinze et la conversation est très superficielle. Il promet, quand il viendra le soir au spectacle, d’apporter un petit échantillon de journaux français. Mais il ne viendra pas ! Il se bornera à envoyer sa femme et son môme. En sortant des locaux de l’Ambassade, on va faire un tour à l’Oriental Bazar qu’avait recommandé Mimito. C’est un marché de tout ce que le Japon produit de folklorique. J’achète un kimono à Catherine, mais je reste en réflexion devant ceux pour adultes, et il ne me semble pas que ce style puisse plaire à Thérèse. Je ne la visionne pas revêtant un kimono pour faire le ménage.
Par hasard  nous rencontrons les clowns, mais je les quitte car j’ai rendez-vous avec Nakatsubo pour aller présenter mes civilités à la Fondation du Japon, qui est un peu l’équivalent de notre AFAA. Le chevillard qui nous accueille s’appelle Koiji Nakagawa et il parle français. Il ressemble un peu à De Villeneuve (en Jaune naturellement). La conversation tourne autour de mon enquête sur le théâtre moderne au Japon. Du moins une fois dépassé le stade des politesses, et que j’eusse entendu une fois encore qu’on ne voulait plus avoir que MOI comme organisateur pour l’Europe. Bien sûr, ce ne sont que propos en l’air, mais ça flatte ! À propos de cette enquête, je nage un peu. Je pensais pouvoir courir les théâtres de Tokyo pendant que les clowns joueraient, mais il n’entre pas dans la vision du monde des Japonais que le directeur de la tournée ne soit pas tous les soirs dans le théâtre où joue SA troupe.
Key  me lit, sur mon insistance, car ce pensum l’emmerde, le Pariscope de Tokyo. Je suis bien incapable de le faire seul. Il dénombre pour octobre novembre 83, trente spectacles de Nô ou de Kyogen, deux de Kabuki, aucun de Bunraku car c’est  la saison où la troupe se produit à Osaka. Il note au passage que, depuis un mois, il existe à Tokyo un Théâtre National du Nô et… un théâtre qui joue du Kyogen en anglais. À part ces manifestations « traditionnelles », il compte cent trente et un spectacles de théâtre, mais là-dessus il y en a dix-sept qui sont le fait d’étudiants en veine de se produire, qui louent une salle et s’adressent « à leurs amis ». En effet, les lieux de Tokyo semblent être semblables à ceux des USA, louables à merci. Rares sont ceux auxquels des troupes soient attachées. D’autre part, qu’est-ce que la notion d’amateurs dans un pays où, si j’ai bien compris, les artistes « ont tous un autre métier pour vivre » car, comme il n’existe aucune subvention, l’argent des recettes sert avant tout aux productions futures ? Du moins est-ce la règle dans le théâtre d’avant-garde, puisque c’est de Michuko Aoki que je tiens ce discours. Elle est venue en France, cette Michuko Aoki, l’année dernière, et elle a joué chez Khaznadar. C’est le Théâtre TENKEIGEKIOYO que je ne suis pas allé voir, parce dans l’Alliance Française de Paris, j’ai cru que ça allait encore être de l’art figé. Or il ne semble pas que Shogo Okta, le metteur en scène de Mizu No Eki (Michuko Aoki est actrice et productrice) soit un fidèle respectueux des formes immuables. La pièce -silencieuse- consiste dans le mouvement de gens qui entrent d’un côté, passent près d’un robinet d’où coule de l’eau, et sortent de l’autre côté. Sans qu’un mot soit prononcé. Il se réfère pourtant quelque part au Nô : « Dans le Kabucki, on montre tout par le geste. On donne tout, on impose. Le Nô donne une suggestion, une clef, et le spectateur sent par lui-même. Il est libre d’interpréter les signes. Le Nô, c’est un théâtre de confiance. » Cela dit, je me serais peut-être fait chier, car un « critique anglais a dit que j’étais proche de Bob Wilson »… « En mieux », ajoute-t-il modestement ! « Le théâtre, ce n’est pas une action, c’est une existence d’êtres humains. Dans le monde actuel, l’être est en péril et la littérature ne peut pas sauver l’être, mais le théâtre le peut, non par la parole, mais par la présence sur la scène. » Il se sent aussi proche de Beckett. Mais surtout, fort immodeste, de lui-même. Il a des cheveux très noirs, très brillants, coiffés à la zazou (ce qui n’est pas banal dans ce pays où la mode est plutôt à la coupe au rasoir). Il a eu le « prestigieux » prix de Shingeki Kishida Gikyoku she ». Il publie ses écrits. Il ne cache pas qu’il exige des spectateurs un peu d’énergie.
Le music-hall est très présent à Tokyo, ou le « Musical ». Au NITCHIGEKI, style Folies Bergères, « NUITS D’EXTASE » et « EROS ZA GEISHA » auraient un grand succès. Au TOKYO TAKALAZUKA GEKIJYO, une troupe féminine et féministe propose trois shows musicaux. J’avoue que ça m’aurait amusé de voir celui qui s’appelle HOMMES D’ALGÉRIE. Le plus connu serait LA GUERRE DES FEMMES DANS L’ÉPOQUE TEN SHO. Le théâtre dansé, chanté à l’Américaine se retrouve encore dans CATS, qui est la version japonaise d’un succès de Broadway, CHICAGO, un « vaudeville musical », « Sweet Charity ». Les Tokyo KID BROTHERS existent toujours. Curieusement, Key  me cite dans cette rubrique LE SONGE D’UNE NUIT D‘ÉTÉ de Shakespeare, par une troupe qui s’appelle la SUPER COMPANY. C’est un chorégraphe célèbre, Louis Takei, qui a monté l’œuvre. Un autre spectacle de lui est aussi à l’affiche : LA BOITE À PANDORE.
Le boulevard est aussi très présent. Je relève « La puce à l’oreille de Feydeau » joué par BARA ZA, le Théâtre de la Rose, Boeing Boeing de Camoletti par le TO-EN, et, pus japonais dans cette ligne, DEJAVU par le DAI SAN BUTAI (troisième plateau), PEPELU NO AMAI HANZAI (Le Crime de Pépé) DE SHIGEMI SATOYOSHI qui se joue depuis vingt ans au MIRAI GEKIJYO (Théâtre de l’Avenir) et MEIJI ZA : « Lorsque la femme monte l’escalier ».
Il semble qu’il y ait un créneau « théâtre populaire » qu’un Hossein ne désavouerait pas, à moins que ce ne soit un Hanin. Au TEIKOKU GEKIJYO, Théâtre de l’Empire, KOSHU NOKICHI est l’adaptation d’un roman qui conte l’histoire d’une famille de samouraïs ; Le GEI JUTSUZA, théâtre d’Art, offre HOLOKI, « Journal d’un vagabond » de Katzo Kikuta, mort il y a huit ans et qu’on surnommait le Victor Hugo du Japon. L’œuvre est à l’affiche depuis quinze ans. AEKI OKAMI, « Les jeunes bœufs » au Shimbashi EMBU-JO, se situe en 1868 au moment de la chute de l’ancien régime, dans le cadre de la Révolution de Meiji.
Les classiques occidentaux sont aussi représentés : les anciens, avec ŒDIPE ROI réalisé par le très célèbre KESON FUKURA, un vieillard de soixante-quinze ans qui passe pour être un des plus grands hommes de théâtre du Japon, spécialiste de Shakespeare ; MACBETH de Shakespeare, présenté par le GIYU GREKIJYO (Théatre Libre)  dans une petite salle de cent cinquante places ; LA CERISAIE de Tchékov, réalisée au Théâtre Nisseï par Andrei Serban ; et les modernes comme GRAND PEUR ET MISÈRE DU IIIe REICH réalisé au BRECHTO NO KAI (Cercle Brechtien) encore par un vieillard de soixante-quinze ans, « le plus grand metteur en scène vivant spécialiste de Brecht », KOLEYA SENDA. Ca fait quarante ans qu’il ne monte que du Brecht !
L’avant-garde occidentale a sa place au CAFE THÉATRE JEAN JEAN où, tous les vendredis soirs, depuis dix ans, une fois par semaine, Tasuko Omachi (c’est une femme) propose LA LECON. Cette pièce de Ionesco figure aussi au programme de la troupe MCHI NO HIKARI (Lumières de la ville) conjointement avec POIL DE CAROTTE de Jules Renard. Je vois aussi que LILIOM est programmé quelque part, ainsi qu’une pièce de Robert Thomas. TENTE ROUGE, TENTE NOIRE sont des noms de lieux, sous chapiteaux, arrivés jusqu’en France. Dans la première, j’irai voir dimanche une pièce intitulée LA FEMME DE MÉNAGE par le Théâtre JOKIO de a Kala Juro. Key a surtout remarqué que ce metteur en scène, dont je verrai le spectacle mais qui est trop occupé pour me rencontrer, a refusé jadis une invitation de Lang à se rendre à Nancy ! Sous la TENTE NOIRE, on joue AMERICA de Shin Sato, un jeune prometteur. Toujours dans l’avant-garde, on me cite PAYSAGES BRISÉS d’un certain MINOAU BETSUYAKU, très à la mode il y a dix ans, auteur important proche de Beckett, au GENDAI GEKI CENTER. Puisqu’on en parle, parmi les groupes qui étaient naguère venus à Nancy, Takuo Endo semble avoir perdu pied. Il n’est à l’affiche nulle part, et Key, qui l’a rencontré par hasard dans un train il y a un mois, l’a trouvé très vieilli.
Le SEINEN ZA, « Théâtre des Jeunes », venu en 71, est toujours spécialisé, avec MIA GINO de SEIICHI YACHIRO, dans les pièces de l’époque de l’ancien régime, genre pastorale, sujets populaires » ; et le nouveau Théâtre de Waseda, fondé par un membre de l’ancienne équipe de Suzuki, (WASEDA SHO GEKIJYO), « Petit Théâtre de Waseda ») qui était venu en 73, puis en 76 au Théâtre des Nations, présente « YEIDELE MANGETZ » (Pleine lune ivre) de Hiroshi Ohashi. Je pourrais aussi citer dans les « nouveautés modernes » LA FLEUR ÉCRASÉE de Nakano, mise en scène de MAL TANURA, qui est spécialisée dans les spectacles sérieux à thèmes sociaux, guerre, réfugiés etc… et aussi LE JOUR ET LE FEU ET LE MONUMENT ET L’HOMME de et par YUKIO SEKIYA, plutôt connu comme chorégraphe, mais je sens que déjà vous avez envie de me dire : « Bon, ça va, n’en jetez plus ».
Selon Key, le niveau moyen serait fort bas. Selon d’autres, le théâtre connaîtrait une crise au Japon car la récession commencerait à s’y faire sentir.
Après la représentation de DARLING DARLING, nous sommes donc invités par Nakatsubo. Il nous traite royalement, à la Japonaise, assis par terre, mais grâce à mon genou qui a bon dos, j’ai droit à un petit siège avec dossier que les MACLOMA, jaloux, ne tardent pas à m’envier. Guy est satisfait : « il assume », dit-il. Il a aussi invité les techniciens qui nous suivront. Ca aussi, il a fallu le lui arracher, nous confie secrètement Kay : c’est Madame Nakatsubo, sympathique, qui lui aurait fait comprendre que c’était nécessaire, pour éviter une ségrégation sociale. Mais notre Nakatsubo est évidemment non seulement un patron japonais, mais un patron du dix-neuvième siècle. Il fonctionne comme les héros d’Hector Malot.

05.11.83 - C’est déjà le jour de la dernière à Tokyo. Hier, ça n’était encore pas bourré. Ce soir il y aura beaucoup de monde (dont le Professeur Tobari tenant à peine sur ses jambes, tout imbibé d’alcool, qui m’a dit que les dieux voudraient bien sûrement qu’un jour Dominique Houdart revienne au Japon, et Monsieur Hamaneu, presque dans le même état, dont j’ai refusé l’invitation à dîner pour lui marquer ma désapprobation de la façon dont il avait grenouillé dans l’affaire du No Kanze). Monsieur Grelle ne viendra pas, pas plus que Monsieur Roche. DARLING DARLING plaît finalement beaucoup et les applaudissements sont, paraît-il, exceptionnellement nourris pour ce pays. Après tout, nous sommes là pour toucher des Japonais.
À midi, j’ai déjeuné avec Madame Suzuki, avec qui, au café, je signe le contrat provisoire pour la venue du Magic Circus. Elle occupe la branche « théâtre » d’une organisation appelée ONE WORLD INC.  qui est spécialisée dans le musical américain, avec derrière un organisme nommé ONGAKU-CHA, qui a fait venir Polnareff. En « théâtre », ils ont fait jusqu’ici « TROCADERO DE MONTE CARLO », (travestis de New York) le PENTA THEATRE d’Amsterdam et les MUMMENSCHANTZ. On mange somptueusement au restaurant japonais de l’hôtel où seront logés les artistes. L’établissement est luxueux dans ses communs, mais les chambres, que je visite, sont tout aussi minuscules que celles du JURAKU. Madame Suzuki ne sait pas encore si elle aura le NAKANO SUN PLAZA (deux mille trois cents places) ou le KOSEI NENKIN HALL. Je demande à visiter ces lieux le 24 novembre.
Pauvre Madame Suzuki. Elle a un problème. Elle est trop grande pour une Japonaise et elle ne trouve pas de mari parce que, au Japon, un couple avec l’homme plus petit que la femme, ça ne serait pas convenable. C’est pourquoi elle s’est investie dans le show-biz !
Je trouve que seulement douze représentations en tout, ça n’est pas beaucoup, mais il paraît que la règle, pour une première venue, ce serait dix ! Marceau n’a pas eu plus la première fois qu’il est venu, et il est revenu dix fois depuis !
Après le déjeuner et l’échange des signatures, je vais, avec Key, acheter le cadeau d’anniversaire de Raphaël. Je m’offre aussi une petite radio ondes courtes pour entendre Radio France International, car ici la presse française est totalement inconnue et les TV ne causent que le nippon !
Après le démontage et la mise en caisse, les amis des clowns (une gentille Française mariée à un Japonais) ont fait réserver un repas japonais chez un restaurateur de leurs amis. Encore du poisson cru et des légumes dans le bouillon. C’est bon, mais je ne cracherais pas sur un steack. Quant au Sukiyaki, il ne court apparemment pas les rues !

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