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Samedi 14 avril 2007 6 14 04 2007 14:05
FESTIVAL de NANCY 1971

C'était en principe un festival de théâtre universitaire initié par un professeur nommé Jack Lang. Mais très vite, c'est devenu un lieu de promotion fabuleux pour des groupes hors institutions qui sont venus du monde entier à leurs frais. Plusieurs y ont trouvé leur lancement.

22-IV -    Un noir superbement musclé, cinq Sud- Américains typés, l'un par une barbichette, l'autre par une moustachette, tous nus mais attributs cachés par un slip blanc immaculé, c'est le groupe METAMORPHOSIS de Caracas, Venezuela, présentant un spectacle intitulé LE PROCÈS. Point de texte : ces athlètes se mettent dans tous leurs états par l'expression corporelle. Ils éructent, crient, se contorsionnent, forment des figures avec leurs corps mêlés ou pyramidalisés. La scène est recouverte de papier blanc et cet élément leur sert d'accessoire pour de fugitives vêtures signifiantes. Ils s'enroulent aussi dans du plastique, lancent des pétards, tombent sur les gens dans la salle au nom de la participation, ou leur chipent lunettes et mouchoirs (qu'ils rendent) à des fins d'humour. On ne peut qu'admirer la performance. Ça dure 40 minutes mais les gaillards ne se ménagent pas. Le programme m'a appris que cela a un sens et que j'ai vu : SOCIALISATION dans une première partie, ÉVALUATION dans une seconde. Le groupe a publié un manifeste d'où il ressort qu'il n'est pas très prophète en son pays parce qu'il "aborde de nouveaux chemins d'investigation théâtrale avec l'intention d'ouvrir des possibilités à un nouveau type d'expression".

22-IV -    Je n'ai jamais vu de spectacle comme LE REGARD DU SOURD (DEAFMAN GLANCE) de Robert Wilson présenté par THE BIRD HOFFMAN SCHOOL OF BIRDS - IOWA CITY, et je pense que je n'en reverrai jamais. Ca dure 6 heures. (Du moins suis-je parti me coucher au bout de 6 heures) : il y a 10 minutes de texte à tout casser. Tout est LENTEUR, gestes, déplacements et même phrase prononcées : comme un rêve qui se déroulerait au ralenti devant chacun. C'est le RALENTI qui donne son cachet au show. Le programme dit qu'une certaine somnolence des spectateurs est souhaitée par le metteur en scène et qu'elle fait dans son esprit, partie du spectacle.
    J'imagine que pour ce monsieur, tout ce qu'on voit et entend au fil de ces interminables heures doit avoir un sens. Tout ça doit être bourré de symboles et de SIGNIFIANCE. D'après le programme un thème dominant est l'opposition raciale blancs / noirs et cela apparaît notamment dans une scène rituelle très belle où l'on voit une mère noire poignarder ses deux enfants, au nom, je présume, de l'impossibilité pour eux de vivre heureux dans un monde white. L'univers montré est fait de sable, de fumées, de lumières très belles, de décors d'opéras wagnériens, de bruits naturels, d'animaux vrais (il y a un mouton et une chèvre) ou figurés, de bible paradisiaque, nativitaire ou infernale, de gens ne faisant rien que se traîner ou courir. Imperturbable tout au long de la soirée, un type traverse la scène comme s'il faisait un marathon. Des filles blanches, seins nus, font des mouvements sans sens apparent. En tout soixante personnes vont et viennent formant des groupes, les défaisant au rythme d'un petit pas par personne toutes les deux ou trois minutes. Spectacle complètement ESTHÉTIQUE, vision d'un peintre travaillant par petites touches et transformant en continuité son tableau primitif au gré de l'évolution de son inspiration. D'abord, c'est une sorte de plage. Puis la plage devient un genre de grange. Puis la grange une caverne. Puis si j'ai bien compris le ciel et enfin autre chose qui est peut-être l'enfer, mais je n'en mettrais pas ma main au feu.
    En somme, nous sommes conviés à regarder un tableau se faisant et se modifiant devant nous. Reste à savoir si l'on peut regarder un tableau pendant 6 heures, même très beau (car c'est TRÈS beau), même onirique avec des plages réservées au rêve individuel. L'envoûtement est-il possible au bout de tout ce temps et de trois entr'actes? Cela dit, la ligne de Wilson se rapproche esthétiquement, CONTENU en plus, chant en moins, de celle de la ETC COMPANY OF LA MAMA (celle d'EMER et de CARMILLA). Wilson EST un lyrique. Quoique démente, sa démarche est fascinante, passionnante. Dans un tel festival expérimental, elle a sa place. Ailleurs, ce serait autre chose !

Comme quoi  je me suis trompé. La carrière de Bob Wilson a été par la suite brillante. Il a imposé SON style à travers un contexte de plus en plus couteux pour ses producteurs avec des dispositifs souvent très sophistiqués. Très vite il est devenu un metteur en scène à la mode qu'on s'est arraché à coup de dollars bientôt partout dans le monde.
 Si j'en crois ce qu'on m'a raconté à l'époque, à Nancy il serait arrivé les mains dans les poches. Il aurait fait son décor et ses costumes avec les vieilleries qui trainaient dans les réserves de l'opéra municipalet la plupart de ses acteurs et actrices étaient des amateurs locaux. L'une d'entre ces dernières, vieille ouvreuse dans ce théâtre était spécialement émouvante.

23-IV -    Le groupe DIAF animé par un certain Jaromir Knittel dont les origines me semblent slaves, montre LE CANTIQUE DES CANTIQUES en une heure. Son style est fait de réminiscences diverses et sa recherche est celle d'une atmosphère de violence et de sensualité. Toto Bissainthe quasi nue sous une tunique transparente est belle à voir, mais l'esprit biblique a beau taper sur des tam-tam et sur un gong se réclamant de l'Afrique, une nana nommée Sarah quelque chose qui finira le spectacle les seins nus a beau se frotter le sexe d'une main avide et apparemment experte, le roi Salomon a beau former des groupes avec ses concubines des lueurs de lucre dans les yeux sur un lit praticable orgiaque, les costumes ont beau se vouloir érotiques, tout ça ne suffit pas pour émouvoir un vieux blasé comme moi, ni même tout simplement pour l'introduire dans le spectacle qui pourtant se voudrait envoûtant. Je sais bien qu'il y a eu un pépin technique. D'ACCORD. Ca a troublé.Mais quand même, ce CANTIQUE DES CANTIQUES ne me paraît pas être allé au bout de lui-même.

24-IV -    Assisté à une répétition de ZUMBI par le Théâtre ARENA de Sao Paulo (Brésil) dont le directeur est en taule dans son pays en raison de l'action politique qu'il mène contre le régime militaire en place. C'est Pedro, l'ancien régisseur de Bourseiller, qui mène la troupe. Le spectacle raconte l'histoire de ce royaume noir qui a duré presqu'un siècle au XVIème et XVIIème, et qui s'était créé dans la jungle amazonienne avec des esclaves échappés aux mains portugaises. Seule la traîtrise en vint à bout. Inutile de dire que ce thème est prétexte à stigmatiser le racisme, l'oppression, l'hypocrisie religieuse, les dominantes de la contestation moderne.
    Ce n?est pas par ligne esthétique, mais faute d'argent, qu'ARENA présente ses spectacles sans aucun décor, ni costume. Mais PRATIQUEMENT, dans la mesure où les acteurs SONT et FONT tout, cela inscrit la compagnie dans les lignes de Vitez et du Freehold. Et une fois de plus, je suis replongé dans l'admiration en constatant à quel point ce dépouillement recrée le phénomène théâtral. Les acteurs et actrices de l'ARENA n'ont pas le plus petit accessoire pour se raccrocher. Ils sont vêtu de neutre. Ils passent d'un rôle à l'autre, sont meubles, et EN PLUS ils ont le patrimoine musical du Brésil dont ils usent largement, et la samba, et tous les rythmes, ce qui APPORTE à leur spectacle un côté ATTRAYANT des plus féconds. "C'est enlevé", a-t-on envie de dire, alors que les thèmes développés n'ont rien de rigolo. Il y a des scènes semi-improvisées, comiques. L'HUMOUR baigne cette production GÉNÉREUSE, débordante de SANTÉ et de VIE, riche d'AUTHENTICITÉ, et qui SEMBLE ne pas se prendre au sérieux, alors que pourtant, son contexte LOCAL est dangereux. Si ARENA est SIGNIFIANT de contestation brésilienne, c'est encourageant pour les témoins de ce peuple.

24-IV -    L'ORATORIO, ou LA VIOLENCE CONTENUE DU PEUPLE ESPAGNOL, par la troupe LEBRIJA, qui oeuvre dans des villages de la région de Séville, c'est autre chose, un autre ton. C'est aussi un autre COURAGE, car c'est un CRI jeté à la face du fascisme. C'est aussi un ACTE clairement issu du peuple, une manifestation POPULAIRE. Si elle ne l'est pas authentiquement, c'est bien imité.
    La troupe LEBRIJA m'a fait faire une découverte qui tient de l'oeuf de Colomb : c'est que le SUPPORT d'une contestation politique réellement POPULAIRE ne peut que baigner dans les traditions artistiques du peuple. C'est sur la tradition populaire que s'appuie la révolte exprimée, en un mot, sur le FOLKLORE. Mais attention : pas sur le folklore commercialisé : l'autre, le vrai, qui se perpétue dans les villages d'Andalousie, sans costume clinquant et sans castagnettes, fait de guitare et de chants venus du fond des gorges, fait de rites où le feu (une vasque allumée, puis des bougies) tient une place mythologique.
    Dénonciation de la violence, l'ORATORIO le fait avec une VIOLENCE extrême. Ce ne sont pas des faux coups édulcolorés que les "comédiens" se flanquent les uns aux autres, mais des gnions qui font mal. La scène du camp de concentration est inouïe de brutalité et d'efficacité. Aucun humour, aucune drôlerie chez ces garçons et ces filles aux visages sans beauté, aux corps paysans. Les Brésiliens jouent avec leurs malheurs. Les Espagnols sont sérieux. Graves. Dramatiques. Il est vrai qu'ARENA chez soi est une troupe qui a son théâtre et qui s'adresse à des spectateurs plus ou moins d'accord mais semblables à ceux que connaissent nos AQUARIUM et autres CHÊNE NOIR. Tandis que le LEBRIJA est errant DANS LES RUES ou dans des salles de fortunes et s'adresse à ceux-là même qui sont concernés par la contestation formulée. Pas question de se moquer de soi-même. L'enjeu est trop terrible.
    Série de tableaux, l'ORATORIO commence par une étonnante transposition d'ANTIGONE, jeune fille andalouse condamnée à mort par les deux juges évêques inquisiteurs de Séville pour avoir enterré son frère. Scène forte. Le choeur est sans ornement. Il "prend conscience" de l'ARBITRAIRE. Puis la CROIX drapée de violet sous laquelle le jugement se tenait, se retourne et c'est un bombardier. Évocation de la guerre (civile et autre), de la brutalité, de l'oppression. La participation du public doit être grande en Espagne car les acteurs se mêlent fréquemment à lui SANS AGRESSION; AU CONTRAIRE puisqu'on souffre ensemble, on communie ensemble.
    La notion de FÊTE n'est pourtant pas exclue de ce cri de douleur. Le spectacle SIGNIFIANT semble surgir d'un rassemblement, par une chaude nuit étoilée, de travailleurs se reposant avant d'aller dormir. Par glissement, la détente devient combat. On sent des arrières notions de magie, de superstitions.
    En somme, l'ORATORIO, c'est un peu du LORCA moins la fausseté qui vient du style "poétique". Mais l'ENRACINEMENT est comparable. Je me demandais à quelles traditions populaires pourrait se rattacher un auteur populaire de Boulogne Billancourt. Peut-être faudrait-il réexhumer le folklore français. Mais à quoi bon, s'il n'a plus de sens pour le peuple français? Alors quoi? Sheïla? Mais elle est octroyée au peuple. Alors?

Il y avait dans ce spectacle un jeune chanteur à la voix rauque qui s'appelait Salvador Tavora. On ne le savait pas encore, mais il allait devenir célèbre car de retour au pays, il allait fonder LA CUADRA DE SEVILLE, que le monde entier découvrira un ou deux ans plus tard quand il l'amènera à Nancy ayant bien compris que ce festival qui se parait toujours du sigle "universitaire" était devenu un formidable tremplin. Et en effet, toute la presse s'y donnait rendez-vous. C'était incontournable car on était quasiment certain d'y découvrir à chaque édition une ou plusieurs perles.
Cela a été dit et redit, mais toute la programmation était faite par des têtes chercheuses qui sillonnaient le monde à l'insu des pouvoirs en place. Jack Lang leur faisait confiance car en ce temps là les voyages étaient longs et fatigants. D'où des déchets. Il n'est pas toujours aisé d'être objectif quand vous allez voir une troupe à l'autre bout du monde et qu'elle vous entoure de petits soins dans l'esprit avide d'être ... tiens, c'est drôle, le mot n'avait pas encore été inventé, "nominée". 

24-IV -    Vu 20 minutes du spectacle des Polonais, le Théâtre Kalambour de Wroclaw, une demi-heure de spectacle des Congolais Kimshasa, trois-quarts d'heure de celui des Anglais (DO IT).

25-IV - Vu la première partie de MINUS ONE, spctacle joué NU par des Américains apôtres de la nudité et qui accusent l'église catholique d'avoir arbitrairement inventé la pudeur. Après avoir l'un après l'autre exposé leur théorie, ils se dévêtent donc et jettent leurs hardes dans une poubelle, après quoi ils se livrent à divers exercices devant les spectateurs. L'ennui est qu'ils ne savent rien faire et qu'il ne suffit pas d'être NU pour maintenir l'intérêt. On ne tarde donc pas à se raser. J'ajoute que si la nudité féminine ne me gêne pas, la masculine non bandante ne me paraît pas très jolie. Franchement ces couilles et ces pénis qui pendouillent mollement et se balancent au moindre mouvement, c'est  sans grâce.

RETOUR À PARIS 

C'est un plongeon dans la grisaille

29- IV -    Nous n'étions pas très nombreux hier soir à NANTERRE où se jouait LA CIGOGNE d'Armand Gatti pour le public local du jeudi soir. Aussi, dans le lieu transformé par Yannis Kokkos et Danièle Rozier en une sorte de Grand Magic Circus esthétisé et pas rigolo qui se serait installé aux pieds des escaliers de l'Église de la Madeleine, avec un itinéraire qui rappelait la fontaine du lac du Bois de Boulogne, le vent soufflait-il frais.
    Pas une seconde je n'ai été touché, pas un instant je n'ai été ému. Et pourtant, d'excellents acteurs me parlaient avec foi et conviction de la bombe atomique. Aucune horreur ni honte ne m'investissait. Et pourtant, c'est le drame des survivants, des atomisés, qu'on me montrait.
    Je crois que je sais pourquoi cet échec : les coupables sont la "transposition", "la poësie", et ce goût qu'à Gatti pour les folklores qui se traduit ici en japonaiserie, à mes yeux résolument insupportable. D'autant plus que ce galimatias s'exprime en un langage couleur locale gattifié totalement inaudible à mes oreilles. J'ajoute que l'idée de faire jouer les objets rescapés m'a paru puérile et qu'irrésistiblement dans ma tête quand ils s'exprimaient, retentissaient les notes d'une vieille chansonette qui s'appelait : LA RÉVOLTE DES JOUJOUS.
    Et puis c'est long, sans entr'acte, et ça n'en finit pas de finir comme une symphonie de Gustav Mahler.
    En somme quoi, l'idée est généreuse, le parti courageux et valable, l'austérité rigoureuse. Mais c'est de la confusion qui surgit, et pour moi de l'inefficacité.
    Parce que Gatti VEUT FAIRE UNE OEUVRE là où l'agitateur devrait DÉNONCER simplement, MONTRER clairement. L'exemple de LA CIGOGNE me semble frappant d'un texte où l'esthétisme TUE le message. Là où je devrais être soulevé d'indignation, j'entends quelqu'un qui fait de l'ART !  (ou du moins qui VEUT en faire car comme chez COUSIN, ça reste -en plus- de l'Art au petit pied). Là où  je devrais pleurer de rage, je m'endors, je m'emmerde, je m'agite sur mon siège et je m'en veux d'être venu si loin au bout du R.E.R. et de l'autobus 159! Un reproche de plus : il me choque, MOI, que ces Japonais, soient montrés exclusivement comme des victimes. Certes le largage des deux bombes américaines fut un crime historique contre l'humanité. Mais il ne faudrait quand même pas oublier que le peuple japonais était en ce temps-là fanatiquement militariste, approbateur d'un régime oppressif, et fournisseurs d'assassins sans scrupules sur ordres hiérarchisés. Cette inobjectivité me choque et réduit à mes yeux l'impact du message. A vouloir rendre ces Japonais trop blancs, Gatti désamorce sa démonstration.
    C'est très bien joué par une troupe triste d'où se détache Françoise Dannell (plus que Catherine Sellers) et Claude Aufaure (charmant en petite frappe des après-guerre du marché noir). Marc Eyraud devrait apprendre à articuler (à son âge il serait temps). Pascale de Boysson en Japonaise américaine est horripilante.
    Que dire de la mise en scène ? (de Pierre Debauche) et de la "dramaturgie" ? (de Pierre Laville) ? Qu'il aurait fallu couper; tailler, trancher, réécrire, changer, et surtout... ne pas monter CETTE pièce-là sur CE drame-là! Il est vrai que c'est un spectacle de remplacement en réplique à un coup de Monsieur Voisin! Alors...

Pour ceux aux quels il faudrait le rappeler, Monsieur Voisin était le directeur des éditions de l'Arche et il avait un goût prononcé pour les interdictions.

1- V -    Il faut s'appeler Jean Rougerie pour faire au Parc de Choisy une générale un vendredi 30 avril, veille d'un exceptionnel week-end, alors que toute la critique est à NANCY. Je ne jugerai pas d'autre part que L'ÉTOILE AU FRONT de Roussel soit le spectacle convenant le mieux au NON PUBLIC du 13ème arrondissement. Il est sûr qu'avec la DOUBLE INCONSTANCE, Mollien réussira mieux localement. Mais apès tout qu'est-ce qu'on en a à foutre du public? Moi, j'aime L'ÉTOILE AU FRONT, et le style surréalisant de Roussel m'enchante, me ravit. Je crois aussi que Rougerie a réussi là sa meilleure mise en scène, éclatante d'intelligence et de rigueur. Pour une fois, le chapiteau fait propre. Le spectacle est sans bavure et pratiquement sans faiblesse. Il est vrai que Jean Dalmain conduit le jeu en acteur remarquable. Une réussite certaine. Pourvu qu'il y ait du public.


9-V -    Un soir de cette semaine, je ne sais plus lequel, j'ai vu NAGGERTY Où ES-TU ? de David Mercer, adapté par Rolland Dubillard et je n'ai gardé AUCUN souvenir du spectacle si ce n'est que Maria Machado et Dubillard m'ont paru jouer en état d'ébriété relative. A dire vrai, je crois que l'oeuvre mériterait des commentaires, mais elle a été si mal montée par Barsacq que ses SENS n'ont pas été éclairés.

8-V -    Assisté à une avant première de LA PEAU D'UN FRUIT SUR UN ARBRE POURRI de Victor Haïm (édité d'enthousiasme par Attoun), mise en scène de Roussillon, un seul acteur : Etienne Bierry. Il s'est passé deux choses très graves : d'abord, je n'ai pas pu résister à une certaine somnolence. Ensuite, alors que j'avais lu attentivement la pièce, j'ai cru qu'on en était à l'entr'acte lorsque c'était fini. Tant dans mon rêve de lecteur, j'avais perçu une progression que je n'ai retrouvé qu'à moitié à la représentation.
    Je souhaite sincèrement le succès à nos amis, mais à moins qu'ils ne cravachent dur d'ici à lundi, je crains qu'ils n'aillent vers des déceptions.
    Coincé par un piton rocheux entre un aigle et une armée qui veut s'emparer de lui, un homme (un fasciste, donc un énergique) va résister et peu à peu s'effondrer. Abplanalp a cerné la scène avec un écran de cinérama. Je n'ai pas aimé ce dispositif, pas plus que l'arbre d'épouvante, qui m'a paru un petit gadget amusant (ça monte et ça se déplie comme un joujou) au lieu d'être l'oeil de la tombe de Caïn. Il paraît qu'on a coulé du ciment sur un plateau pour donner l'impression du roc. Mais moi, j'ai cru que c'était du carton-pâte. Une bonne idée pourtant : les cailloux sur la scène, mais ils étaient beaucoup trop bien rangés.
 Le personnage investi devrait donner l'impression que le monde extérieur tout entier le menace. Or ce monde extérieur est très insuffisamment signifié. Il n'est pas non plus terrifiant du tout. La voix du lieutenant semble semble venir tout bonnement d'où elle vient. C'est à dire de la coulisse. On a cru bon d'autre part de faire relayer Bierry par lui-même en voix off et cela crée, à mon avis, une confusion. il est trop facile de dire "moi, j'aurais fait comme ci ou comme ça". Mais il me semble qu'il fallait monter cette pièce en partant du monde extérieur, c'est-à-dire obliger l'acteur à écouter, réagir, à observer par conséquent des silences. Et moi je crois que ces silences devraient être de plus en plus insoutenablement longs à mesure que la pièce avance, pour SOULIGNER l'aspect déconfiture, désagrégation progressive du personnage.
    La voix extérieure vient par un poste radio mais celui-ci est minuscule et nous tourne le dos ce qui me semble être une erreur. Je crois que j'aurais, moi, imaginé un truc avec des antennes, une technicité, que sais-je ? Et puis, j'aurais voulu du vent, des bruits inquiétants, des ordres brefs, un authentique investissement, en somme. Au lieu de quoi, j'ai assisté à un monologue sans rupture, sans évolution visible. "Monologue" pour une pièce à un personnage, c'est la mort. Bierry est bien, mais son texte n'est pas RESPIRÉ parce qu'il n'y a pas en vérité de mise en scène. Je ne crois pas que Roussillon ait pris son travail très à coeur. Au bistrot, à la sortie, il prenait ses précautions en disant dans le style de la COMÉDIE FRANÇAISE que la pièce est très belle mais qu'elle est difficile, que Bierry est un merveilleux acteur, mais que c'était peut-être une erreur de l'imposer dans ce rôle, que le POCHE est un théâtre épatant, mais qu'il est bien petit et qu'il manque de technicité etc... etc... Bref le rat s'apprête à toutes fins utiles à quitter le navire! Je reviendrais sans doute à la générale.

Un petit commentaire : Je cite souvent des noms d'acteurs ou de réalisateurs sans éprouver le besoin de les situer, voire de redire leurs prénoms, puisqu'ils sont supposés être connus par les lecteurs rares auxquels je m'adresse à l'époque. Mais si des érudits d'aujourd'hui souhaitent en savoir plus sur les carrières de certaines ou certains, je suis prêt à essayer de les éclairer, si mes archives et ma mémoire me le permettent.

8-V -    Pour qui suit attentivement la carrière de GELAS, AURORA présenté à la sauvette chez Arianne Mnouchkine pour une semaine, marque un nouveau progrès de ce jeune et talentueux animateur. Progressivement, il se dégage de ses influences. Son langage devient de plus en plus personnel. Son style atteint à la presque perfection. Il épure, dépouille, découvre la simplicité. Il se dégage de l'agitation gauchiste au premier degrè. Il réalise la beauté formelle mais son esthétisme n'appelle pas le reproche tant il est naturel apparemment et évident.
    AURORA comporte une part de texte qui ne doit guère excéder deux pages et c'est un spectacle de 80 minutes. Le thème est celui de la TERRE, notre mère à tous, qui a engendré des hommes libres et égaux. De mystérieux êtres malfaisants venus des galaxies ont soufflé aux hommes l'idée de la propriété et dès lors, ils se déchirent entre eux jusqu'à détruire leur mère. L'argument, on le voit, est enfantin. Mais cet enfantin-là n'est puéril qu'une vingtaine de minutes au début et de toute manière il n'est pas péjoratif. Il est la transposition d'un désespoir profond. Car AURORA est un spectacle mélancolique, sinon désespéré. Les bouillants émules de Mai 68 n'attendent plus la Révolution, n'appellent plus à l'agitation. Ils replongent au fond de la question en une démarche païenne mais métaphysique. Le spectateur garde le DROIT de refuser en soi-même la fin du monde annoncée dans la pièce, mais Gelas ne donne aux Communistes aucune prise où se raccrocher. Il projette sa vision sans concession. Et elle n'est pas optimiste. C'est pourquoi il s'attend à être contesté à gauche. Il le sera. Là où dans OPÉRA-TION le bruit était tonitruant, ici la musique est simple. Un très beau solo de saxophone n'est pas sans rappeler LA STRADA ou la fin des CLOWNS. LES SILENCES surtout, sont chargés de densité, habités. L'expression corporelle est maîtrisée, signifiante et rigoureuse. Une certaine lenteur des mouvements tournant autour du praticable central APPORTE à l'efficacité du cri. Bref, c'est un spectacle BEAU, DIGNE et personnel.

2-VI -    Attoun consacre son émission à la mort de VILAR.

2-VI -    Je dois être blasé, ne pas avoir la morale de tout le monde, être pourri de l'âme et de partout, mais quand je vois un spectacle comme COCKSTRONG monté par le RIDICULOUS de John Vaccaro, je suis surpris que des phénomènes de censure aient pu jouer deci delà, que la police bruxelloise se soit émue au point d'arrêter les artistes, que Jo Dekmine s'en soit publiquement désolidarisé etc...
    Car je crois que j'en suis arrivé à un tel point qu'on pourrait me montrer n'importe quoi sur scène - hormi peut-être le sang réel coulant, ou l'agonie d'une bête - sans que cela révulse en moi quoi que ce soit.
    Alors évidemment, quand je lis sous la plume d'un critique américain que les personnages montrés ont l'air de sortir d'un tableau de Jérôme Bosch, quand j'entends prononcer les mots d'OBCÉNITÉ, d'HORRIBLE, je me bats les flancs pour être à l'heure de mes contemporains, mais je n'y arrive pas.
    Cela dit, il faut peut-être tenir compte de l'éloignement imparti par le difficile Théâtre de la Cité Universitaire. COCKSTRONG, très spectaculaire, avec un brillant apport de la musique pop, une troupe qui chante, danse trémousse en payant comptant, vêtue d'oripeaux disparates et maquillée à outrance à la manière des clowns, montre une série de sketches un peu trop bavards pour ma connaissance de l'anglo-saxon, où il n'est question que de SEXE. Un phallus stylisé, gonflé d'eau qu'on projettera à la fin sur les spectateurs, constitue l'unique décor. Il est suspendu au dessus des acteurs. On mime le coït, la masturbation, les accouplements. Le mot de FRÉNÉSIE peut être prononcé. Le rythme est ENDIABLÉ. Des gestes OSÉS. sont faits. A noter qu'il n'y a pas de nudité à part un cul entrevu un instant. Le travesti se mêle à l'hétérosexualité. Bref, on ne s'ennuie pas, mais c'est limité.Ca ne va pas très loin et la PROTESTATION, si elle est évidente, n'est pas dans une ligne aussi intéressante qu'au BREAD AND PUPPET ou au LIVING THEATRE.
    En fait l'Amérique théâtrale contestatrice est engagée dans un cycle de surenchère, chaque troupe voulant en faire PLUS et AUTREMENT que les autres. Les sujets d'étonnement pour les spectateurs ne sont pas innombrables et à ce jeu, la VULGARITÉ fait vite son apparition. C'est évidemment le cas ici. D'une troupe sur l'autre, l'INTÉRÊT baisse quant au FOND ce qui ne veut pas dire que COMMERCIALEMENT les affaires soient moins bonnes.
    Moi, j'aimerais mieux que ces Américains pas d'accord RÉFLÉCHISSENT, approfondissent leur contestation, l'étayent. En voyant le RIDICULOUS c'est RÉCUPÉRATION qui me semble le mot à dire. C'est dommage.

Nous allions en effet vers la fin d'une certaine façon qu'une certaine Amérique avait de nous adresser des messages. En relisant ce commentaire, je ne peux pas m'empêcher d'évoquer ma conversation avec Claude Sarraute avant l'agonie du THEATRE D'AUJOURD?HUI. Eh oui, cela se ressemblait. Maintenant le grand homme de la pensée américaine, ce sera Bob Wilson En attendant l'apparition beaucoup plus tard et autrement, en tout cas à grand renfort d'esthétisme, de nouveaux contestataires.

3-VI -    Le Théâtre des Capucines s'ouvre aux "Jeunes".
    - "Vous ne trouvez pas, Monsieur, vous, qu'ils sont trop jeunes ?", me dit la vieille directrice centenaire de ce demi lupanar.
    - "Non ! Madame", je lui fais car il ne faut pas contrarier les bonnes volontés. Pourtant, je ne peux pas affirmer avoir été convaincu par la "revue musicale satyrique" écrite et mise en scène par Claude Cortesi : SI LES CERISES ... AVAIENT DES DENTS !
    L'idée de départ était cependant drôle et PARISCOPE la résume bien : "La rencontre insolite de chansonniers qui ne prennent rien au sérieux". De fait YON DE MURGUIA (qui doit être célèbre si j'en juge par le grosseur de son nom sur l'affiche) et CONSUELO IBANEZ chantent imperturbablement au long de la soirée des morceaux de bravoure du répertoire de l'opérette la plus éculée, SÉRIEUSEMENT, avec conscience et tous les trucs rendus visibles, tandis que des jeunes gens dérangent par leurs facéties et gags cet hommage à la culture.
    L'ennui, c'est que RIEN ne va assez loin. Le public (jeune pourtant) applaudit les deux lyriques et y va de son aliénation. Les contestataires font peu rire car leur esprit vole bas et ne se hissent même pas au niveau des chansonniers ! Seule Liliane Geney, qui a fait beaucoup de progrès décidément, est à la hauteur des ambitions de l'entreprise. Mais seule, que peut-elle contre tous ?
    L'entreprise reste sympathique et sans doute est-elle audacieuse pour les CAPUCINES (charmant lieu où je n'avais jamais mis les pieds, très "anglais", cossu et chaud). Mais j'ai bien peur que ce ne soit un massacre à la presse ! Justifié! ...

4-VI -    Alors que Victor Hugo a écrit des floppées de pièces, Yves Gasc a préféré pour jouer une oeuvre de lui adapter pour la scène, le roman L'HOMME QUI RIT (accueilli au T.O.P.). Le résultat est qu'il ne reste qu'une trame anecdotique. Le texte est plat, sans beauté, presque sans lyrisme, sans grandeur. Il n'est guère de Victor Hugo. Au cinéma, on aurait sans doute écrit au générique : "L'HOMME QUI RIT de Yves Gasc d'après une idée de Victor Hugo".
    A part cela, Yves Gasc n'a de préoccupations ni sociales, ni politiques. Esthétiquement, il ne recherche aucune nouveauté, et il n'a même pas adapté sa mise en place au plateau tout en largeur au TOP. Non seulement, il n'utilise qu'un très petit espace au milieu, mais encore il n'a tenu aucun compte des spectateurs assis un peu sur les côtés. C'est aisi que Poirot Delpesch et moi avons dû deviner toute une partie du spectacle qui se jouait (pour nous) derrière un malencontreux paravent, normalement, je suppose, destiné à être appuyé au portant italien jardin d'un théâtre !
    Sa démarche est celle d'un bon faiseur. A Sarlat, son HOMME QUI RIT ferait merveille. C'est vieux, conventionnel, sans imagination; les décors et costumes de Mario Franceschi ne m'ont atteint en rien. Ce n'est pas mal joué quoique sans unité par des comédiens que je ne connaissais pas.
    Raymond Acquaviva s'est fait en Gwinplaine un maquillage "horrible !", que j'ai surtout trouvé laid, mais pas comme l'eût voulu Hugo. Evelyne Bouix joue Déa comme une Ophélie, mais elle a de la fragilité et de l'émotion. elle est assez belle à voir.
    Périmony en Ursus m'a rajeuni de trente ans en me ramenant à l'Odéon des Albert Lambert. Ils sont nombreux dans cette entreprise d'un autre temps. Seul point positif : Gasc semble avoir renoncé à trimballer sur scène une pédérastie militante. On ne saurait pas qu'il l'est, qu'on ne s'en apercevrait pas.

7-VI -    A moins d'un accident par lequel serait loupée la GÉNÉRALE, nous avons mis sans doute dans le mille avec la DOUBLE INCONSTANCE car c'est un très bon spectacle, bien supérieur dans le même ordre d'idée à LA LOCANDIERA de Valverde. Et d'abord parce que c'est une pièce prodigieuse : méchante, cruelle, tous les personnages y montrent leur double face, y revêtent des masques de fausseté, de ruse, d'imposture ou y exposent des vanités, des vices. Je crois qu'aucun n'est n'est totalement sympathique. Marivaux n'en récupère pas. Chacun manipule quelqu'un, joue un jeu, est instrument, sauf bien sûr, les deux manipulés Arlequin et Sylvia; mais ils ne sont pas blancs comme neige pour autant. Mollien a parfaitement cerné que cette immoralité est le fruit d'un système politique. Le prince est aimable, mais il est souverain absolu. Pour conquérir Sylvia, il ment, il ruse, il biaise, il utilise des comparses et notamment Flaminia, qui le sert car cela sert ses propres intérêts. Grâce à elle, il obtiendra la satisfaction de son caprice par la main de velours, MAIS sa puissance n'en est pas moins menaçante et présente. Ses flics ont amené de force à la cour les deux innocents qu'il va s'agir de pourrir et si ces serviteurs de l'ordre font mine d'être les domestiques des deux jeunes gens, c'est par calcul. Ils utilisent les armes de la séduction et de la corruption mais c'est une chance que les deux sujets se laissent faire. Car tout l'appareil est en place pour que la contrainte la plus odieuse s'exerce sur eux, d'un mot du prince pour que cette cour gracieuse se transforme en Gestapo. Le point de départ : enlèvement et séquestration des deux amoureux, est d'ailleurs carrément fasciste. J'emploie ce mot moderne parce qu'à travers de la classicité du spectacle, c'est ce FROID là que Mollien a cerné, avec ses ombres qui passent et repassent, gens se surveillant, s'épiant, profitant des "bontés" du prince mais éventuellement ruinables, chassés, voire ... que sais-je ?
    Moderne est aussi l'aspect "sentimental" de la pièce, illustrant la fragilité des passions humaines : "C'est un amour qui m'était venu, c'est un amour qui s'en est allé ! Voilà tout", dit Sylvia.
    Pascale Audret est bien en Flaminia mais pas irremplaçable. Agathe Matanson est par contre remarquable dans Sylvia.

15-VI -    Vu enfin AU BOIS LACTÉ de Dylan Thomas, mis en scène par  Stéphane Meldegg. Créée au TRIPOT, cette pièce poursuit une carrière au LUCERNAIRE. Il y a du monde. Les gens ont l'air content. Moi, je le dis carrément : ce style poëtique venu des brumes de Synge me rappelle Clavé, les débuts de Vilar et les années 40. Déjà en ce temps-là, je comprenais mal l'engouement de mes contemporains pour cet ésotérisme celtique. Les images du langage m'amusaient parfois mais les motivations des personnages me restaient étrangères. J'ai retrouvé face à ces aventures galloises que montre LE BOIS LACTÉ, le même sentiment d'éloignement que naguère. Cet univers m'indiffère. En 1971, l'inutilité de l'exhibition à Paris de ce folklore me frappe. RIEN ne me sensibilise dans une entreprise que je ressens comme marginale, "hors du temps et des dimensions" comme disait Beckett ! Mais Beckett, c'est autre chose.

17- VI -    L'EXCEPTION ET LA RÈGLE est une pièce DIDACTIQUE. Bernard Sobel l'a montré avec l'ensemble théâtral de Gennevilliers de façon EXEMPLAIRE. La démonstration de Brecht apparaît avec les ans un peu floue, primaire mais elle est efficace. La mise en scène est nette, précise, énergique, distanciée. Maurice Valin ne m'a pas fait oublier Médina dans le marchand mais Alain Girault dans le coolie est excellent. Un public nombreux suivait hier aux Halles ce cours du soir sans concession.

QUELQUES RÉFLEXIONS PERSONNELLES
 
 Il y a maintenant un an que j'exerce mon métier d'organisateur de tournées en serviteur. Monique Bertin a installé sa machine à écrire (une vieille Underwood)dans mon living-room. Nous n'avons qu'une ligne téléphonique. Je ne sais pas encore que le fax va bientôt transformer nos conditions de travail.  Nos prospections partent ronéotypées. Je crois qu'aujourd'hui personne ne daignerait les lire tant elles étaient barbares.

Quelque part, je retrouve ma vocation de (comme je l'écrivais non sans quelque vanité vers les années 60) de "nager sur la crête des lignes de force". Tour après tour le Grand Magic Circus, le Groupe Tse, bientôt, cela va être le Théâtre de Liberté de Mehmet Ulusoy, puis le Théâtre de l'Aquarium me choisissent pour organiser leurs tournées. En vérité ils sont "à la mode" mais je récuse ce mot qui sent son opportunisme. Ils ne le sont d'ailleurs que dans un certain univers du spectacle qui s'adresse à un public branché intellectuel, petit et moyen bourgeois, de sensibilité à gauche. Où sont les ouvriers de nos rêves militants de naguère? Maintenant les comités d'entreprise remplissent les salles de grandes variétés, celles où des noms prestigieux s'affichent.

Quoiqu'il en soit, que ce soit Savary, Alfredo Arias ou les autres, c'est la novation de ma formule d'intervention, à leur service, et non plus en intermédiaire, qui les séduit. Loin de redouter d'être "responsables d'eux-même", ils le revendiquent.

Les PRODUCTIONS D'AUJOURD?HUI poursuivent de leur côté leur chemin d'entreprise à l'ancienne, avec comme vedettes Michel Hermon, Antoine Vitez et quelques autres. Elles survivront jusqu'en 1972. Colette Dorsay deviendra administratrice adjointe à Villeurbanne, auprès de Planchon.

EN ROUTE VERS AVIGNON

Je n'ai jamais appris à conduire une voiture. Monique Bertin en posséde une. Cela devait être une Renault 4. Pas le grand luxe. C'est dans ce véhicule que nous sommes descendus vers Avignon, par petites étapes. D'où cet arrêt à Beaune que je relate ici, histoire de parler un peu de la décentralisation :
 
21-VII -    Je regrette de n'avoir pas vu SPLENDEUR ET MORT DE JOAQUIN MURIETA en Italie monté par Chéreau. Mais qu'ici la pièce de Neruda soit présentée par Alberto Rodi dans une adaptation de Guy Suarès me paraît exemplaire de la médiocrité dans laquelle se complaît la DÉCENTRALISATION.
    Car cette réalisation floue est la grande création de l'année en Province. Coproduction des TNS et THÉÂTRE DE BOURGOGNE, elle tournera dans les plus grandes maisons de la culture, Reims, Grenoble etc...
    Nos chers directeurs n'ont pas "confiance" en Michel Berto mais ils ont confiance en Rodi. Il y a pour moi d'insondables mystères.
    EXEMPLAIRE, l'entreprise l'est d'abord au niveau politique. Il est clair que dans le Chili de 1964 livré économiquement aux USA, le poëme de Neruda avait un sens. Tout en références précises et locales, contant une histoire qui appartient à la légende du peuple, mêlant la parole au jeu, à la danse et au chant, il dénonçait un combat de toujours, celui de l'égoïsme yankee ne reculant devant rien pour écraser les défenseurs de la langue espagnole. Déracinée en Bourgogne, l'épopée de Joaquin Murieta devient western. Qui, dans cette région se sentirait concerné par cette anecdote naïve? (il paraît que le metteur en scène a voulu insister sur cette naïveté). Il voit bien que les Américains en prennent plein la gueule, que ce sont des cruels sans scrupules et des méchants pas accueillants aux noirs et aux métis. Pas un mot, pas une indication ne vise à évoquer, fût-ce de loin, un de SES problèmes. Il n'a donc pas de problème dans la douce France de 1971! Il voit par contre ceux qu'ont eu les Chiliens face aux BLANCS du nord; et il sent que cet antagonisme garde quelques vigueurs. Pauvres peuples exotiques, comme on est bien chez nous ! La besogne CULTURELLE est menée sous couvert de "dénoncer". C'est que notre décentralisation y tient à avoir l'air de prendre des risques "courageux". Qu'elle se rassure, les notables seront contents.
    EXEMPLAIRE, L'ENTREPRISE L'EST AUSSI PAR SA RICHESSE. 23 comédiens, un dispositif gigantesque, des détails très fouillés esthétiquement sur le plan des costumes, maquillages, masques, chaussures etc, tout cela a coûté fort cher. Cette INUTILITÉ s'est faite sur le dos de ceux qui crèvent.
    Mais il fallait cette poudre aux yeux pour masquer la trahison. Car Rodi a édulcoloré tant qu'il a pu  : on sent confusément une violence dans la pièce. Mais elle n'est pas dans sa mise en scène molle. On sent que la danse et le chant se réfèrent à ce qu'il y a de plus profond dans le folklore chilien. Mais on n'a pas fait de recherches. Les comédiens ont inventé une musiquette harmonieuse et sans agressivité. Les poëmes durs, percutants, riches de contestation sont noyés dans un pathos de récitatifs psalmodiés, qui en rend le contenu inintelligible. Neruda a terminé le spectacle par un poëme qui parle du Viêt Nam et montre que les Yankee n'ont pas changé. Rodi commence par ce poëme, ce qui le vide de valeur combative. Aldebert, dont j'évoquais le souvenir en voyant ces mouvements de foule sans ordre, sans chorégraphie sans force ni puissance, sans dynamique, sans "oeil de peintre", groupes non composés se mouvant dans l'ennui, devait se retourner de contentement dans sa tombe. Car c'est son TNP qui ressuscite, celui d'avant Vilar. Je ne crois pas que Jeanne Laurent serait très heureuse, par contre, de voir ainsi la médiocrité de sa décentralisation. JOAQUIN MURIETA de Rodi dans la très plate, fade, mal écrite traduction de Suarès est enfin EXEMPLAIRE d'un certain comportement des comédiens. Ils cachetonnent. Ils s'emmerdent. Ils le disent et ça se voit. Tout le monde bouffe du gâteau. Ce monde des privilégiés n'est pas le mien.
    Michel Humbert, nouveau directeur du Théâtre de Bourgogne va monter BRITANNICUS, puis LA DAME AUX CAMÉLIAS. On le voit : le flambeau est repris. Poujade, maire de Dijon, sera content.

AVIGNON 71

22-VII -    Au premier coup d'oeil, mais peut-être cette première impression s'affirmera-t-elle, Avignon 1971 me paraît vide par rapport aux autres années. A 20h30, il y a des tables libres place de l'Horloge, pas de hippy. La Civette transformée n'accepte plus les messages et un flic à qui je demande un renseignement me dit qu'il ne sait pas - "Il n'est pas d'ici", m'indique une bonne dame qui passe. Aperçu Maître Baëlde, suçotant une banane, et qui me fait un brillant éloge d'AURORA,  Pierre Peyrou et Lucien Attoun. Il est vrai que j'ai pris mon temps, cette année et que j'arrive dans la deuxième moitié.

21h30 - Malgré une très mauvaise presse, le cloître des Carmes est bourré. C'est la dernière (ici) de BÉATRICE DU CONGO de Bernard Dadié, mise en scène de Jean Marie Serreau. C'est l'histoire, contée à gros traits d'imagerie populaire, d'une invasion coloniale "pacifique", la dénonciation du processus "protectorat". L'hypocrisie, la férocité, l'aliénation à l'argent et aux tabous chrétiens des blancs, leur intolérance, leur rapacité, sont montrés avec bonne humeur. On a reproché à Serreau d'avoir présenté un spectacle pas prêt et il est vrai qu'il est inadmissible qu'un acteur joue à la 5ème avec sa brochure à la main. Mais pour le reste, il m'apparaît surtout que c'est un spectacle libre. On a  l'impression d'une mise en place rigoureuse, et que chaque acteur a reçu une ligne directrice de motivations précise, et puis qu'au-delà de ce carcan, on leur a dit : "Et maintenant amusez-vous". Ainsi, recueille-t-on le sentiment que tous y vont à coeur joie. C'est le contraire du spectacle de Rody. Bien sûr, cela ne va pas sans des baisses de rythme et de tension. Il y a des plages bavardes qui manquent de punch. Mais ça confère à l'entreprise un aspect sympathique et une originalité.. Serreau qui s'est consacré ces dernières années aux spectacles "nègres", reste fidèle à sa ligne. Cette pièce simplette et simpliste, c'est l'antihistoire coloniale telle qu'elle me fut contée quand j'étais petit. C'est la démystification de l'épopée "glorieuse" narrée par les instituteurs complices ou aliénés. Je me faisais réflexion qu'elle est moins utile au premier degré, celui où est stigmatisé l'ACTE des blancs vivants puisqu'ici elle s'adresse à eux pour leur faire prendre conscience de leur "erreur" passée,  justificatrice des difficultés de la décolonisation présente ici et de la poursuite de la lutte de la libération là, qu'au second degré, celui où elle crie à quel point le corps enseignant blanc a menti aux enfants blancs, les marquant pour la vie d'une image criminelle.
SUR QUOI ces redoutables serviteurs du pouvoir bourgeois mentent-ils AUJOURD'HUI à nos enfants ?... Mais une duperie à cette échelle serait-elle possible maintenant ?
    BÉATRICE du Congo, Jeanne d'Arc du San Salvador est donc à marquer à la pierre blanche (si j'ose dire), des réalisations signifiantes. Il faudra retourner à la Cartoucherie de Vincennes. Les spectacles de Serreau sont comme le vin. Ils se bonifient en vieillissant.

24 heures
    Couturière au cloître des Célestins de la CHASSE AU SNARK, d'après Lewis Carroll par la Compagnie de la Pomme Verte, musique de Michel Puig, mise en scène de Catherine Dasté. C'est un spectacle "chanté" (ou plutôt crié) en anglais pour 80 % et dans un français inintelligible pour 20%. Je n'ai  donc RIEN compris. Et encore moins ce que cet exercice de recherche pure, ésotérique, confus, contestable et en tout cas élitaire, vient faire sous le chapeau populaire du théâtre de Sartrouville. Je ne dis pas que ce ne soit pas beau visuellement. On a fait des décors et des costumes qui ont dû coûter un bon prix et ne manquent pas d'esthétique. Mais pourquoi cet effort, ce travail, cet argent dépensé ? Cela m'est étranger, ne me concerne pas.

    Rencontré Claire Duhamel qui a aimé AURORA, Jean-Jacques Leyrand qui a aimé AURORA, Bénichou, Jean-Pierre Vincent, Bernard Richard (de Grenoble, Théâtre municipal, qui m'explique que dans l'organigramme de sa ville, l'accueil de troupes comme les miennes appartient à la Maison de la Culture) et Bourdet qui m'arrache que j'irai  voir demain à 15 h son spectacle pour mouflets.

23-VII à 15h
    Vu enfin à sa 600ème, le spectacle pour enfants de René Bourdet : POËSIE EN LIBERTÉ. C'est un montage didactique bon enfant, qui est surtout destiné à être montré dans les classes. Queneau, Tardieu, Boris Vian, Prévert et quelques autres, sont dits ou chantés, et commentés avec efficacité. Les enfants participent sous la direction du meneur de jeu, Bourdet, qui m'a fait songer à un curé.

Rencontré Steiger, qui n'a pas aimé AURORA, Claude Ollivier, qui n'a pas aimé AURORA, Jean Caune (d'Angers), Tamiz et Iglésis (avec qui je n'ai pas parlé), J. J. Célérier et Charles Mughe, Isabelle Ehni. Appris que c'est Guillot (de Mâcon) qui va remplacer Barrat à Angers. Le commentaire qui suit est important, car il a marqué une époque importante de ce festival où le "off" n'avait pas encore pris le pouvooir

21h30
    Lucien Attoun va trouver le moyen de redonner un sens au festival voire en devenir le roitelet avec ses "lectures spectacles" données en la Chapelle des Pénitents blancs. En tout cas, son premier coup avec la pièce de Rezvani: LE CAMP DU DRAP D'OR, orchestrée par Jean Pierre Vincent, fut un coup de maître. Netteté de la réalisation, excellence du travail de Jean Pierre et de ses acteurs qui ont résolument pris le parti de donner à l'oeuvre son ton, son rythme, son style, ses intonations, mais de ne PAS jouer physiquement. C'est une opération RADIO faite en 8 jours et réduite à des symboles sous l'angle de la mise en scène visuelle. C'est une réussite incontestable. Il faut dire que la pièce, actuelle au possible puisqu'elle prend pour prétexte la dénonciation du banquet que le Shah d'Iran va offrir au monde des grands à l'occasion du 2 500 ème anniversaire de sa dynastie, a sur ma sensibilité, un impact comparable à celui qu'y trouve Ehni. Les deux lascars sont de la même race, ils appellent un chat, un chat, ils déchirent à belles dents la civilisation occidentale et en démontrent les processus de décadence avec une lucidité sans  référence aux idéologies en place. Direct au point de friser parfois le cabaret, Rezvani est à mon avis perceptible aux plus larges masses et quand un intellectuel demande au débat "à qui il s'adresse", j'ai envie d'y répondre: "aux gens". Et quant à savoir si c'est utile, bien sûr que ce l'est comme toutes les petites gouttes de pluie qui frappent la surface de l'océan d'indifférence. Moi, en tout cas je me sens concerné, et c'est bien réconfortant, après ces soirées qui me sont demeurées étrangères ou marginales ces derniers temps. L'oeuvre a un langage et ce langage porte sur moi. Rozvani fait partie de ceux qui - SINCÈRES OU PAS, ET CA N'A PAS TELLEMENT D'IMPORTANCE -  contestent notre civilisation jusque dans ses racines. Il rejoint Savary, Gelas. C'est une ligne de force. La seule sans doute qui me satisfasse intimement. Elle porte le ferment d'une révolution profonde. A voir comment elle essaime, des espoirs deviennent permis. L'heure de la remise en question de l'homme par lui-même a commencé à sonner. C'est évident pour qui se retourne en arrière et mesure le chemin parcouru depuis EN ATTENDANT GODOT.

27-VII -    Il est tout à fait étonnant qu'à un certain moment on ait pu comparer Gelas et Benedetto, tant 3 ans après, la démarche du Théâtre des Carmes diverge de celle du Chêne noir. A BEC ET A GRIFFES est un spectacle de dérision, politique au premier degré, frisant le cabaret contestataire en ce que clairement, il refuse le jeu du off Festival en ne signifiant aucune recherche esthétique. Volontairement, Benedetto s'enferme dans son contexte avignonnais. Il ne joue même pas lui-même. Sa troupe est composée de semi-amateurs du cru. Elle raconte et chante en bande dessinée et en raccourcis le son et lumière à la blague de l'histoire d'Avignon.Elle s'adresse aux TOURISTES, à ceux qu'on ne voit que l'été. Elle dit en somme "Merde" aux étrangers, mais avec tant de bonne humeur et de drôlerie, qu'elle rallie ceux qui veulent bien s'amuser sans chercher midi à quatorze heures. Ce n'est pas un grand spectacle. Mais c'est un spectacle sain. Ce qui ne l'empêche pas de porter ses leçons.
Par André Gintzburger - Publié dans : histoire-du-theatre
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Samedi 14 avril 2007 6 14 04 2007 09:41
26-VII -    Théâtre ouvert de nouveau : Victor Haïm l’écorché, fait lire à une troupe que dirige André Louis Périnetti, sa pièce UN VIOLONCELLE POUR UN CHEVAL. Dans un style de petit Juif persécuté (démarche qui a le don de m’agacer suprêment), il agresse ses contestataires au cours du débat qui suit en leur expliquant que s’ils n’ont pas vu à quel point ses motivations sont politiques, c’est de leur faute. Les producteurs, eux, ne s’y trompent pas, qui ne le montent pas. L’ennui c’est que le dénonciateur sans doute sincère qu’il est de notre Société se démystifie en se complaisant dans des facilités de langage (au demeurant, il n’écrit pas très bien), et en sacrifiant à la mode, sur le plan de l’érotisme et des symboles sexuels notamment. Très franchement, le fait qu’une bonne femme se fasse baiser par un cheval  ne me paraît pas  ressortir de la lutte des classes, et au surplus le fait qu’à la scène ce cheval soit, selon les indications scéniques, incarné par un acteur noir ne me paraît pas de très bon goût d’un point de vue raciste. Certes, La société qui nous est montrée est pourrie, décadente, perverse et aliénée, mais on déjà vu ça exposé d’une manière plus évidente, par exemple dans OPÉRETTE de Gombrowicz, que je me permets de citer, puisque Haïm le fait lui-même comme s’il s’agissait d’un confrère menant le même combat que lui! Hélas, ce qui est clair chez Gombrowicz, est flou chez Haïm et sans impact, faible et peu convainquant. L’échange du violoncelle contre le cheval  me semble gratuit. C’est une idée d’auteur qui se veut originale. Ce n’est pas l’acte d’un combattant. Qu’il ne s’étonne donc pas d’être jugé en marge de son contenu supposé.
    Cela, dit, il est certain qu’Haïm a été moins bien servi  par la mise en onde de Périnetti que Rezvani par celle de Jean-Pierre Vincent. Il est vrai que Périnetti a moins d’imagination et de sens politique rigoureux que Vincent. Son “spectacle” était terne auprès de l’autre. Il n’avait pas non plus la même matière en main.

27-VII -    (aussi)
    Deux jeunes gens dont les noms ne sont pas à retenir pour l’instant (on verra plus tard s’ils pondent un autre spectacle) “jouent” en référence à Grotowski (mais ce n’est pas vrai:   ils ont fait un stage à Marseille avec le professeur polonais, mais c’était apprends-je, APRÈS avoir monté ce spectacle) LE PRÊTRE ET LE MORIBOND d’après Sade. Le titre attire du monde. Sade, n’est-ce-pas, ça allèche. Au surplus ils ne veulent pas avoir plus de 40 spectateurs à chaque séances! Chacun sait que ce contingentement est toujours efficace pour inciter les intellectuels à avoir envie d’entrer dans le cénacle. Les deux lascars se contorsionnent, bavent, éructent pendant 40 minutes. Ils se mettent dans tous leurs états, et débitent leur texte avec des voix atones, d’une façon aussi  inintelligible que possible. Naturellement, les spectateurs sont disposés sur des chaises autour de l’aire de jeu. Mais aucun rapprochement n’est recherché avec ces voyeurs. En somme en échange de leur argent, ils ont droit à ca que leur soit octroyé un exercice au cours duquel ils sont invités à ne pas déranger les artistes détenteur d’un message (?), d’une esthétique (!) et d’une mission (?) qu’eux seuls comprennent Je confesse être demeuré résolument indifférent à ce jeu. Une mes voisines en expiation était heureusement belle à regarder.. Son profil admiré pendant 48 minutes m’a évité de regretter mon passage dans cette salle.

25-VII -    Le Cirque Bonjour de Victoria Chaplin et de J.B. Thierrée, c’est d’abord le cirque des Moreno, vieux routiers du métier, authentiques “gens du voyage” sans mythologie, mais solides pourvoyeurs de numéros classiques, généralement bons, parfois excellents, toujours valables. Sur cette armature solide, Victoria et Baptiste tricotent le fellinisme, brocardent l’insolite, voire le contestataire, et insufflent un esprit différent et un soucis de dégommercivilisation. Ce n’est pas encore réussi totalement. Certes, il y a la musique pop qui remplace l’habituel flon flon germano mille neuf cents. Certes, les clowns sont différents.
    Mais la velléité de light show reste balbutiante, les enchaînements ne sont pas originaux et surtout, les perspectives de modification lorsque l’on parle avec Baptiste n’apparaissent pas clairement: ou bien notre ami masque ses projets; ou bien il ne sait qu’impulsivement qu’il veut changer quelque chose, mais quoi? il l’ignore encore.
    De toute manière, sa démarche n’est pas à juger intellectuellement. Et de toute manière encore, ce n’est pas à moi et à mes frères  du festival que s’adresse l’ancien metteur en scène qui a abandonné le théâtre parce qu’il n’y trouvait pas le sens de sa vie. Le cirque est un univers à part. Il en a fait le sien. C’est en partant des données du cirque qu’il nous donnera peut-être un jour un univers différent. La poësie habite Victoria et l’investit lui-même. Ils ont droit à deux ans de crédit pour trouver. Tel quel, le petit Cirque BONJOUR est bon enfant mais de qualité et le non-public s’y réjouira. Ce n’est déjà pas si mal. À suivre.

J’ai suivi et même j’ai beaucoup suivi puisque des années plus tard quand je me suis désintéressé, non sans douleur, d’un “théâtre comme d’habitude” qui ne m’apportait plus de bonheur, je me suis recyclé professionnellementdans ce qu’on a abusivement appelé “le nouveau cirque”. Il faut rendre cet hommage à Baptiste. Il a induit avec son petit cirque une nouvelle ligne de force dans laquelle j’aurais sans doute dû m’engouffrer.  

28-VII    On me l’avait bien dit: “Va voir VOLTAIRE’S FOLIES”. Vous savez ce que c’est. On se le promet tous les jours et puis six mois passent! En Avignon, j’ai pu enfin réparer ma carence.
    À condition d’être de gauche, (la tendance TÉMOIGNAGE CHRÉTIEN étant la plus concernée) et d’être enculturé, (car bien sûr si on ne sait pas qui est Voltaire ou si on a tout oublié, on perd beaucoup), c’est une des choses les plus drôles qu’il soit donné de voir.
    Personnellement, les questions religieuses ne m’agitent guère. J’ai quand même hurlé de rire à gorge déployée. Mais fallait voir la joie de Monique Bertin. Elle faisait plaisir à voir.
    Ils sont 4 garçons. Je ne saurais trop vous analyser ce qu’ils font si ce n’est qu’ils dansent, chantent, se trémoussent dans un rythme endiablé, projetant ou extrapolant en courtes scènes percutantes, mordantes, moralisatrices ou même émouvantes des pensées de Voltaire, étonnamment modernes de contenu, quoique volontairement enrobées dans leur contexte par le refus qu’UN seul mot soit changé. L’intolérance est le thème le plus fréquemment traité et qui niera qu’il ne soit pas présent? Ridiculisée, stigmatisée au même titre que les mômeries des hommes aliénés par leurs croyances formelles, elle est au coeur de cette dénonciation issue de deux siècles, et traitée avec un irrespect qui la sert par nos lascars facétieux. J’essaie de m’expliquer: la forme du spectacle est anticulturelle. Et c’est parce que ces textes-là de Voltaire étaient contestataires. Bref, c’est un enchantement. J’y retournerai.

J’ai fait plus : VOLTAIRES FOLIES a fait le tour du monde francophone grâce à moi

31-VII -    Je suis terriblement sensible à l’univers de Rufus, car c’est le mien. Ma démarche est celle d’un écrivain qui s’enferme pour pondre dans l’isolement de son cabinet de travail tandis que Rufus est d’abord un acteur au physique expressif et même un clown. Mais sa recherche d’un rapport différent avec le public supposé complice, masse silencieuse et maniable prise à témoin et cependant doté d’un rôle, rendu concerné qu’il le veuille ou non, le tout dans l’humour, la drôlerie mais surtout la dérision, procède des mêmes dialectiques que moi.Lorsqu’il annonce que toute la salle atteinte par contagion d’une maladie nommée Coqsilugre (qui est en vérité une prolifération cancéreuse de l’imagination) va devoir rester en quarantaine parce que les flics empêcheront les gens de sortir, et qu’il commence le plus sérieusement du monde à organiser le campement, je jouis car j’aurais pu l’inventer et je regrette simplement qu’il n’aille pas plus loin. Lorsqu’il prononce le mot “CROISADE”, j’entends mes mots de “MESSAGE et de VÉRITÉ à transmettre”. Lorsque brusquement, il interrompt son exposé des motivations pour feindre de préparer un concert religieux, distribuant aux spectateurs des psaumes à chanter, parce qu’il a vu se glisser au fond de la salle un type qui paraît un mouchard, il réussit très exactement à créer le type de climat dont je rêve. En fait, tout cela ressort du canular normalien de nos jeunesses! Et tout cela suppose une tournure d’esprit hellénistique et ne va pas dans le sens de mon combat actuel en faveur du premier degré. Mais c’est si bon les jeu de l’intelligence! Et puis est-ce bien sûr que la dérision, dans un certain contexte, affectée à certaine classe intellectuelle qui se cherche et dont il serait stupide de nier la  quête d’autre chose plus ou moins consciemment destructrice. Personnellement, je sors d’un COQSILUGRE ravi, ayant RI avec bonheur parce que sans honte, REVIGORÉ, PRÊT À TOUTES LES ACTIONS, parce que j’ai vu et entendu pendant deux heures un frère paumé comme moi qui a défoulé son impuissance qui est la même que la mienne avec DISTANCE, LUCIDITÉ, sans masochisme, chatouillant ma conscience sans hargne, autocritique au grand sens de ce mot, et je me sens récuré, lavé, POSITIF! Et certes, ce jeu n’est pas populaire. Ceux qui, autour de moi, suivaient Rufus dans ses méandres, n’étaient pas des prolétaires, et à niveau de culture égal probablement pas des scientifiques mais des LITTÉRAIRES, au sens où je me demande si notre enseignement en fabrique encore beaucoup. L’air qui souffle dans la COQSILUGRE est celui du Jules Romain des COPAINS, du Giraudoux d’ELPENOR. La seule vraie différence est que le marxisme et la contestation de 68 sont passés par là.
    Récupération ? Je commence à me demander ce que veut dire ce mot. Ne faudrait-il pas dire plutôt: PRISE EN CHARGE par la culture? C’est-à-dire IMPRÉGNATION qui de proche en proche ne pourra déboucher QUE SUR L’ÉVIDENCE DE LA NÉCESSITÉ DE LA RÉVOLUTION. Certes la société désamorce la subversion en la transformant ainsi en spectacles de divertissements jouissifs. Du moins la subversion immédiate (dont nous savons bien par ailleurs qu’elle est vouée, momentanément, à l'échec au niveau des affrontements directs). Mais si une fraction pouvant faire tache d’huile de la bourgeoisie éclairée s’imbibe progressivement de clairvoyance, se modifiant insensiblement (mais retournez-vous donc en arrière et mesurez le chemin parcouru), jusqu'à avoir du monde que nous imposent les promoteurs, les trafiquant, les enrichis, les pourris et les oppresseurs, une vision de définitive incompatibilité d’humour, se minant de l’intérieur au niveau des vertus sur lesquelles s’appuyait naguère la dénomination économique, qui osera prétendre qu’il ne se crée pas un chemin? Ehni, Rezvani, Rufus sont des matraqueurs. J’affirme que leur oeuvre est UTILE, comme le Grand Magic Circus, comme le Sycomore, comme les deux ou trois Don Juan... Finalement, c’est à penser que le spectacle ne récupérera jamais assez. La voltige des idées a été, ne l’oublions pas, très vive, au siècle des encyclopédistes. Leur récupération par la royauté ne fut qu’apparence.
         Revenons au COQSILUGRE, je dirai que j’aime le numéro de Buster Keaton auquel se livre pendant 20 minutes au début Rufus, sans dire un mot, pour tisser son atmosphère. Mais naturellement, s’il n’y avait eu que cette performance au métier parfait, cela ne m’aurait pas inspiré les réflexions ci-dessus.
    Pour qui connaît l’intelligence de Catherine Monot, c’est une grande joie que de la voir incarner une idiote. J’aime moins le final cirque à toutes les sauces, on finira par nous le faire prendre en grippe. Et d’ailleurs, le cirque, c’est très beau, c’est très joli, c’est très poëtique, mais c’est l’ÉVASION. Et l’évasion, c’est du tourisme!

Commentaire écrit 50 ans plus tard : que de naîvetés dans ce discours

8-VIII -    Retour en Avignon pour le spectacle de Michel Hermon: “La petite voiture de flammes et de voix” de Liliane Atlan. Disons tout de suite que c’est depuis BRITANNICUS (balbutiant des débuts mais fascinant), le meilleur spectacle d’Hermon, totalement professionnel et vigoureux. qu’on soit d’accord ou non, c’est ASSUMÉ.
    C’est très beau, très “esthétique”, avec des références au Living Theatre au Bread and Puppet, au regard du sourd. Je ne pense pas qu’Hermon ait vu dans la pièce autre chose qu’un instrument pour se servir soi-même. MAIS  il y a eu RENCONTRE, si bien que je crois que la pièce a été très bien servie par cette mise en scène, par ailleurs dégagée de la “psychanalyse devenue truc” qui m’avait agacée dans les MALHEURS DE SOPHIE.
Pourtant, la soirée avait mal commencé: la nudité de Michèle Oppenot exhibée dès l’entrée des spectateurs m’avait paru classer d’entrée de jeu le spectacle dans les spéculations de la mode. Le phrasé des premières phrases prononcées par Paule Annen, m’avaient  semblé complètement gratuit. Les “allées” décrites dans le texte, IMPORTANTES comme des trajectoires et qui m’apparaissaient capitales au niveau de la compréhension de l’oeuvre, avaient été supprimées, au nom, pensais-je du droit que s’arrogent les metteurs en scène de ne pas suivre les voies indiquées par les auteurs, démarche qui a débouché on le sait, sur quelques “crimes célèbres”. Bref, 20 minutes après le début, c’est l’irritation qui me tenait éveillé et elle seule.
    Et puis nonobstant, peu à peu la pièce s’est IMPOSÉE, ÉCLAIRÉE, envoûtante avec son irrationalité, sa parenté suréalisante, ses racines juives, son DÉSARROI: cette femme double, Lilian Atlan, SEULE face au monde, et MONDIALE, c’est-à-dire l’humanité entière confrontée à son destin, passe en revue ses angoisses et ses tentatives d’en sortir sur fond de CABALE d’APOCALYPSE et de CHAOS. Il manque, naturellement la dimension politique de l’homme acceptant de s’assumer, de se promouvoir lui-même.Le marxisme n’est évoqué qu’en quasi dérision et la quête débouche sur le désespoir malgré la profession de foi finale, qui sonne exaltée mais fausse parce que le rapport DIEU / HOMMES posé en axiome de base ne peut pas être positif. Les mille ans de paradis qui nous sont annoncés, au cours desquels nous serons étonnés, nous retournant en arrière, que les hommes aient pu être ce que nous sommes, seraient plus plausible en référence au COMMUNISME.
    Reste que je me sens très proche de cette PETITE VOITURE DE FLAMMES ET DE VOIX inatteignable, SIGNE et VÉHICULE symbolique, vaisseau des temps modifiés, trait d’union avec le futur, parce que la préoccupation de l’auteur est la MIENNE, comme celle de Gelas dans AURORA (à qui j’ai souvent songé durant le spectacle)
REVENIR AU FOND DES PROBLÈMES, c’est-à-dire au destin de l’homme. Nous différons sur les MOYENS, mais les aspirations sont les mêmes. Je suis sûre que peu à peu augmentera le nombre des oeuvres qui se dégagera du combat “quotidien” pour reposer les questions fondamentales. Chacune à sa manière. C’est le signe d’une prise de conscience. Lilian Atlan fait partie de cette famille exigeante des insatisfaits.. Il est seulement dommage qu’elle s’enferme dans un ésotérisme excessif et que pour nombre de spectateurs, ses clefs soient incommunicables.J’aimerais voir la pièce montée par un Juif.

SHIRAZ 1971

Ma première affaire avec Jérôme Savary a été LES CHRONIQUES COLONIALES au festival de Shiraz Persépolis dont je viens d’évoquer la dérision avec la pièce de Rezvani. Ce voyage, effectué presqu’immédiatement après Avignon, m’a permis de découvrir certains spectacles que j’évoque ci-dessous. Mais racontons en préalable le voyage lui-même.

C’est par Alain Crombecque que j’avais été mis en rapport avec le GRAND MAGIC CIRCUS. ZARTAN triomphait alors à la Cité Universitaire de Paris, chez Périnetti. Tout le monde en parlait. Il ne me semblait pas que Savary ait besoin d’un “agent”. “Tu te trompes” m’a dit Alain Combecque. “Bien”, me suis je dit, voyons voir.

Il se trouve que j’étais en sympathie à cette époque avec Thomas Erdos, qui représentait le magnifique festival de Baalbek au Liban. Dans un bureau voisin du sien rue de la Boëtie, il y avait un Monsieur Iranien appelé Gaffary, qui était l’organisateur du festival de Shiraz-Persepolis. Il n’avait pas vu ZARTAN mais il en avait entendu parler comme d’un événement. Or précisément ce serviteur du Shah qui allait à grands frais célébrer le 2.500ème anniversaire de sa dynastie,voulait donner au monde l’image d’un Iran tolérant et ouvert. J’ai donc pu offrir à Savary, qui se méfiait du marchand qu’il voyait en moi, comme premier contrat, 3 représentations de ce fameux ZARTAN à Shiraz + 3 autres dans la capitale, à Téhéran. La deuxième affaire serait à  Lausanne,sur invitation de mon ami Charles Apothéloz, et un opportun avion de la Lufthansa semblait garantir la liaison Téhéran-Genève dans les délais nécessaires.

Bref, me voici avec l’équipe du MAGIC que je ne connaissais pas encore très bien en train de voler vers la Perse et, oh horreur, je lis dans l’EXPRESSque je viens d’acheter pour passer le temps  un article de Caroline Alexander intitulé (je crois) “la reine d‘Angleterre chez la Shabanou”qui mettait l’accent au superlatif sur l’aspect anarchiste gauchiste du spectacle. Parallèlement, un journal francophone Iranien (il y en avait) annonçait nos représentations aux dates prévues dans un théâtre de Téhéran.

Le matériel de ZARTAN voyageait avec nous en bagages accompagnés.
Il était prévu que la troupe (et donc moi-même) irions directement à Shiraz en avion et que ce matériel serait acheminé par camion jusqu’à la destination (près de 1500 kilomètres). Son arrivée était estimée deux jours après.

Evidemment, nos hôtes avaient lu l’EXPRESS. Ils ont ouvert la salle où le spectacle devait se jouer et ils ont dit : “ Répétez, préparez vous tranquillement”ce qui ne semblait pas vraîment nécessaire à Jérôme Savary qui  mijotait dans sa tête une intervention “de rue” pas prévue au programme. Cela dit, au bout de quatre jours alors que la 1ère était prévue le 5ème, le camion n’était toujours pas arrivé et tous les jours, Gaffary nous répétait : “on aimerait bien voir, pour mieux annoncer les choses au public, un moment de votre travail”. Avec Alain Crombecque, qui était là aussi, on s’est dit qu’il fallait qu’il montre quelque chose. Mais c’est que le coquin résistait.
Il a quand même consenti à faire ce qu’on appelle en termes professionnels une Italienne (avec quelques coupures)et le staff du festival y a “par hasard” assisté. Ils ont beaucoup ri à la scène de la Reine d’Angleterre. Un quart d’heure après cette “audition”, coup de téléphone :”bonne nouvelle : votre camion est arrivé”.

Les trois représentations de Shiraz étaient arrangées dans un contexte universitaire. Nous logions (pas très confortablement mais les gens du MAGIC n’étaient pas encore très regardants là dessus) à l’intérieur du campus et le lieu du spectacle s’y trouvait également. Un public très international et très choisi lui a fait un triomphe surtout quand la “Reine d’Angleterre” le premier soir, s’est sans le savoir assise sur les genoux d’un invité de marque : Abel Gance.

Savary n’allait pas se contenter de jouer son spectacle annoncé. Le provocateur jusqu’au danger était à ce moment là très vivace en lui. Il se trouve qu’une équipe de la télévision française était là, pour couvrir le festival. Sans rien dire aux organisateurs, on a demandé au festival de nous offrir un bus pour aller en ville. On a emmené les cameramens ravis d’avoir à filmer une aventure. Dans le bus, les artistes se sont habillés et grimés. On est arrivé dans le quartier traditionnel de la ville. Et le MAGIC a fait une parade devant les yeux ébahis de gens qui ne s’attendaient à rien de semblable venant d’occidentaux. Ils se sont beaucoup amusés. Il y avait des flics, mais le téléphone portable n’existait pas encore. A priori il leur semblait impensable qu’un tel événement, de surcroît filmé, ne soit pas autorisé. Le temps que l’un d’entre eux interroge son chef, qui devait lui même remonter une pente hiérarchique pour savoir qui avait permis cela, c’était fini, le MAGIC était rentré avec les reporters dans le bus,chacun avait repris ses vêtements habituels et s’était démaquillé. Je cite souvent cet exemple de ce que peut être et devrait être le “théâtre de rue” alors qu’il a perdu sa  vertu principale qui est d’intervenir là où on ne l’attend pas.

Bien entendu, cette escapade est remontée jusqu’aux organisateurs du festival et ils ont choisi de l’accueillir avec humour ... mais quand je leur ai demandé : “Bon, comment allons nous à Téhéran pour honorer la deuxième partie de notre contrat” je me suis entendu répondre :” ah oui, on a oublié de vous dire, c’est annulé à Téhéran. C’est de notre faute. Nous ne savions pas que la salle n’était pas libre. Mais nous paierons le cachet et en plus nous offrirons à votre si sympathique équipe un voyage à travers notre beau Pays et notamment à Ispahan.”

J’ai refusé d’en être. Je me méfiais de l’acheminement du matériel vers l’aéroport de Téhéran. J’ai demandé à accompagner moi-même le camion, ce qui m’a, avec quelques réticences été accordé.

ILS ont sans doute vu beaucoup de merveilles,mais moi, j’ai fait avec un chauffeur qui ne parlait aucune langue de ma connaissance, un étonnant voyage dans l’Iran profond de cette époque là avec des stations service où le camion faisait le plein et le conducteur aussi, mais pas de la même chose...un voyage incroyable. J’avais dans ma poche en espèces la totalité du cachet dû à la troupe et je ne me rendais pas compte que, moi, tout seul dans ce désert, je pouvais risquer de me faire dévaliser. Je pense que ç’aurait été le cas si quelqu’un avait su que je transportais une fortune avec moi et ce quidam s’en serait peut-être douté si j’avais mis le trésor dans un attaché-case cadenassé. Mais il roupillait dans une enveloppe pourrie dans ma poche à la portée de n’importe quel pick-pocket. C’était certes de l’inconscience, d’autant plus que pendant les étapes où mon convoyeur faisait son plein de narghillé, moi, je somnolais un peu. J’en ai tiré l’enseignement que plus tu as quelque chose à cachet plus il faut faire comme si tu n’avais rien.

Bref je suis arrivé à l’aéroport pour apprendre que les 25 billets OK que j’avais pour l’avion de la LUFT HANSA devaient être transférés sur une autre compagnie, car ce vol là avait été annulé. Or, elles affichaient toutes “complet” sauf une,
PAKISTAN AIR LINE, sans doute parce qu’elle avait eu un crash une semaine avant. Mon chauffeur pour sa part était pressé de décharger le contenu de son camion. On l’a mis sur le trottoir.Heureusement les touristes sont arrivés. J’avais gagné quelque chose : Savary ne me regardait plus comme un marchand ordinaire. J’ai pu aller dormir et être relayé dans les tâches à venir

En vérité, cet avion n’arrangeait pas trop nos affaires car le vol en question allait à Amsterdam et pas à Genève. Mais bon, nous avons eu de la chance: il y avait une connection avec SWISS AIR et j’ai vu de mes yeux nos 5 petits containers aller à Amsterdam d’un d’un avion à l’autre.

La conclusion de cette épopée : Apothéloz nous attendait à l’aéroport de Genève, mais il fallait annuler la 1ère ... parce que la douane Suisse venait de fermer depuis 10 minutes à notre arrivée. Et bien sûr, cela retentirait sur le cachet.

Mais à propos, à Chiraz, avais je vu quelque chose à part Zartan ?
Par André Gintzburger - Publié dans : histoire-du-theatre
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Samedi 14 avril 2007 6 14 04 2007 06:41
27-VIII -    Il aura fallu que je vienne à Shiraz (IRAN), pour voir ALICE IN THE WONDERLAND, le spectacle de Grégory, qui fait le tour du monde sous la bannière de Ninon Karlweiss et qui fut, dit-on, le triomphe de New-York l’an dernier.
    Politiquement, ce succès me paraît sortir de la même démarche que celle qui assure en France les carrières d’Hermon et de Llorca, animateurs de droite new look. Sauf qu’ici les choses jouent à l’échelle mondiale. Rien est en effet plus en dehors de nos préoccupations que cette ALICE mais son esthétique l’apparente à la lignée des chercheurs contestataires comme Chaikin, Schumann, voire O’Horgan. C’est-à-dire que le spectacle n’a pas de contenu, mais qu’il est très intéressant. Au niveau du divertissement pur, il est même EXCELLENT et les spectateurs en sortent ravis. Cela tient au rythme de l’ensemble, à l’imagination dont Grégory a fait preuve, à l’utilisation de la technique Freehold Vitez: TOUT fait par les acteurs sans (presque) aucun secours de décors (un velum sur des caisses et du papier journal) - le vrai “théâtre pauvre” rendu RICHE par l’invention proprement “théâtrale” -, avec des costumes misérables mais hauts en couleurs permettant aux comédiens de passer d’un personnage à l’autre par une simple “indication”, tout au plus quelques meubles, une table, une pile de chaises. L’important est qu’ici, les acteurs sont PRODIGIEUX et surtout la fille qui joue Alice, acrobate autant qu’actrice, sachant évidemment TOUT faire de son corps. Au niveau d’un exercice d’école, j’enverrai aussitôt tous nos camarades à l’école de Grégory. Au niveau d’un spectacle, j’admire la virtuosité, le sens plastique de la composition des tableaux qui m’a fait songer à un Chéreau avec pourtant moins de continuité, le goût sans vulgarité du comique (j’aime moins la scène sentimentale de la fin, mais cela vient peut-être de l’approximation de mon anglais), et d’une façon générale, la performance. Mais je ne situe pas cela au sommet des sommets et je ne puis que voir dans la promotion de cette troupe (légère à trimballer) une opération de Mme Karlweiss, intervenue opportunément pour détacher l’Europe de son goût pour le BREAD et l’OPEN. Belle affaire commerciale qui a un sens politique. SOYONS VIGILANTS! Je n’ai pas perçu de différence entre le public de ce spectacle et celui qui aurait vu le même à Nancy ou à Avignon! Mais combien y avait-il de non public iranien? Les flics et les contrôleurs, c’est tout. Ils regardaient ça avec les yeux étonnés de l’incompréhension la plus totale! Quel sens peut avoir une telle représentation ici?

deux réflexions en relisant ce commentaire.

La première m’est inspirée par les mots “non public” que j’ai employés.
En effet, j’avais oublié de le dire lorsque j’avais évoqué les “assises de Villeurbanne”: quand les futurs barons de la décentralisation subventionnée française s’étaient réunis pour décréter LE POUVOIR AUX CRÉATEURS ils avaient défini leur mission : aller à la rencontre du “non public”, c’est à dire de cette immense majorité de gens qui ne vont pas au théâtre OU QUI N’OSENT PAS Y ENTRER

L’autre réflexion est un hommage à Ninon Talon Karlweiss. C’était une agente. A l’ américaine, ce qui veut dire qu’elle pompait beaucoup d’argent aux artistes qui jouissaient de ses faveurs. Mais d’abord, elle ne s’occupait pas de n’importe qui, ensuite elle savait investir sur des inconnus et même en  acceptant le risque de se tromper, et enfin, elle avait acquis dans le marché une telle réputation d’exigence qu’ “on” prenait immédiatement en compte, moi le premier, ses découvertes. C’est d’ailleurs grâce à elle que j’ai pu m’engouffrer dans l’autocar des privilégiés qui, à 60 kilomètres de Shiraz, allaient être admis à assister à l’événement que je relate ci-dessous:

29-VIII -    Persepolis était ce soir, avant de devenir dans quelques semaines la Capitale du Camp du Drap d’Or, le rendez-vous du TOUT PARIS et du TOUT LONDRES. Devant le majestueux tombeau d’Artaxerxès, Peter Brook présentait un fruit du travail du Centre International pour la Recherche Théâtrale, en l’occurence ORGHAST, conçu et répété en 2 mois sur place en Iran par une équipe de 30 personnes. ORGHAST est une tentative pour trouver le langage théâtral qui ne soit point inféodé à un idiome national. Aussi n’y parle-t-on ni anglais, ni français, ni persan, mais un mélange de bruits, d’onomathopées, de grec, de latin, de sanscrit et de mots forgés imaginaires. Entendez bien que c’est un spectacle PARLÉ, mais dans un dialecte inconnu de tous, faisant succéder le heurté au doux, le hurlé au murmuré, l’inharmonie à la grâce, au gré des sentiments qu’expriment les personnages, et des scènes qu’ils interprètent: rite du feu, Prométhée enchaîné, Massacre des Innocents, Emprisonnement d’un fils par son père etc... Les “tableaux” issu de ces mythes fondamentaux s’enchaînent les uns les autres par des liaisons mais restent distincts.
    Disons tout de suite que, le cadre sublime aidant, c’est un spectacle extrêmement beau à voir, et musicalement intéressant si l’on prend le langage parlé pour une partition. Il sera difficile que j’oublie jamais la boule de feu descendant le long de la paroi à pic.
    Chaque moment est conçu par un artiste, un esthète. En cela, ORGHAST est une une grande réalisation. C’est également sur le plan des sons que peut promouvoir la voix humaine, une recherche fascinante. Certains cris, borgonysmes, certaines phrases en langage inventé sont d’une très grande beauté.
    Reste que le pari annoncé de Brook me paraît intenable: il espère, dit-il, que dans quelques temps son nouveau  langage sera perceptible à tous mieux qu’une langue nationale. Cet idiome né de son imagination ouvrirait les portes de la communicabilité entre les hommes. Malheureusement, il sort des propos que j’ai entendu tenir par des membres de son équipe, Jean Monod et Claude Confortès, qu’il croirait vraiment à cette gageure: Brook consacrerait désormais 5 ans à cette recherche- là!  A mon avis,’il est clair que cette démarche d’aristocrate n’aboutit qu’à créer un langage pour initiés. Au stade présent, ORGHAST, malgré ses beautés, est un spectacle mortellement ennuyeux parce qu’en dehors des scènes où le sens ressort de la gestuelle (où donc on se passerait de mots), personne ne comprend se que disent les protagonistes.
    Je préférerais quant à moi croire en une thèse probablement fausse et définir ORGHAST comme une suprême manifestation d’humour anglais: il faudrait alors non pas juger le spectacle qu’on voit, mais si j’ose dire: le non spectacle, c’est-à-dire celui que dans la société actuelle personne ne peut plus faire parce que c’est défendu, ou parce qu’il faut trop d’argent, ou parce que le contenu rencontrerait trop d’hostilité etc...
    Alors tout s’éclairerait: invité par le gouvernement iranien, Brook lance carrément le monde sur une fausse piste et il convie  200 spécialistes ou esthètes triés sur le volet à venir au fond du désert assister à une splendide MYSTIFICATION dont ils n’auront jamais conscience et sur laquelle ils gloseront dans les salons interminablement. Car ORGHAST est EXEMPLAIRE dans ce festival complètement coupé du peuple. Pour voir ORGHAST, il faut prendre un autocar à Shiraz. Les voitures ne sont pas admises au parking à l’arrivée.Le tri du public se fait à 60 kms du lieu de la représentation. Donc point de resquilleurs, point d’invités-surprise. Divertissement d’un goût admirable, il invente un nouveau langage pour les 200 quidams  décrits plus haut et qui en plus ne comprennent rien!
    Aurait-il voulu illustrer que pour le peuple iranien des représentation en anglais ou en français n’ont aucun sens, et s’adressant uniquement aux occidentaux, les mettre une fois dans la peau des naturels des grands festivals internationaux, dénoncer leur caractère antipopulaire?
    Hélas, ce rêve n’est que le mien. Plus probablement, n’existe plus le Brook de “Vietnam”. Mais un mondain de génie, serviteur des grands de ce monde, et spécialement doué pour les séduire: Cardin venu entre deux avions s’est déclaré ravi. Le combat de Brook est devenu abstrait, illusoire.
    Dois-je dire “dépolitisé? Je crois être plutôt être en face d’une attitude droitière. Un de plus que la bonne presse va devoir prendre en charge. Ninon Karlweiss ne s’y trompait pas, qui négociait déjà la commercialisation de l’affaire.

remarque personnelle : AURORA serait sublime chez Artaxerxès!

RETOUR À PARIS

Beaucoup de grisaille, hélas

16-IX -      Le premier spectacle que je vois est: JE... FRANCOIS VILLON,pour la réouverture du Vieux Colombier. Marthe Mercadier a eu des avatars. Maintenant, elle est associée avec Canetti. JE... FRANCOIS VILLON s’annonce comme une production de la MAMA française. Ellen Stewart couvre en effet cette opération et elle fera le voyage de New York pour assister à la générale. Pendant 10 mois, une vingtaine de jeunes garçons et filles plus quelques ringards, se sont amusés à faire de l’expression corporelle, sous le prétexte de dire, chanter, crier des poëmes de François Villon. Ils ont malheureusement oublié d’apprendre à articuler? si bien qu’on ne comprend pas un mot à ce qu’ils racontent. D’autre part, il n’y a pas une attitude, pas un geste, pas un son, qui ne rappelle quelque chose de vu d’entendu déjà au fil de la mode! Un ennui mortel est distillé par la prétention de l’entreprise qui malgré les haillons et la beauté des oeuvres proférées (mais qu’en reste-t-il?), fait terriblement seizième! (arrondissement!). Rien n’est poussé au bout, et même la nudité semble n’avoir été montrée à un moment QUE parce que ça se fait! Dans le théâtre de recherche, une nana doit se montrer à poil, sinon elle n’est pas dans le vent! Assez. Je ne crois pas que cette création collective fera de vieux os. Pour moi, triste reprise de contact avec le théâtre parisien. Pauvre Marthe! Responsable: Frédéric Lambre.

22-IX -    LIBÉREZ ANGELA DAVIES TOUT DE SUITE, spectacle témoignage par la Cie José Valverde n’est volontairement pas présenté à St Denis sous le label du TGP. Ainsi les protagonistes veulent-ils indiquer que le combat qu’ils engagent pour la libération de l’héroïne noire américaine est le LEUR. Si des séquelles répressives surviennent, elles ne devront pas atteindre l’entreprise municipale subventionnée. Attitude justifiée par le fait qu’il s’agit d’un authentique spectacle politique, au terme duquel les spectateurs sont conviés à signer des pétitions. Valverde et sa troupe ont été reçus par un haut fonctionnaire de l’Ambassade  américaine, qui dans le courant de la soirée est théâtralement mis en accusation, non en tant que lui-même mais parce qu’il SIGNIFIE la politique de Nixon. Au niveau du texte de Valverde, on sent la hâte, les répliques écrites sur un coin de la table au gré des modifications de l’actualité (car le spectacle bouge : celui qui est montré maintenant n’est plus celui que j’aurais pu voir au Printemps dernier).
        Mais la DÉMARCHE est intéressante et réussie: il FAUT passer sur la maladresse de style et de rythme de certaines séquences. Il faut passer sur une relative puérilité. Il faut passer sur une complaisance des étirements: l’improvisation en est la cause.
    EFFICACE est le propos et POLITIQUE à tous les degrés. Cela m’a fait sourire: à l’heure où toute la presse pousse en avant les animateurs esthétiques purs, Valverde une nouvelle fois rame à contre courant à la mode. IL A TOTALEMENT, COMPLÈTEMENT, FONDAMENTALEMENT raison. Le TGP, sous son impulsion, est EXEMPLAIRE d’un refus de ressac mondain : communiste, il fait un spectacle communiste; et seul lui importe l’impact de ce spectacle sur son public, qui est son COMPLICE. Cela n’empêche pas que le spectacle m’ait fait songer, par le conditionnement qu’il inflige aux spectateurs, à Ronconi et au Magic Circus! Ronconi, parce que l’on fait entrer les gens dans des cages qui sont des vraies prisons. Ils n’y sont pas maltraités, mais ils pourraient l’être. Le Magic Circus, parce qu’on les fait JOUER, se mouvoir avec des caisses de coca cola en guise de sièges, danser. MAIS ICI, tout est justifié, va dans le sens de la démonstration à faire, est UTILE!!! D’ailleurs, les gens se laissent faire et c’est bien parce qu’ils sentent que la participation qu’on leur propose n’est pas seulement un jeu, mais EN PLUS, en engagement: OUI, et ce n'est que du théâtre. Mais c’est du théâtre engagé VRAI, comme je ne sache pas qu’on en fasse ailleurs qu’à St Denis ces temps-ci.
    Mon seul regret: que ce courage soit mis en service d’évènements qui se passent aux Etats-Unis.
    OUI, il faut les dénoncer, mais ICI, mais ici c’est relativement platonique. Je voudrais que Valverde, dans son prochain montage sauvage, stigmatise quelque chose qui nous touche NOUS, Français et Dyonisiens! O P.C., es-tu donc si content de ce qui se passe chez nous que tes indignations ne puissent s’exprimer qu’envers ces salopards de racistes U.S.? Ils le sont salopards, mais NOUS?

30-IX -    Répété au et pour le THÉÂTRE  de PLAISANCE, le DON JUAN de Max Frisch monté par Catherine Monnot et son théâtre POLYGÉNÉTIQUE est déraciné à la Biennale de Paris dans un lieu trop grand et froid. La représentation donne ainsi l’impression d’un brouillon. Il n’est pas aisé d’y voir clair dans les intentions de la réalisatrice et sur la fin on trouve ça longuet. Reste que ce spectacle incomplètement accouché et flou grouille de trouvailles intéressantes et personnelles et qu’il s’en faut de peu que ce soit un grand spectacle. Et d’abord, parce que la pièce de Frisch, pourtant “traitée” par Catherine Monnot au point de devenir surtout un prétexte, impose l’originalité de sa vision du “mythe” Don Juan, amoureux de la géométrie plutôt que des femmes et surtout indifférent à la personnalité de LA partenaire. Les couples, pour Frisch, sont des compléments sexuels qui s’échangent hors de la sentimentalité comme si toute femme était bonne pour tout homme et inversement, et ce à tout moment. Démystifiante de l’AMOUR, l’oeuvre l’est aussi du théâtre, remis en question comme propagateur de mythes. Point sérieux n’est l’homme de pierre, mais Don Juan couvert de dettes et acculé finira manipulé par une ancienne maîtresse qui le réduira à une vie sans aventure, l’attachera en se faisant attendre, et ira jusqu’à le rendre père. Là est l’enfer. On sait que je ne suis pas très friand des jeux auxquels se livrent parfois les auteurs modernes autours des grands thèmes, des Antigones à la Anouilh et des Électres à la Giraudoux.  Mais je dois dire que la vision de Frisch sur Don Juan m’a paru piquante, drôle, et - quoique rabaissante - vraiment originale. Catherine Monot a utilisé la pièce pour projeter - en somme - sa propre confusion face au monde. Je crois bien que c’est ça. Mon envie est de qualifier son spectacle de M.L.F. misogyne! Ne me demandez pas pourquoi? C’est une boutade que je ressens l’envie de lancer. Ce ne doit pas être pas hasard. Ce n’est en tout cas sûrement pas par hasard que toutes les filles semblent revendiquer et qu’elles soient toutes laides. Que leur jeu soit poussé à la caricature jusqu’à la grimace. Qu’elles soient affublées d’oripeaux sublimement grotesques. L’érotisme est absent mais il en flotte comme un parfum. L’impression première est que c’est mal joué, mais ce n’est pas vrai: c’est un style. Dérision du thème, dérision du jeu, il ressort du montage que RIEN n’est important. C’est un parti, mais en même temps, donne au spectacle un tour sans relief. J’ai parlé de flou, de confusion, d’indifférence. Ces mots vont dans le sens de ce qu’a fait Catherine Monnot, comme si les INTENTIONS avaient passé dans la façon même dont l’oeuvre est montée au lieu d’être téléguidée au spectateurs. Subtilité?
    Indifférence de Catherine Monnot elle-même, c’est-à-dire RENCONTRE avec Frisch au niveau le plus intime? Impuissance à montrer des gros plans?
    De toute manière, un travail curieux et sérieux que j’irai revoir au Plaisance. Peut-être aurais-je alors quelque chose à dire de plus clair. Ces lignes-ci sont comme le spectacle!

1-X -    Vu un quart d’heure d’un spectacle de l’ACTE à la Cartoucherie. S’agissait-il d’ODYSSÉE ou TOUT HOMME? Mystère! Dans une atmosphère sombre, les spectateurs debout vont  de lieu en lien. Des jeunes gens s’y trémoussent en disant des choses tandis qu’un zigomar inspiré leur balance de l’encens. A un moment, on fout une nana carrément à poil mais très provisoirement.
    L’air est recueilli, suspendu,, religieux. De quoi s’agit-il? Quel est le sens de cette démarche? Un programme aurait bien aidé!

Vu, à part ce quart d’heure, toujours à la Cartoucherie, au Théâtre de la Tempête, l’HISTOIRE DU SOLDAT de Stravinsky et Ramuz. En ai-je vu des HISTOIRES DU SOLDAT! Celle-ci a le mérite de servir l’anecdote CLAIREMENT. Je présume qu’on doit cette netteté au metteur en scène Jean-Marie Simon.Elle a aussi pour elle l’excellente direction d’orchestre de Diego Masson, et les apports de Jean Babylée, Jean-Marc Bory et Alain Roland. Ce dernier est remarquable en soldat. Un beau spectacle hors des nécessités.

2-X -    Claudine Vattier ayant téléphoné 12 fois pour que je revoie OVE qu’elle avait naguère présenté en audition à Marthe Mercadier, je me suis rendu ce samedi à 22 h au Lucernaire. C’est incontestablement un lieu qui marche. A la porte des boîtes, à celle du Café de la gare, devant le théâtre, il y avait queue. toute une jeunesse cosmopolite cherche et trouve là une certaine forme de dérision de l’art qui répond à sa sensibilité. Le guillocher est en plus un véritable combinard, un matraqueur publiciste, un actif. Son contexte n’est pas très sympa au niveau des conditions financières qu’il impose aux troupes (50x50 avec les premiers 150 Frs de la recette pour lui). Mais son dynamisme emporte l’adhésion. Margoulin pour margoulin, LUI s’occupe de son théâtre. Il conquiert, de ce fait, l’adhésion des troupes.
    En gros malin qu’il est, il s’est fait un spécialiste de la nudité. Chez lui, presque tous les spectacles débouchent sur des gens à poil. Ca confère une unité à sa disparité. Je demandais à Claudine Vattier par quel processus elle en était venue à introduire du nu dans OVE qui il y a 10 mois n’en comportait pas. Très franchement, elle m’a répondu que cela lui avait été “suggéré” par Le Guillocher et quelle avait accepté cette commercialisation parce que ça “ne la dérangeait pas”!
    Cette issue, pourtant importante, ne correspond donc pas pour elle à une nécessité. Disons qu’elle va dans le sens d’un spectacle qui est une protestation chantée et gesticulée contre les entraves à la liberté qu’impose le “système”. Démarche banale, mais qu’après tout on ne remâchera jamais trop. Avec entrain et gaîté, au gré de rythmes forts et très pop, Mitzi et les autres nous balancent des chansons de Mirouze d’où il ressort que la vie n’est pas ce qu’elle devrait être et tous ensemble, nous sommes contents de constater que nous en sommes persuadés. Un parfum vague de science fiction, d’hommes galactiques et supermen flotte sur la production, lui apportant son arôme personnel. Malgré ses efforts, Claudine Vattier ne parvient guère à être érotique. Le moins qu’on puisse dire est que son corps manque de féminité. Quant à Mitzi, on ne la voit pas: elle se cache derrière les autres. Les trois garçons exhibent des attributs décevants. Qu’importe tout ça est assez sain. Mais ça n’apporte pas grand chose. C’est une soirée dont je me souviendrait mal!

DE QUELQUES VIEILLERIES

5-X -    Décidément, tout ce que trimballe la compagnie Barrault a un côté poussiéreux. Repris au RECAMIER dans un décor de Félix Labisse et une mise en scène non signée de Roger Blin LE PERSONNAGE COMBATTANT de Jean Vauthier, va permettre à Michel Robin, qui joue le garçon d’hôtel, de se faire un triomphe. Il faut dire qu’il est admirable: attitudes, mimiques, il est habité par son rôle à un point exceptionnel. Servant la soupe à Barrault, avec fidélité, il se sert lui-même avec ART.
    J’aimerais en dire autant de Barrault, mais ce n’est pas possible. Non qu’il ne soit exact, fidèle aux intentions de l’auteur, au point par instants de lui ressembler. Mais IL N’EST PAS PRÉSENT. Physiquement il est là, son verbe est juste et sobre. L'atmosphère n’est pas dense. Et c’est dommage car par sa faute, l’oeuvre sort monologue. Le délire verbal de Vauthier, le torrent de mots écrits apparaît LITTÉRAIRE. Comme si le vieux Barrault  n’arrivait plus à s’identifier au personnage. Comme s’il courait après le Barrault de jadis, impuissant à le rattraper. Cette performance a un côté fatigué. C’est bien triste.
    D’autant plus que la pièce en prend un coup de vieillissement. Barrault dans sa quête entraîne Vauthier et donne l’impression - que je crois fausse - que la pièce date. Certes, cela tient à sa forme qui correspond à une époque où personne ne se posait la question des rapports scène / salle. Mais c’est surtout le jeu anachronique qui donne le sentiment éprouvé. Comme si Barrault n’acceptait plus la réplique finale et ne pensait plus que la vie vaille d’être vécue.
    J’ai ressenti un goût de mort. C’est dommage, car le sujet, le style, la construction de l’oeuvre portent déjà la marque du grand Vauthier. Fallait-il faire cette exhumation avec Barrault?

13-X -    Tennesse Williams, Françoise Sagan, Edwige Feuillère, Bernard Fresson, voilà une belle affiche: Barsacq n’a fait d’économie que pour le décor et le mobilier. Jacques Dupont a peint “pauvrement” l’environnement du DOUX OISEAU DE MA JEUNESSE (Atelier). Ca détonne dans cette opération commerciale.
    Que dirai-je de ce théâtre? Il fait songer au boulevard, de par sa forme et de par ses préoccupations. Mais il n’est pas drôle. A peine si en 2h30 on se laisse arracher un sourire. Est-ce parce qu’il semble SÉRIEUX que la presse a glosé si élogieusement à propos du spectacle? O poussière, que de crimes l’on commet en ton nom!
    VIEUX, VIEUX, VIEUX, tout est VIEUX dans cette déprimante exhumation d’une oeuvre médiocre qui date d’ailleurs, de 1959. Que de temps passé depuis lors: je ne PEUX plus désormais accepter physiquement mon rôle de spectateur face à ces personnages éloignés qui parlent entre eux de choses qui pourraient me toucher: la drogue, le racisme, la politiquaillerie malhonnête américaine, les amours adolescentes, la syphilis, l’intolérance, le conformisme bourgeois, la brutalité etc...; MAIS qui en parlent d’une manière qui m’est complètement ÉTRANGÈRE. Tous ces thèmes qui se croisent et s’entrechoquent restent actuels. Mais alors que dans un autre contexte, je pourrais écrire ici même qu’on n’en débattera jamais assez, LA, ils me semblent dater du Saint Empire Romain Germanique. La forme DÉSAMORCE le combat, et c’est tout de même une curieuse constatation à faire. Cela dit, ma réaction est-elle unique, c’est-à-dire partageable uniquement par ceux qui comme moi, sont aliénés par la trop grande fréquentation des défendeurs de l’Avant-garde? C’est possible mais pas sûr. Je crois ne pas me tromper en pensant que les épidermes de 1971 ne réagissent pas aux mêmes chatouillements que ceux de 1959. Ce n’est pas par hasard qu’autour de moi le public était vieux (ce mot ne signifie pas exclusivement que les gens étaient “âgés”). Il faut ajouter que l’inexistence de la mise en scène ( ne suffirait-il pas d’écrire “mise en place”? et encore!) de Barsacq, sa NULLITÉ, n’aident pas à ma compréhension. Peut-être si le climat avait été créé, si on m’avait fait éprouver l’atmosphère de cette ville du Sud ÉCRASÉE DE CHALEUR, certainement menée à la fasciste par une MAFIA (décrite par T. Williams mais ça passe et repasse sur la tête des gens sans se fixer) impitoyable, cruelle, protestante, si on m’avait JOUÉ la DÉCHÉANCE HUMAINE dans ce qu’elle a d’universel AUSSI DANS CE TEXTE, peut-être me serais-je laissé investir. Après tout, je ne demande pas à Molière ou à Tchekhov d’écrire comme Bénédetto.
    Mais RIEN n’est dirigé. Aucun PARTI ne se dégage. Les acteurs tirent leur épingle du jeu comme ils peuvent, madame Feuillère pas mal parce que c’est un vieux cheval de retour, mais Fresson très médiocrement, Monod très conventionnellement, tous faillotement. Je décernerai pourtant une mention à Paul Savatier qui m’a fait rigoler dans un rôle épisodique de journaliste à la voix cassée. Bref, une ennuyeuse soirée qui aurait pu, peut-être, l’être moins. C’est un succès parisien.

14-X -    Voir LA CERISERAIE de Tchekhov le lendemain est exemplaire tant à aucun moment, on n’y éprouve un sentiment de vieux ou de démodé. LA CERISERAIE est située dans le temps, mais c’est une oeuvre jeune, tant les motivations des femmes et des hommes qui l’habitent sont encore actuelles, tant la forme échappe à la notion d’ancien ou de nouveau. Le génie se passe de ces considérations. Personnellement, je suis d’accord avec la lecture de l’oeuvre que nous communique Pierre Debauche. Je la crois infiniment intelligente, juste, exacte, maintenue avec art sur un fil tenu flottant entre la farce caricaturale et le drame, théâtralisée sans naturalisme mais avec plausibilité, humoristique quoique bouleversante, critique et pourtant non distanciée J’ai ri, souri, pleuré. Je n’ai  pas éprouvé une seconde d’ennui. Le temps de Tchekhov, avec ses silences lourds, est fidèlement rendu, et la densité de l’atmosphère n’est jamais détendue. A l’exception - peut-être - de Catherine Sellers à qui il manque - sans doute - le côté évaporé qu’on prête d’ordinaire à Lioubov Andreevna Ranevskaïa, la distribution est simplement à mes yeux excellente. Je détacherai Lalande, admirable en vieux valet de la famille, Tabard, Françoise Danell, Dalia et naturellement L’inévitable et ineffable Lucien Raimbourg. La “scénographie” de Yannis Kokkos est belle (avec peut-être une légère réserve en ce qui concerne l’irréalisme un peu infidèle de la toile du 4 ème acte) et surtout astucieuse en ce qu’elle recrée la notion de théâtre à l’italienne dans le local des Amandiers, tout en la rompant par une pointe vers le public et en la détruisant au niveau de la symétrie.
    Complètement conquis et atteint par le spectacle, touché par l’humanité des thèmes entrecroisées, l’arrachement, le déracinement, bouleversé par l’éternel ratages des êtres même forts (c’est-à-dire une pièce sur la “conduite d’échec” pourrait-on dire et il se peut que cela me morde un brin intimement), je dois dire que cet enthousiasme rarement retrouvé par moi au théâtre, n’était pas entièrement partagé par mes co-spectateurs. “En quoi est ce concernant pour les gens de Nanterre?”, maugréaient deux jeunes gens. “C’est froid médical”, disait quelqu’un d’autre. Les objections fusaient de droite et de gauche.
    Chacun s’accordait à dire pourtant que LA CERISAIE était certainement LA MEILLEURE MISE EN SCÈNE de Debauche, fruit d’un travail approfondi et d’une recherche vers la réalité de Tchekhov, immense. Nul ne décelait l’ombre d’une gratuité. Bref, cette “lecture” ressortait personnelle mais fondamentalement étayée.
    On pouvait refuser le PARTI mais on devait reconnaître qu’il était magistralement proposé, avec un professionnalisme total, sans une bavure, sans une fausse note. “PRESQUE TROP PARFAIT” reprochait quelqu’un. Voire: ce n’est pas en tout cas une critique fréquemment prononcée.
    J’ai dit à Debauche ma joie. Je lui ai aussi dit mon désaccord avec les tableaux dûs à Jean Pierre Vincent par lesquels il fait saluer ses acteurs à la fin, pirouette complaisante qui détruit l’émotion provoquée par la mort de FIRS, oublié dans la maison abandonnée et qui se couche là où où il a toujours été esclave, fin d’un monde et d’une race. “Sans ça, on n’a plus qu'à aller se flinguer”, réplique notre metteur en scène. Et bien... peut-être. Mais qu’il laisse le choix.

LA REPRISE DE L’ODÉON

 Mi Octobre  :    C’est une initiative de Jacques Duhamel: Voici   le THÉÂTRE DE FRANCE rebaptisé ODÉON, THÉÂTRE NATIONAL. Des acrobates ont changé les lettres d’or au fronton de l’édifice. La signalisation dans le quartier a été rectifiée: FINI Mai 68, exorcisé.

 La COMÉDIE FRANCAISE récupère sa 2ème salle.

Ca n’est pas tout à fait exact. L’administrateur général Pierre Dux et la plupart des acteurs sont de la maison de Molière mais les gestions sont distinctes et surtout l’esprit annoncé: ici, les sociétaires vont faire du jeune théâtre.

Jean Pierre Miquel, jeune PDG Vème République est l’âme de cette opération. “Bonnet blanc, blanc bonnet”. Ce n’est d’ailleurs pour lui qu’un premier échelon. Quarante ans plus tard il dirigera la maison mère elle-même.

Quand même, le J.T.N. aura ses assises là: Loïc Volard, au talent bien connu dirige cette troupe constituée des non lauréats du conservatoire. JEUNE THÉÂTRE NATIONAL, la concurrence en perspective contre les jeunes non nationaux pointe son nez. Le regroupement s’achève, le système s’applique, les structurent se concrétisent, la grande famille des subventionnés s’élargit et commence à s’enfermersur elle-même.

“Gare! Soyons vigilants”, écrivé-je alors. Je ne peux pas m’empêcher de commenter : ma lucidité prémonitoire n’était, hélas, que trop affûtée. Vigilants, certains l’ont été, mais impuissants face au rouleau compresseur qui allait faire surgir un monde du spectacle à deux, puis bientôt à trois et quatre vitesses
   
15.X    C’est AMORPHE D’OTTENBURG de Jean-Claude Grumberg qui sert de spectacle d’inauguration. Pièce attachante, qui montre les dangers du pouvoir absolu, l’injustice sociale, la trahison des révolutions venue de la tête, l’aveuglément des hommes, leur veulerie, leur cruauté, leur sottise  La fresque se voudrait sheakspearienne. Elle n’y atteint pas mais serait-ce possible? La fin est singulièrement belle et désespérée, symbolique en diable, quoiqu’humoristique! C’est monté avec soin par Jean-Paul Roussillon dans un dispositif de Nicolas Politis très remarquable. Roussillon et lui se sont attachés à donner au spectacle une dimension verticale qui est très intéressante
    Les rôles sont bien tenus. C’est donc un beau et grand spectacle
    Mon envie en sortant a pourtant été de dire que c’était l’art de faire du vieux avec du neuf.
    D’abord parce que l’oeuvre est historicisé. Bien sûr, l’histoire de ce jeune prince prince assassin parce que fou, prétexte pour un bossu jésuitique à installer la terreur dans un royaume de fantaisie, est purement imaginaire. Et vous me direz que la transposition est un art qui n’a pas été inventé pour les imbéciles. Reste que ce parti accentué par la “fidélité” de la mise en scène qui a réussi à recréer le climat d’une aberration médiévale - m’ÉLOIGNE du contenu. “Diantre”, maugréai-je en moi-même, “n’y a-t-il donc plus de nos jours de fous sanguinaires qu’il faille aller les situer dans un conte de fées étranger et qui plus est, dans un pays qui n’est pas le mien, dans une Europe Centrale de convention? Ensuite, parce que quoique signifiante, la beauté de l’environnement qui m’est montré, ces grilles toiles d’araignées indicatrices d’un univers concentrationnaire qui rappelle plus les salles de torture du château de Chenonceaux que les chambres à gaz de Dachau, me donne un sentiment de “pesance” de lourdeur un brin prétentieuse, d’originalité, déjà vue. C’est l’univers de Dracula, c’est-à-dire un monde ANECDOTIQUE et qui ne m’atteint PAS. Personnellement, l’homme-oiseau qui passe toute la soirée à 8 mètres de haut, magnifiquement paré, figure “terrifiante” du DESTIN ou de la FATALITÉ, de la PERMANENCE de l’oppression, cet homme-oiseau m’agace en ce qu’il introduit la notion “d’autre monde”.
    Et puis c’est bien joué, ai-je dit, TRÈS BIEN par moments. MAIS CE N’EST PAS SOUTENU. Les comédiens français jouent Grumberg comme Racine, c’est-à-dire par à coups de morceaux de bravoure.
LE RESTE DU TEMPS, ILS SONT TERNES. ILS S’EN FOUTENT et cela sent un relent de “ménage”. Enfin, de toute manière, c’est une pièce classique avec des allusions modernes, jouée d’une manière classique par des comédiens de pas très bonne volonté moderne, dans une mise en scène classique qui ne cherche pas par prudence à dégager trop le moderne. D’entrée de jeu, le “nouvel” ODÉON se situe donc à mon avis EN DEÇÀ de ce qu’un René Rocher avait voulu en faire sous l’Occupation. La Vème République RÉCUPÈRE sa place forte du Quartier Latin au profit de son hypocrite libéralisme. MAIS QUI TROMPE-T-ELLE? Poirot Delpesch? Attoun? Gautier? Hum!

UN FESTIVAL EN POLOGNE

19-X-71 - 17h
    Le festival de Wroclaw n’est pas sans rappeler celui de Nancy par l’agitation de son organisation, l’affluence de jeunes qu’il déchaîne. J’écris ces lignes après m’être battu, trois quarts d’heure à  carte de presse brandie, dans le local éloigné où va jouer le PERFORMANCE GROUP.
    Maintenant, je fais la queue à l’intérieur entouré de mini-jupes. Les cheveux mâles par contre sont dans l’ensemble coupé serrés. La resquille se pratique de  ce côté ci du rideau de fer avec beaucoup de modération. On a acquis ici le sens de la discipline.
    J’avais pourtant lu à l’entrée des spectateurs, que Richard Schechner les faisait déchausser. Il ne l’a pas exigé à Wroclaw. Peut-être craignait-il la fauche! Cela dit, une fois dans le cénacle, je découvre à la lecture d’un papier qu’on me donne à lire, que ce n’est pas COMMUNE, comme annoncé, que je vais voir, mais CONCERT FOR TPG.
C’est le fruit d’un travail en commun entre le groupe et le Dr. Paul Epstein. Les spectateurs étant disposés en rond, il y a cinq pupitres disposés à hauteur normale et dans une circonférence plus petite 5 à ras de terre. Des partitions ouvertes montrent des lignes, des signes, des couleurs pâles. 5 acteurs, 3 hommes et 2 femmes vont d’un pupitre à l’autre et “chantent”, avec des mots d’abord, puis des sons qui dégénèrent en onomatopées et borgorysmes, une parodie de concert “moderne”. Leur sérieux est celui d’authentiques musiciens classiques. Leur sobriété est totale mais ce qu’ils font avec leurs glottes est cacophoniquement admirable et d’une étonnante variété, compte tenu du fait que l’exercice dure une heure.
    Le spectateur reste assez ébahi, ne sachant s’il doit rire ou rester sérieux. Les Polonais ont choisi de se comporter comme s’ils avaient été au concert, avec respect. Mais moi et quelques occidentaux, sentions poindre l’humour sous les raclements  de glottes , et  aussi au détour de certaines mimiques. Le texte dit est exactement celui de la déclaration à la TV d’Arthur Krause après le meurtre de sa fille en mai 1970. J’espère voir COMMUNE demain soir. Le PERFORMANCE GROUP se signale en tout cas par une excellente tenue dès ce premier spectacle.
Par André Gintzburger - Publié dans : histoire-du-theatre
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Vendredi 13 avril 2007 5 13 04 2007 23:43
19-X-71 - 20h
    L’ART COLLÈGE THEATRE GROUP de BRADFORD.
Grande Bretagne - est une troupe universitaire qui m’a assez fort fait songer à L’AQUARIUM. Le spectacle JAMES HAROLD WILSON SINKS BISMARK, est une création collective mise en scène par Albert Hunt.
    C’est une violente critique du “mythe de Wilson”, de l’hypocrisie travailliste et de l’impuissance social-démocrate. C’est aussi une charge contre “l’esprit de Dunkerque”, c’est-à-dire l’union sacrée après une défaite travestie en victoire. Une série de scènes anecdotiques racontent les principaux épisodes de la vie de Wilson. Deux tableaux se détachent: celui de la “vie aux colonies”, excellent et émouvant démontage du mécanisme capitaliste oppressif. Et celui de Smith le Rhodésien tenant tête à Wilson et proclamant son indépendance. Le tout est d’une certaine virulence et bien joué, d’une manière non esthétisée avec quelques bonnes idées de costumes, tel celui qui est ni un smoking, ni une vareuse militaire. Certains effets un peu appuyés font songer au boulevard. C’est de toute manière très anglais, contestataire pour l’intérieur, en un mot insulaire. C’est de qualité.

20-X-71 -    C’est la douche écossaise. Me voici à 17h assis dans un théâtre avec fauteuil numéroté où va se produire une troupe soviétique, le MANNEKIN ( de l’École Polytechnique de Tchéliabinsk). Je vais voir LE SOLEIL BRILLE PAREILLEMENT POUR TOUS, spectacle composé de trois “nouvelles”:
    - La Corneille de Cristof Merkel, “écrivain progressiste ouest allemand”,
    -LETTRES À UN CLOWN de François Corgèse
    - et enfin NOTE D’UNE POËTESSE INCONNUE (de deux noms russes).
    Sur chaque siège, un programme en caractères cyrilliques. Ce n’est pas bourré. Les acteurs et les actrices sont austèrement vêtus de gris : pantalon ou jupe stricte et pull over. La deuxième nouvelle se passe dans l’univers du cirque. Alors, il y a des costumes de piste, tout propres, tout neufs, bien repassés.
    Je ne comprends pas le russe mais le programme m’apprend que les trois nouvelles tournent autour d’un thème commun qui est celui de la recherche de la liberté intérieure de l’homme (ou du couple) face à l’AGRESSION de la société. Comme cette société est celle de l’URSS, cela suppose une certaine contestation. Mais la troupe est lauréate de plusieurs concours et d’ailleurs à la fin elle vient saluer avec sa médaille! C’est donc une contestation tolérée. Les mises en scènes sont simplettes et prétentieuses. Le metteur en scène qui joue le rôle principal dans la deuxième nouvelle respire un incommensurable cabotinage. L’agression du monde est signifiée par des “danseurs” qui se livrent à ce que j’appellerai de l’expression corporelle expressionniste! C’est-à-dire que tout est EXPRIMÉ LOURDEMENT. Le rythme des enchaînement est lent. L’idée du vieux phono relique qui passe un vieux disque en attendant d’être recouvert par la sono bruyante des temps modernes prouvait pourtant une belle nostalgie du passé, d’autant que le metteur en scène cabot le couvrait d’un oeil mouillé et de gestes dévots. NOSTALGIE DE QUEL PASSÉ?

21-X- 21h
    Noblesse oblige. On ne vient pas à Wroclaw sans visiter Grotowski et son Théâtre Laboratoire. D’autant qu’au programme il y a APOCALYPSIS CUM FIGURIS que je n’ai jamais vu. L’antre du maître est un atelier çis au 2ème étage d’une maison. Il n’y a qu’un plancher. Les spectateurs s’assoient le long des murs, par terre, en une rangée, pas deux. Deux projecteurs plaqués sur le plafond diffusent une lumière indirecte suffisante pour voir. Je n’ai pas bien compris le thème d’APOCALYPSIS CUM FIGURIS, si ce n’est que l’inspiration en est profondément religieuse puisque les personnages s’appellent Simon Peter, Lazare, Judas, Marie-Madeleine, Jean et LE SIMPLE. Ce dernier sert de jouet aux autres pendant les trois quarts du spectacle. Agressé, ballotté, torturé et quasi crucifié, il semble être vers la fin “fabriqué” Christ par les autres. Quoiqu’il en soit si le “message” de Grotowski m’échappe, si sa signification au niveau de l’édification du Socialisme me paraît profondément ésotérique, il n’en reste pas moins que la rigueur du spectacle, l’extraordinaire performance physique et vocale des acteurs, la violence, la sensualité sexualisée sans retenue et sans hypocrisie, la beauté des tableaux rituels montrés, le côté “sacré” de la cérémonie théâtrale, l’exactitude des déplacements, l’amour du feu, l’extrême simplicité des moyens mis en oeuvre (un pain, un couteau, deux bassines, des bougies), forcent l’ADMIRATION. C’est TRÈS GRAND et pour la première fois ici, loin de l’agacement que j’éprouve en France face au phénomène “mode Grotowski”, je ressens que cet apport est IMPORTANT. Mais il l’est pour son esthétisme et comme résultat d’une école. POINT pour son éthique. POINT pour son austérité pas rigolote! Je crois que les émules de Grotowski se trompent lorsqu’ils copient, en occident son univers. Ce n’est pas cela qui est à copier. C’est la technique. Elle est fabuleuse. Maintenant, il se peut que quand on a été élève du tyran, on ne puisse plus, après, faire aller l’un sans l’autre.

21-X - 23h
    Je crois que le triomphateur du Festival sera le PERFORMANCE GROUPE. J’ai déjà parlé de CONCERT. Ce soir, je vois COMMUNE, et c’est, je pense le meilleur spectacle que j’ai vu d’Amérique depuis le BREAD AND PUPPET! Le programme du festival et l’article qui y figure de Daniel C. Gérould, rendent parfaitement compte de ce qu’est le show. Je me bornerai donc à ajouter que  la nudité ne m’a jamais ici semblé gratuite, que la participation demandée aux spectateurs ne m’a jamais semblé déplacée ou agressive. On les fait pourtant déchausser. On leur enlève des pièces de vêtements sous le prétexte que TOUTES CHOSES APPARTIENNENT À TOUT LE MONDE. On les fait danser et chanter. Certains tableaux sont d’une très grande qualité, d’une beauté très pure, très inventée, comme par exemple le viol de la fille, comme par exemple celui de la pudeur de la même fille refusant de quitter ses vêtements parce qu’elle est enceinte et difforme (dans le texte) et a honte. Il passe un souffle d’humour et de mélancolie. C’est la quête de la jeunesse américaine vers la voie introuvable de l’Eldorado. C’est la condamnation de la violence. C’est POLITIQUE profondément et SANS NAÏVETÉ car pour la première fois ce ne sont pas des prosélytes que je vois devant moi venus d’Amérique, MAIS DES PAUMÉS qui disent leur détresse, leur angoisse. Ils le disent en grands artistes qui après tout savent faire tout autant de choses que les grotowskiens, mais LIBREMENT, avec décontraction et HUMOUR. Il faut faire venir COMMUNE à Paris. Je ne regrette pas mon voyage.

La vie d’un invité dans ce festival explique le marathon auquel je me livrais.D’abord, à l’arrivée, on vous distribuait un papier disant que le petit déjeuner n’était pas prévu, parce que, n’est ce pas, on savait que vous rentreriez tard la veille et que par conséquent vous auriez plutôt envie de dormir. Pour les repas principaux, nous étions supposés les prendre au restaurant de l’université, au terminus très lointain du tramway n° 5, mais selon des horaires très rigoureux qui obligeaient à choisir entre la bouffe, très spartiate, et les spectacles.
Le directeur, Boguslaw Litwiniec est pourtant longtemps resté un de mes amis. Il fallait évidemment du courage pour présenter le programme qu’il avait concocté dans cette Pologne “communiste”,si j’ose dire, car elle ne l’était en vérité qu’à travers ses mauvais côtés et je ne pouvais pas m’empêcher d’évoquer celle, tellement plus prometteuse, que j’avais connue lors du festival de la jeunesse de 1954.

21-X - 17h
    GONG 2
    Akademicki teatr. de Lublin (Pologne) joue un spectacle intitulé CHACUN. Le scénario, dit le programme, a été puisé dans des textes du XVIème et du XVIIème siècles. Il s’agit de la responsabilité de l’homme, face à ses actes, à la fin de sa vie. Les décors et costumes sont baroques, un peu à la manière du MARIAGE de Gombrowicz tel que l’avait en son temps monté Lavelli. C’est un travail sérieux mais qui, esthétiquement, n’apporte pas d’élément nouveau. Quant au contenu, je n’ai rien compris.

    20h
    A quoi bon rendre compte de HERBE, création collective du GRASS ROOTS de York (Angleterre). C’est surtout un Light Show avec musique Pop et des nanas peinturlurées qui se trémoussent en invitant les gens à danser avec elles. C’est du domaine de la “Party”.

   
23h-
    Ouf! Quel rythme de vie! Me voici maintenant dans une salle polyvalente primitive, en train d’assister à COMMENT CRÉER UNE FEMME, création collective du CARAVAN THEATRE, communauté de Cambridge (Mass. USA). C’est un spectacle féministe, mais qui a le mérite de stigmatiser la condition de la femme moins par rapport à l’homme que par rapport à la société.
    La représentation est assez curieuse, présentant des moments étrangement esthétiques dans les attitudes. Les trois femmes qui jouent, deux jeunes baisables et une vieille peau exhibitionniste hideuse, et les deux hommes, aux types sémites prononcés ont un jeu irréaliste mécanisé qui doit SIGNIFIER, je suppose, l’agression de la civilisation industrielle. Malheureusement, le parti n’est pas tenu jusqu’au bout et il y a vers la fin des moments bavards réalistes. Esthétiquement, il y a une recherche maladroite d’éclairages en light show. Le message est assez timide. Cette troupe ne va pas au bout d’elle-même et il manque à sa réalisation la VIOLENCE.

22-X - 17h      Je me pointe à l’école d’architecture à Happening entre une troupe tchèque, le Performance Group et le Grass. Il y a un monde fou. Trop sans doute, car il n’arrive rien. Je pars à 17h45.

20h
    L’ASTU d’Amsterdam installe le public en rectangle autour de la table familiale d’une famille hollandaise petite bourgeoise. Mais les différentes pièces de l’appartement forment des espaces au milieu des spectateurs. L’imbriquation du rapport scène-salle tourne ainsi au mélange.
    Influencés par Wilson pour la lenteur des déplacements et par Jean-Jacques Lebel pour les oeufs cassés, la poudre à laver lancée au hasard et le ketchup éclaboussé sur les gens, les acteurs jouent des scènes de la vie quotidienne, en les exagérant, ce qui signifient qu’ils les contestent. C’est honnête sans plus.

    Je n’ai pas pu tout voir dans ce festival. La troupe espagnole annoncée n’est jamais arrivée. Le groupe Kiss a eu des ennuis à la frontière tchèque à cause des cheveux longs peints en rose de sa vedette et a dû faire le détour par Marienborn, si bien qu’il ne jouera que dimanche. Do Onze était réduit à trois Brésiliens et je m’en suis abstenu. On m’a dit du mal de l’Architteabrul  roumain et du bien du Domino hongrois. J’ai su trop tard qu’une troupe polonaise, le groupe des huit présentait un spectacle sur les événements du Gdansk. Quant à Gelas, je n’ai pas pu entrer dans la salle où il se produisait parce que je n’avais pas de billet et qu’ici les contrôleurs ne badinent pas avec l’ordre. Ils sont même si brutaux que par moment on se croirait à Breslau et non pas à Wroclaw! D’après les échos, la première n’a pas recueilli l’adhésion de la majorité du public et la seconde a été interrompue par des contestataires hollandais. Le CHÊNE NOIR a alors choisi de donner en place de la fin d’AURORA un concert de Free Jazz.`

    D’une façon générale ce festival a été très secondaire. À part le PERFORMANCE GROUP, il ne m’a RIEN apporté. Si on veut tirer une conclusion, on pourrait dire qu’une dominante des CRIS disparates rassemblés ici à des niveaux artistiques. TROP inégaux, est la Résistance à l’AGRESSION du monde que fait la SOCIÉTÉ, qu’elle soit d’Ouest ou d’Est. C’est une ligne de force intéressante, car elle ressortit d’un choix visiblement NON CONCERTÉ. La jeunesse des troupes rassemblées confère à cette protestation une universalité qui a un sens, et qui est prometteuse de lendemains chantants.
    Rencontrés ici Marovitz, Haerdter et Mickery, Nughe et Lafosse ainsi que Maréchal (de Liège).

J’ai d’ailleurs partagé avec eux quelques repas excellents et copieux dans des restaurants privés très chers que ces bon vivants avaient dénichés
   
L’ORTF était absente mais la RTB était là. Une fille faisait un papier pour le nouvel Obs. Aucun journaliste français, hormis elle, n’était là.
Je rentre demain, heureux de quitter ce pays, et pas seulement pour retrouver mes attaches. Je ne m’y plais pas. Le communisme, ce n’est pas ça! Mais c’est une autre histoire...

ET PUIS DE NOUVEAU PARIS

28-X -    Pour qui rentre de Pologne LE RAPPORT DONT VOUS ÊTES L’OBJET joué à la Cité U dans une mise en scène d’André Louis Périnetti, ne manque pas de saveur, tant la transposition des errements du bureaucratisme décrite par Vaclav Havel est plausible dans l’univers aliéné des  démocraties populaires
    J’avais envie de dire: c’est ça! Exactement ça!
    Pour qui a vu l’ORGHAST de Peter Brook, l’invention, du langage simplifié de l’administration qui  se révèle incompréhensible à tous après avoir prétendu découvrir les voies de la communication, sonne comme une parodie, mais évidemment par hasard puisque la pièce est très antérieure au montage de Brook et qu’on ne saurait soupçonner ce dernier d’y avoir puisé son idée.
    On nous dit que le gouvernement tchécoslovaque s’oppose à ce que la pièce soit jouée.
    Franchement, s’il est contestable qu’il refuse cette critique (qui d’ailleurs ne dépasse guère le niveau du cabaret) pour ses spectateurs nationaux (alors camarades, avez-vous oublié que l’autocritique est une des mamelles du communisme?), on le comprend très bien de déplorer son galvaudage en occident. Le spectacle rend en effet un son réactionnaire et il ne peut pas en être autrement. Voyez, nous dit-on, comme ce système est mauvais, qui mène les hommes à de tels errements! à de telles dépersonnalisations! à de telles lâchetés! il est trop facile de s’en prendre à la faille du voisin. O metteur en scène de chez nous, et si vous vous occupiez un peu de NOS poutres au lieu de stigmatiser avec un courage sans danger (ici) les pailles des autres? EN l’occurence, qui ne connaît pas l’univers bureaucratique de l’Est  ne peut pas entrer honnêtement dans le jeu. On lui donne une clé partisane, une contestation qui n’est pas la sienne. Il sortira du théâtre avec le sentiment que ces gens-là ne sont pas comme nous et que ça va quand même mieux chez Pompidou. Voire! La réalisation du Périnetti est alerte, sans génie, un peu lourde au niveau des changements de décors. On rit pas mal d’une façon grinçante et pour les raisons que j’ai dites plus haut, pas très saines.
    Hussenot fait une composition de grand acteur. Bernard Lavalette est fallot à souhait.

29-X -    La soirée d’ouverture du PALACE m’emplit hier soir de tristesse. Après tout, j’ai failli être partie prenante dans le théâtre de Marie José Weber. A peu près à la même époque, il y a un an, j’y consacrai des forces et du temps. De loin, j’ai suivi les méandres de cet accouchement, et si je partageai de façon affichée le pessimisme de tous ceux qui de près ou de loin y touchaient, j’avoue que j’aurais été heureux que cette aventure soit une réussite.
    Ce n’est pas un échec complet: la salle existe, elle est ouverte, autorisée, chauffée, éclairée, ravalée, moquettée, belle et baroque. Elle force l’admiration. Elle plaît! Peut-être la suppression des fauteuils lui conférera-t-elle sa personnalité, comme l’a rêvé sa promotrice. Il semble vrai que le fait de s’asseoir par terre modifie le rapport scène salle. Les spectateurs se sentent plus libres. La position inconfortable  les désengage.
    Hier soir, ce fut à tel point que le texte de la pièce ne passa guère. Dès le début, des lazzis fusèrent, l’atmosphère était houleuse, hostile, méchante, comme si la rupture avec les habitudes libérait chez les juges du TOUT PARIS la hargne au lieu de l’Amour escompté. De jeunes imbéciles qui se seraient tus à la COMÉDIE FRANCAISE ou au GYMNASE, se croyaient, cul sur la moquette, le droit de chahuter, d’en appeler au MLF, de lancer leurs pets médiocres, de se défouler salement sans égard aux conséquences : une nouvelle salle ouvrait. Il fallait l’abattre. Que Diable, on n’est pas pour les initiations en 1971. QUI PAYAIT CES PERTURBATEURS? Le propriétaire qui a intérêt maintenant que la réouverture est faite, à virer dès que possible M.J.V.? Le syndicat des directeurs privés qui est CONTRE cette nouvelle salle qui risque de chasser de leurs sièges des spectateurs à 35 Frs? Ou tout bonnement de l’INCONSCIENCE? 

 LE CHE GUEVARA DE MALISSARD de John Splaling ne m’était jamais apparu comme une très bonne pièce. Mais à peu près lisible en manuscrit, elle est sortie inaudible à la représentation. Le style en est exécrable. Je ne comprend pas qu’en un an, on n’ait pas forcé Pol Quentin à réécrire un texte français évidemment bâclé. De plus, jouant sur l’HUMOUR et finalement TRÈS ANGLAISE, je ne la crois pas faite pour ce cadre qui a contraint les acteurs à GROSSIR un jeu, qu’il aurait fallu fin. J’avais aimé la transposition de base selon laquelle la vie du CHE était une vie à travers la bande dessinée d’un peintre minable, racontée par un écrivain médiocre.
    Mais ici, la drôlerie n’éclate pas et Jean-Claude Jay en Badel  pue littéralement la suffisance et la prétention. Son exposé ne sort pas “spirituel” mais pédant... et surtout con. Les scènes qui montrent des scènes de la vie du CHE, dont certaines se voudraient démystificatrices, audacieuses et provocatrices paraissent venir d’une planète éloignée. Elles n’atteignent pas, ne touchent pas, ne frappent pas parce que montrant cette oeuvre écrite comme je l’ai dit pour un petit théâtre, M.J.W. l’a en plus vue avec les yeux de la politesse. Ainsi, cette “réflexion” sur le CHE devient-elle puérile, inconsistante, bêtifiante. Peut-on parler de mise en scène? Il y a de ci de là des moments réussis, des idées amusantes. Il y a aussi un très beau dispositif d’Oskar Gustin, sans aucun rapport avec la chambre réaliste et misérable de Malissard décrite par l’auteur, mais enfin il est beau EN SOI. Il y a aussi une certaine mise en place des acteurs, voire un rudiment de parti qui indique une “direction”. MAIS l’édifice n’est pas construit. Quatre scènes maîtrisées ne font pas un spectacle. L’ensemble n’a pas du tout été dominé. Aussi, la représentation s’effiloche-t-elle peu à peu avant de tomber en loques sur la fin.
   
Triste PREMIÈRE donc.
    J’espère que la critique sera indulgente car au delà de ce misérable spectacle, il ne faudrait pas oublier qu’il pourrait y en avoir d’autres, dûs à d’autres réalisateurs. M.J.W. tenait à ouvrir avec une de ses productions “pour ne pas avoir l’air de se défiler”. Peut-être aurait-elle été mieux inspirée de consacrer ses forces aux problèmes techniques et administratifs qui l’assaillaient. AVAIT-ELLE LES CONDITIONS DU TRAVAIL CRÉATEUR? On en doute devant cette débâcle. Mais il serait NAVRANT que la conséquence de cette imprudence débouchât sur une fermeture par faillite! On aimerait que la leçon portât ses fruits et que M.J.W. y acquière la MODESTIE. Car cette lamentable issue a une MORALITÉ: EN 1971, l’AVENTURE SOLITAIRE est condamné pour qui n’est pas richissime. Elle est suspecte. M.J.W. a voulu faire croire qu’elle pensait “équipe”, “coopérative”, “collectif de travail” etc. Mais ceux qui l’ont approchée au cours de l’’année de gestation savent bien qu’elle mentait. Entourée seulement de serviteurs critiques là où elle pourrait l’être d’associés concernés, elle recueille le champignon vénéneux de l’ÉGOCENTRISME. Les gens de qualité ne suivent pas les petits chefs, surtout ceux qui se sont seuls décerné cette promotion. Je ne voudrais pas être ce matin dans la peau de l’ONANISTE M.J.W.!

30-X -    Tandis que la critique parisienne se remettait de ses émotions du PALACE à la COMÉDIE FRANCAISE où Jacques Charon proposait une nouvelle représentation du MALADE IMAGINAIRE, je me rendais dans les locaux glacés de la Biennale de Vincennes où Guénolé Azerthiope montrait un OPÉRA DE CHAMBRE intitulé L’APOLOGUE. Sous les yeux de spectateurs voyeurs disposés en gradins autour d’elles, huit personnes du meilleur monde dînent. Soirée bourgeoise guindée.
    Les plats passent de main en main avec une lente politesse. Chaque bouchée est avalée avec componction. Entre les plats sont débitées des sentences et des fadaises moralisantes, exaltant la société occidentale, et ses vertus. Périodiquement, le groupe chante, solis ou choeurs, et ce sont des Fugues, Arias, Récitatifs, Choeurs à capella, Chorals, Cantates, Bergerottes, Passions selon, Motets, Sonata etc. Le repas est réel et copieux. Les morceaux de piano, d’orgue, de guitare et de flûte sont bien joués. Les chants sont justes et parfaits. De cet ennui dû aux conventions montrées jusqu’au bout s’exhale avec une lenteur calculée ponctuée d’interminables silences, une énorme drôlerie. Sur un écran sont projetés des fragments de bandes dessinées et des photos dans le style d’HARAKIRI. Contre point de la bienséance du dîner, elles illustrent les phantasmes de ces êtres enfermés dans leurs règles, et leurs interdits, elles montrent ce qu’il y a derrière la carapace bienséante, elles rendent grinçant le comique.
    Je dois dire que c’est une réalisation TOUT À FAIT REMARQUABLE, efficace et percutante, d’une haute professionnalité, d’une impeccable tenue, d’une forme personnelle, originale. Guénolé Azerthiope se hisse avec cela à un très haut niveau. Il est seulement dommage que son propos tourne un peu court avec la projection en final d’un petit film très exemplaire en soi. sur l’aventure d’un Algérien en France, mais qui n’a pas grand chose à voir avec le reste. Allez voir l’Apologue! C’est l’intelligence anarchiste.
    L’utilisation de l’Opéra comme symbole des valeurs occidentales est géniale. Et puis, si vous n’avez pas honte, sachez que les restes du repas demeurent sur la table à la fin de la séance, et qu’il n’est pas interdit au public de s’en goberger!

Guénolé Azerthiope n’a pas eu la carrière qu’il aurait dû avoir. Voyez comme sont fragiles les souvenirs: J’attribuais dans ma mémoire cet APOLOGUE au théâtre de l’Unité. Peintre à ses heures, mais surtout contestataire permanent, J’ai déjà dit, je crois,  qu’il s’appelait en vérité Jean Marie Le Tiec, et qu’il avait inventé son pseudonyme en tapant (presque) dans l’ordre la première ligne des lettres d’une machine à écrire. Lassé petit à petit de n’être pas reconnu par les grands de la promotion, il s’est replié sur lui-même et a présenté dans son atelier des oeuvres que “le cercle des initiés” a apprécié.

10-XI - Cartoucherie - DOUGNAC a donc misé sa chemise et beaucoup de son avenir sur la pièce d’Horwath adaptée par Renée Saurel: CASIMIR ET CAROLINE, ou LA FÊTE DE LA BIÈRE, à Münich en 1932 lors de la montée du nazisme. Le propos du spectacle est de montrer comment la “fête” est dérangée par l’injustice des rapports sociaux soi-disant “démocratiques” de l’époque, combien elle est artificielle et ne correspond pas à une voie des hommes, parce qu’il y a collusion occulte entre les violents (nazis) et les profiteurs (capitalistes, hauts personnages), et parce que la misère pourrit tout, y compris l’amour et la morale. Casimir signifie pourtant un héros positif, puisque mis au chômage il conserve sa tête froide. Abandonné par sa bien aimée, il trouvera une autre compagne.
    J’avais cru comprendre, lorsque Dougnac m’avait expliqué son projet, que le public serait appelé à participer à la fête, qu’il se promènerait entre les baraques, serait agressé par les S.A., convié à boire de la bière etc...
    Mais ce parti n’a pas été tenu et le public est en fait disposé face à la fête, d’un seul côté, sur les gradins, et comme dans une salle de théâtre, sauf que la scène fait 50 mètres de large et qu’il n’y a pas de cadre. Dans ces conditions se crée un phénomène de dispersion. Il n’y a pas assez d’acteurs pour meubler l’espace, si bien qu’il n’y a pas d’atmosphère de fête. Le début ne suinte ni assez de flonflons, ni assez de sueur, ni assez de flots de bière et d’urine. Ainsi, le dérangement ultérieur est-il mal perceptible, d’autant que les scènes-clefs sont noyées dans la dimension excessive et ne sortent pas en gros plan. Le jeu des acteurs n’a au surplus pas été dirigé selon un style comme l’eussent fait Chéreau ou Jean-Pierre Vincent. Chacun joue réaliste et quasi “boulevard”, comme si même Brecht n’était jamais passé par là! Tout est ainsi terne, non abouti, insuffisant, pas impressionnant. Il n’y a ni une réelle ambiance de brasserie munichoise, ni une véritable flambée de violence. Dougnac n’a visiblement aucune idée de ce qu’est une fête bavaroise. Il n’a pas non plus vécu le nazisme et il n’en traduit que de façon très édulcolorée la brutalité. Sans parler de fautes: un S. A. barbu à cheveux longs! Une serveuse, jeune, jolie et mince, ça n’existait pas dans l’Allemagne de 32.
    Bref, je pense que Dougnac est passé à côté de son propos. Il ne l’a même pas “indiqué”. C’est dommage car je crois que la pièce est belle.
Par André Gintzburger - Publié dans : histoire-du-theatre
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Vendredi 13 avril 2007 5 13 04 2007 22:06
Carnet n°3

Quoiqu’exilé en Italie pour cause de faillite en France, Patrice Chéreau n’oubliait pourtant pas sa mère patrie.

12-XI -    Je confesse m’être emmerdé comme un rat mort à la représentation en italien de LA FAUSSE SUIVANTE de marivaux que présentait Chéreau à Nanterre dans le cadre du Théâtre des Nations pour un prix, selon Pierre Laville, exhorbitant. C’est une pièce de texte qui ne permettait pas à Chéreau de nous montrer un grand échantillon de ses talents picturaux. Le décor est celui des soldats. Une rampe aux néons éclaire le mur du fond et les acteurs jouent à contre jour, à peine soutenus entre eux et nous par des projecteurs plats. La mysogynie du réalisateur et celle du décorateur Jacques Schmidt se conjuguent pour rendre ignoble le personnage de la Comtesse. Marivaux est naturellement dégagé de toute légèreté et on assiste à un lourd drame larmoyant, souligné par le jeu très expressionniste et plein de ficelles des acteurs italiens. On me dit que ce spectacle a été la révélation du Festival de Spolète . Mais je le tiens pour un petit Chéreau. Il semblerait que notre génie l’ait monté sur son acquis, ses recettes. La langue étrangère est cruelle, qui avive l’oeil du voyeur en l’empêchant d’être aliéné par l’anecdote.

13-XI - “Tu ne fais pas ton métier, Gintz”, me disait-on de toutes parts, “si tu ne vas pas voir REAL REEL” de Frédéric Bral, par le THÉÂTRE LABORATOIRE VICINAL de Bruxelles. Me voici donc à 21h rue Cabanis, face à l’hôpital Ste Anne, dans une salle rectangulaire, assis sur une chaise. Deux hommes succinctement vêtus attendent le public dans une pose grotowskienne. Puis ils se mettent à gesticuler, à prononcer des phrases hors de toute intelligibilité et sans diction. Ils jouent avec des bâtons et s’en servent à des fins sexuellement signifiantes. Ca n’a ni queue ni tête, mais en lisant le programme, je vois que c’est exprès. Ca finit ex abrupto après plusieurs “ruptures”, à une heure très raisonnable.
    C’est donc un spectacle inspiré par l’école du maître de Wroclaw Il se distingue pourtant des autres - et ça, c’est BIEN - en ce qu’il n’est pas sérieux et ne se prend pas tel. On se marre quelquefois. Bref, la technique est mise au service d’un jeu gratuit, quasi canularesque. Point de message ni de mystique.
    Ce n’est quand même pas si important: un bon exercice. Mais le Public -relations de la troupe connaît bien son métier.

14-XI - J’ai vu LA BANDE À BONNOT au T.O.P. mêlé au public clairsemé du Samedi soir à Boulogne. Je ne sais pas pourquoi, -c’est en fait hors du sujet-, je me suis mis tout à coup pendant la représentation à méditer que si jamais la révolution ne sortait d’un théâtre, c’était parce que les gens de théâtre faisait bonne garde pour que RIEN au théâtre ne soit JAMAIS réellement révolutionnaire. En somme, j’ai pensé qu’ils agissaient comme des ramolisseurs et des édulcoreurs d’élans. Vielhescaze a ramené LA BANDE À BONNOT aux dimensions d’une bande dessinée. “Objectif” il a tenu, avec la complicité de Henry François Roy qui a pondu le texte, à souligner l’ambiguïté de Bonnot.
    Le personnage sort douteux et par conséquent la lutte que mène la société contre lui  sous la houlette du Préfet Lépine, n’apparaît pas injustifiée. Vielheseaze la veut ridicule. Mais il ne la condamne pas En fait, sa démonstration est plutôt anti-anarchie. La dépolitisation des anars veut éclater dans cette réalisation comme preuve pour les prolétaires du coin que cette voie ne peut-être ni valable (par l’isolement dans lequel s’enferment les terroristes), ni pure (par le fait que des éléments “douteux” ne peuvent pas ne pas s’infiltrer dans ces aventures brûlées), ni utile (puisque vouée à l’échec). J’évoquais en contemplant ce spectacle sans épaisseur, l’impact de Bonny and Clyde où le public était touché par le DÉSESPOIR des motivations. Ici, on m’a montré des fantoches, des pantins, des marionnettes, et cela m’a irrité car, - entendons- nous bien: je ne suis pas du tout anar et je ne crois absolument pas à cette voie - l’anarchisme est incontestablement une conséquence de la RAGE qu’éprouvent certains hommes ressentant leur IMPUISSANCE face à l’OPPRESSION de la SOCIÉTÉ; il est romantique et GÉNÉREUX, aberration estimable. Je reproche donc à Vielhescaze de l’avoir traité à la légère, désinvoltement, de l’avoir désamorcé. Et cela explique la réflexion que je signalais au début de ces lignes.
    Une fois dépassée l’irritation que m’a provoqué ce parti de minimiser l’ANARCHIE et acceptée l’idée qu’une fois encore les spectateurs périphériques n’étaient pas conviés à autre chose qu’ à un anodin divertissement, une fois effacée la sensation que cette démarche était dégueulasse, et rengainée mon ironie au souvenir des “inquiétudes” qu’exprimait Vielhescaze il y a quelques semaines quand il se demandait si son “audace” ne lui vaudrait pas des ennuis! (sic), je dois dire que le but du spectacle, faire rire aux dépends des anars comme des bourgeois, n’a pas été atteint. À part ma voisine et moi, et un monsieur au rang derrière qui fumait pendant la séance pour signifier sans doute sa qualité de contestataire, personne ne se fendait la gueule dans la salle et c’est avec un sérieux imperturbable comme sans réaction, que le public du TOP regardait le spectacle. Bien joué, bien réglé avec mouvement et rythme, quoiqu’avec une certaine lourdeur, l’espèce de western montré en toute surface,ne frappait pas non plus d’effroi. Le vent de l’indifférence soufflait sur la morne rue de la Belle Feuille. “Un beau travail de Vielhescaze”, m’avait-on dit. OUI. Ca en avait l’air, MAIS DE TELLES ENTREPRISES n’en sont pas moins des crimes contre le théâtre à l’heure où d’autres moyens d’expression frappent tellement plus loin et plus fort.

Commentaire a posteriori :

Dans les années 50 il y avait à côté du théâtre des Noctambules un petit et incommode théâtre frère qui s’appelait le théâtre du Quartier Latin et qui était ditigé par Michel de Ré. Il avait monté LA BANDE A BONNOT comme on le faisait à l’époque, sans chercher la signifiance au delà du contenu du texte. C’est peut être parce que j’étais plus jeune, mais il me semble me souvenir que l’impact était beaucoup plus fort. Il est vrai qu’on était dans un lieu de 80 places et dans un arrondissement de Paris que ne fréquentaient pas les banlieusards et qui se consacrait très ciblé au contexte anarchique. Juste avant ou juste après, il y a eu LES MARIÉS DE LA TOUR EIFFEL.

LE SIGMA de BORDEAUX

Je crois que j’ai le devoir avec quarante ans et plus de recul, de rendre un hommage appuyé à son initiateur et fondateur Roger Lafosse. Je n’ai jamais su quelle était sa mouvance politique, mais il avait le sens du “politique”et son festival, a été longtemps à la pointe de l’audace. Disons que son action se situait en la dépassant dans la mouvance de Chaban-Delmas, Maire de la ville qui rêvait d’une “nouvelle société”au point d’en avoir fait son slogan.
De quelle utopie, voire imposture, rêvait ce personnage de droite, va savoir, mais le certain est que Roger Lafosse, d’abord aux entrepôts Laînés, lieu informel du genre des halles de Paris, puis bientôt dans des hangars sur les berges de la Gironde, l’avait pris au mot en proposant à un public jeune avide de “changement”des événements qui furent longtemps en pointe de toutes les contestations. Le SIGMA, ce n’était pas Nancy, c’était autre chose, et d’abord parce que c’était orienté en priorité vers la créativité française, mais cela a  pour beaucoup aussiété un espace de reconnaissance et un tremplin. Je n’y ai fait cette année là qu’un bref séjour. Il fallait un Lafosse pour payer le cachet prévu pour pour la création qui fait l’objet de mon commentaire ci-dessous:

15-XI -    Je parlerai en janvier 72 du nouveau spectacle du GRAND MAGIC CIRCUS créé à Bordeaux au SIGMA: “LES DERNIERS JOURS DE SOLITUDES DE ROBINSON CRUSOË”. Ce n’était pas prêt et je présume que notamment sur les plans rythme et contenu, cela ira bien plus loin dans  deux mois. Disons seulement que cet opéra “romantique” où Robinson est incarné principalement par un chanteurd’opéra  qui sort de l’océan tout nu (eh oui, pour une fois c’est justifié!)et ensuite tue le temps en chantant du Gabriel Fauré,en compagnie d’un “Vendredi” qui lui sert la soupe, demande à être analysé politiquement.   Mais ici le “jeu” ne débouche que sur des scènes jouées, dansées ou chantées. On ne voit pas le dessein
    Disons  pourtant  mon admiration pour cette troupe, qui montrant un spectacle pas au point du tout, jalonné de gags involontaires et de changements interminables, sait récupérer les pépins et les errements à son profits grâce à son ART de l’IMPROVISATION. Grâce aussi au fait qu’elle n’a peur de RIEN, assume TOUT. Jusqu’à un certain point, le GRAND CIRCUS, c’est une école. en tout cas, il est exemplaire.

16-XI -    Je n’avais pas revu l’ORBE depuis l’ORATORIO CONCENTRATIONNAIRE, et les soubresauts qui avaient agité la troupe avec le départ de Numa Sadoul  m’avaient rendu méfiant. Aussi, en ai-je pris plein la gueule les voyant à l’Alhambra de Bordeaux dans le cadre du SIGMA, “L’AUTRE LA 2”, mise en scène de Irène Lambelet et Jean-Phillipe Guerlais.
    Cela n’a plus rien à voir avec l’ORATORIO. Ni d’ailleurs avec grand chose quoique cela fasse songer par instants à l’ OPÉRATION de Gélas. C’est à grand renfort de musique Pop, un CRI de la jeunesse CONTRE la guerre, CONTRE la société et ses hypocrisies. Une seule personne HURLE ce texte tandis que le spectacle est avant tout gestuel et déambulation d’une foule de cour des miracles jeune. l’important est que c’est SUBMERGEANT, que cela entraîne les spectateurs et que c’est FAIT jusqu’au bout donnant une certaine impression de PUISSANCE.
    Le CRI n’est guère référencié politiquement. Il est clameur sans plus. AInsi, une certaine ambiguïté m’a-t-elle gêné car aussi bien que gauchiste, cette vocifération pourrait être fasciste.
    Cela dit, de toute manière, c’est un spectacle qui remue. Il ne laisse pas indifférent. Il est donc efficace et utile. Il s’achève très joliment par les comédiens formant avec les spectateurs des petits groupes de discussion.

Qui se souvient de l’ORBE, d’Irène Lambelet et de Jean Philippe Guerlais ? Ce sont eux cependant qui ont les premiers inventé le théâtre de rue vertical: c’était sur la façade de la Maison de la Culture de Bourges, dont le directeur Gabriel Monnet disait : “j’aurai gagné mon pari de décentralisateur culturel le jour où on surprendra un jeune couple berruchon en train de baiser dans un couloir”  (c’était avant Mai 68).
Depuis le toit, plusieurs hommes et femmes faisaient une désescalade dont je me souviens seulement qu’elle était périlleuse, très spectaculaire et singulièrement efficace car, bien sûr, elle attirait vers le lieu infranchissable dans beaucoup de têtes  de la CULTURE une population locale étonnée.
Dans les compte-rendus qui vont suivre vont apparaître des noms de gens qui y ont cru, en qui on a cru, et qui sont oubliés

Et hélas, le CRI est 50 ans après, encore plus d’actualité.
 
PARIS ENCORE

Quand je dis “Paris”, évidemment cela veut dire région parisienne. Il est certain que j’étais plus souvent en banlieue que dans la capitale”. Parce que c’est dans cette périphérie que subsistait un ferment de théâtre comme je le cherchais, loin des vaudevilles du boulevard et même de certaines productions privées de qualité dont les discours ne m’atteignaient guère. Parce que je croyais au rôle social du théâtre. Je n’allais pas tarder à déchanter. Naturellement, il y avait des exceptions, comme celle ci (mais Chaillot était il bien en ce temps là un théâtre parisien?):
 
17-XI -    Jean-Pierre Vincent ne s’embarrasse pas de préoccupations sur les rapports scène-salle ni sur la création collective. Metteur en scène tel son ex complice Chéreau, il monte des grands textes. En l’occurrence, ici au TNP Gémier, la pièce de Rezvani CAPITAINE SCHELL CAPITAINE ESSO. Sur un navire à la dérive, que ses “enfants” ont abandonné et dans les cales duquel la révolte gronde, d’abord contenue puis triomphante, un monde à la frontière de la mort agonise, figé et sinistre, fait de transpositions non déguisées de Niarkos, Onassis, La Callas, Jacqueline Kennedy etc... : Rois du pétrole s’épiant les uns les autres mais UNIS face au reste du monde, jouisseurs, fatigués, désabusés, indifférents et leurs serviteurs, flics experts en tortures diverses, majordomes et masseurs, tous sans scrupules et d’ailleurs ils n’ont pas le choix, cruels, s’ennuyants terriblement, mortellement. La première partie est un peu longuette. Rien n’est plus difficile évidemment, que de rendre vivant un univers mort. Mais la deuxième partie soutenue par l’”anecdote” de l’assassinat de sa femme par Niarkos, puis de l’”enquête” postérieure, est admirable et prenante. Le tableau final où tous ces puissants sont pendus et échangent des propos dans la mort est d’une très grande beauté.
    Le spectacle est du grand Vincent. Dégagé du souci de se faire valoir en tant que lui-même, il sert en l’espèce avec fidélité et art un texte essentiellement subversif, fortement dénonciateur et exceptionnel de forme, puisqu’à la destruction d’une classe il surajoute celle d’un langage. Le rire fuse de certains gosiers dans la salle, mais pas de tous. C’est une représentation “conventionnelle”, mais qui prouve que quand on a quelque chose à crier, la manière dont on le fait importe peu pourvu qu’elle soit talentueuse. J’ai assisté à une grande soirée UTILE.

19-XI -    Dans la catégorie des soirées vraiment pas exaltantes, TIMON D’ATHÈNES de Shakespeare par L’ENSEMBLE THEATRAL DE GENNEVILLIERS est à marquer d’une pierre grise. Dispositif brechtien autant dégagé de la couleur que possible, jeu distancié sans morceaux de bravoure ni éclats, 3h15 de spectacle, les laborieuses populations de la ceinture rouge de Paris n’ont pas à se plaindre. Elles sont servies copieusement et dogmatiquement à souhait. Il n’en est que plus étonnant de voir à quel point elles fréquentent peu la salle des Grésillons. Ce vendredi soir, nous étions une cinquantaine en tout dans le local pourtant transformé très positivement pour une meilleure accoustique et une communication plus présente. Je ne voudrais pas avoir l’air de mettre en avant mes dadas, mais Shakespeare ne serait-il pas pour quelque chose dans cette fuite? TIMON est un riche noble insouciant qui traite si fastueusement ses amis qu’il s’en trouve ruiné et même couvert de dettes. Les “amis” se détachent alors de lui et il fait connaissance avec l’ingratitude. Seuls lui restent fidèles ses serviteurs et surtout son dévoué intendant. Il découvre un trésor, ce qui lui permet de se venger un peu. Mais écoeuré par les hommes, il se fait quelque chose comme ermite. Naturellement, on peut tirer de cette histoire des enseignements: que l’or corrompt tout, que la bourgeoisie a joué à une certaine époque un rôle “révolutionnaire”, que tout ci  et tout ça je ne vois à dire vrai pas bien quoi, qu’en tout cas les riches sont des écervelés ou des salauds. Reste que la “truculence” est réservée au “bas peuple” ignare et grossier, et que cette histoire n’est pas parvenue à m’atteindre car j’en suis demeuré complètement éloigné. J’ai souvent songé à VOLPONE, sauf que je n’ai pas rigolé une seule fois. Je dois dire que si la mise en scène est exacte et rigoureuse, j’ai par contre été frappé par l’insuffisance de certains acteurs. Quant à la traduction dûe à un travail collectif de l’ENSEMBLE THEATRAL DE GENNEVILLIERS, elle est tout simplement inaudible, rocailleuse, impossible à mettre en bouche, épouvantable. Phrases interminables et “imagées”, la colère m’a plusieurs fois soulevé de mon fauteuil!

20-XI - Nicolas Bataille a acquis le PIGALL’S. Il a très joliment arrangé ce cabaret en petit théâtre tout rouge et roccoco. HANAFUDA qu’il y présente est malheureusement une pièce tout à fait incompréhensible à la sensibilité occidentale. Il y est question de rapports entre les vivants et les morts qui nous sont trop étrangers. Rougerie joue un croque mort, Catherine Hubeau très enlaidie, une jeune fille partagée entre l’amour d’un voleur vivant et d’un rêveur mort. Richard Leduc incarne ce dernier. Je cite ces noms pour bien indiquer que la distribution (nombreuse) a été choisie à un haut niveau. Hélas la mise en scène semble inexistante. C’est une japonaiserie qui ne nous apprend et ne nous apporte rien. Ca se situe dans le facile. J’ai été très déçu.

 CARRIÈRES – ITINÉRAIRES - PARCOURS 

Aviez vous entendu parler de Claude Cyriaque dont j’ai déjà parlé et qui semblait tel le Sphinx renaître constamment de ses cendres? Méritait il cette indifférence, puis cet oubli?

25XI -    J’ai fini par découvrir à force d’obstination que LES CUISINES DU CHÂTEAU de Claude Cyriaque se jouait au Théâtre 71 de Malakoff. J’ai assisté mêlé à une trentaine de personnes, à une des plus belles performances d’actrices que j’ai jamais vues: celle de Maria Casarès, qui est tout simplement sublime... et d’une irrésistible drôlerie dans certains morceaux de bravoure. Étrange et belle pièce qui semble un peu déracinée dans ce cadre banlieusard, LES CUISINES DU CHÂTEAU montre un univers très chaotique qui est fait de quelques réminiscences (LE ROI SE MEURT - Beckett- Le Fuentès) et de beaucoup de personnalité. Cyriaque a son style, où l’horrible glisse sous la plaisanterie absurde. Nous ne nageons pas dans le surréallisme mais dans un réel accentué et rendu DÉRISOIRE. Le roi et la reine gouvernent avec autorité un monde en fin de course constitué de dindons tous condamnés à mort puique l’industrie de l’Etat est la plume ,et de bébés industriellement conçus qui vagissent et qu’on baillonne pour les faire taire, un monde où le concentrationnaire” est poussé à fond et comme transcendé.
    L’oeuvre est donc intimement politique et on pourrait dire qu’elle traite du grand vent glacé du fascisme. MAIS surtout, c’est le portrait d’un monde clos où les gestes humains ont perdu leur logique et quasi leurs sens. D’où le dérisoire. J’y reviendrais à tête plus reposée.
    Le spectacle est pauvrement mais TRÈS bien monté avec des plumes qui voltigent et des costumes devenus loques qui expriment très bien l’univers décrit. La mise en scène est inventive et (presque trop) rigoureuse. Bref, il faut aider, ce spectacle qui est un des meilleurs de l’année à sortir de la confidence.

Par contre la “résistible” ascension d’Antoine Vitez figure dans toutes les anthologies.

1-XII -    A la salle des fêtes de Nanterre, Antoine Vitez poursuit son expérience de contact avec le public des quartiers en présentant ÉLECTRE de Sophocle agrémenté de textes de Ritsos, dits en grec par une belle voix chaude enregistrée au début, à la fin et aux points de rupture, récités en français par les acteurs à des moments de la représentation par une sorte de glissement d’un univers sur l’autre. Il paraît que par perfidie, Pierre Laville m’avait mal placé parce que d’où j’étais, j’avais une vision globale du spectacle alors que Vitez l’a monté (je cite) pour que chaque spectateur n’en ait qu’une vision fragmentaire. Le public n’était pas très prolétaire. Il était composé principalement d’étudiants. Selon Vitez, il était beaucoup trop nombreux. Nous étions environ 200 dans la salle! Monique Bertin m’avait dit son enthousiasme. Sont-ce les mauvaises conditions qui m’ont été imparties ou ma mauvaise humeur chronique de ces temps-ci? Je n’ai pas partagé ce bonheur.
    Et d’abord parce que la démarche m’a semblé inutile. Jouer cette version compliquée pour atteindre des gens censés n’aller jamais au théâtre n’a de sens que pour l’esthète qui se complaît dans l’illusion de faire un travail populaire, alors que son oeuvre ne peut que passer par dessus la tête d’un égaré qui aurait cru qu’on avait pensé à lui en le conviant. De toute manière, au mieux, cet innocent n’aurait été convoqué que pour voir du BEAU hors de tout contenu concernant pour lui.
    L’action de Vitez rejoint donc celle des animateurs à la solde du gouvernement pour qui la culture doit endormir le peuple plutôt que l’éveiller. Nous sommes loin de F.F.K.! D’autre part, je dois confesser que tout m’a semblé gratuit dans le spectacle à commencer par le mélange Sophocle / Ritsos. Tout le monde a l’air de trouver ce salmigondi sublime, mais moi, je trouve qu’il n’aide pas à l’intelligence des textes de l’un et l’autre auteur et que la juxtaposition joue en négatif. Rien ne me semble la justifier qu’un itinéraire obscur dans l’âme du réalisateur. Le moins qu’on puisse dire est que ses motivations sont ésotériques.
    Gratuit aussi le parti du jeu inspiré aux acteurs par le metteur en scène. Entre des phrases dites sur un ton apparamment réaliste, ils se mettent soudain à vociférer un mot ou un membre de proposition, voire une période et toujours sur un ton qui dépasse les intentions. C’est un style certes, mais je n’y entre pas. Je ne comprends pas à quelle necessité, il correspond. Le maquillage verdâtre grisâtre infligé aux acteurs et actrices m’a d’autre part été pénible à supporter. Voilà. Il m’a semblé assister à une manifestation snob et ce qui m’a le plus irrité était sa destination, soit disant vocation populaire. Il m’apparaît que Vitez se fout du peuple comme de l’an quarante. Je n’aime pas la malhonnêteté.
    Cela dit, qu’il soit clair que ces réserves jouent sur un spectacle de haute tenue, parfaitement réglé et conçu, joué avec rigueur. Bien sûr, c’est de la qualité.

2-XII -    Assisté à Nanterre, aux Amandiers, à un spectacle tchèque ( le théâtre de Gilina) mélangeant marionnettes et expressions corporelle. C’est très court, assez joli et astucieux, avec des bonnes idées qui ne vont pas très loin.

3-XII -    Vu à la GAITÉ MONTPARNASSE le PRÉCEPTEUR de Lenz / Brecht monté par Mehring. On a envie d’appeler cela “Le joyeux précepteur”, tant tout est tiré à la caricature, voire à la farce. J’ai bien rigolé.

UN GRAND SOUVENIR

4-XII -    L’HOMOSEXUEL ou LA DIFFICULTÉ DE S’EXPRIMER est, me semble-t-il, le premier évènement réel de la saison. L’analyse est assez difficile à faire car la pièce de Copi aborde les problème du monde par un biais qui m’est exotique. Comme vous le savez, l’homosexualité m’est assez étrangère. Reste que je vous dis: “Courez à la Resserre, et d’abord  pour voir Raymond Jourdan et Copi  lui-même qui s’y livrent à une extraordinaire performance d’acteurs d’une irrésistible drôlerie. Je dis “d’acteurs”, je devrais dire “d’actrices” car ils incarnent deux étonnantes bonnes femmes, l’une mère et l’autre professeur de piano d’une jeune fille russe fort dépravée.
    Ensuite, parce que c’est une oeuvre complètement subversive et destructrice. Les remises en cause passent par le sexe, dont l’ambiguïté est constamment mise en évidence.
    L’univers de ces Russes passe par le Maroc où l’on change de sexe comme d’autres se font avorter en Suisse, et par la Chine, Eldorado espéré  lointain. Il est scatologique; la jeune fille fait sous elle. Elle rejette en bloc le monde, renfermée et de total REFUS. Elle a des “accidents”, se casse une jambe, se coupe la langue avec ses dents. Elle est rebelle au sens le plus profond du mot.
    En même temps, le monde décrit est désuet. On nage dans une sorte de bourgeoisie complètement décadente où les convenances ne sont plus que des caricatures. Tout bascule, tout s’effondre. On songe au Genêt des BONNES mais en vérité Copi plonge plus loin dans la négation des valeurs. C’est une FIN DE PARTIE totale. On le voit, j’emploie les mots “complètement”, “total”, “profond”. C’est qu’ici, TOUT VA JUSQU’AU BOUT. et c’est bien sûr, ce qui fait l’exceptionnelle qualité de ce CRI intimement personnel, littérallement projeté sur l’universel parce qu’au fond  il s’attache à l’essence-même de notre civilisation.
    Cela dit, n’allez pas croire à un spectacle sinistre. On rit constamment, et sans  arrière goût. On en a pas honte. On nous montre un effondrement complet, mais c’est à hurler de rire.
    Je crois que Lavelli a fait un admirable travail sur les acteurs. Lui aussi sait aller au bout des choses et de lui-même. La non médiocrité passe par la TOTALITÉ. Il y avait peu de monde à cette première peu annoncée. Mais dans l’audience, il y avait Victor Garcia, Alain Crombecque, Claude Régy, Arrabal et moi-même. Ce sont des signes qui ne trompent pas.

Quarante ans plus tard, le théâtre de la Cité Internationale dirigé par une personne que j’avais estimée auparavent, Nicole Gautier, a offert son lieu à une compagnie dont je préfère avoir oublié le nom, qui a sans vergogne annoncé un spectacle  appelé : “L’HOMOSEXUEL OU LA DIFFICULTÉ DE S’EXPRIMER.  Or il s’agissait d’une bluette chantonnée par des filles très (trop) convenables qui, à l’évidence, étaient passées à côté du message de Copi, ou plutôt, pire, l’avaient détourné au profit d’on ne sait quelle aberration esthétique de bon goût. Le scandale venait surtout de ce que la publicité  n’annonçait en rien qu’il s’agissait d’un divertissement de jeunes femmes autour d’un vague canevas. Des jeunes qui n’avaient jamais connu rien de Copi mais qui en avaient ouï causer, sont venus pour le découvrir.J’ai dit ,à Nicole Gautier ma colère devant cette trahison, que dis-je, cet enterrement.
Et je l’ai désormais classée parmi les fossoyeurs d’une certaine idée  du respect que l’on doit à certains créateurs. Je sais bien que Shakespeare, Molière, bien d’autres Tchekhov,sont accommodés à des sauces souvent bizarres par des “jeunes” en quête d’une imagination qu’ils n’ont pas sans marchepied.  Mais ces classiques là n’ont rien à perdre. Copi oui.

SURVOL DE QUELQUES SPECTACLES OUBLIÉS

 7-XII -    Dominique Houdart présentait cet après-midi son ARLEQUIN POLI PAR L’AMOUR, devant quelques personnalités professionnelles. Naturellement, tout le monde a fait la fine bouche. Or le parti adopté, des grandes marionettes grotesques maniées à la manière du Bunraku, tandis que le texte est dit par deux personnes, méritait l’intérêt, pour le moins. D’autant que ce parti est tenu jusqu’au bout, avec une grande rigueur et un incontestable professionnalisme.
    Marivaux sort de cette épreuve de lenteur décortiqué à zéro. La féérie est améliorée par l’apport des marionnettes qui sont belles et hideuses à la fois et échappent aux dimensions de la pesanteur et aux contingences des costumes de scène. La performance de l’acteur et de l’actrice qui lisent tous les personnages est évidente. C’est pourtant le point contestable du spectacle. Quelqu’un parlait de pléonasme entre cette lecture toujours “composée” et l’utilisation des poupées. C’est assez juste. Houdart tombe un peu dans le piège où il s’était enfermé pour ANDROMAQUE en ce sens que quelques idées excellentes ne font pas une soirée. Pendant dix minutes, on est admiratif devant l’intérêt de la démarche et de la réussite de son esthétisme. Seulement, cela ne se renouvelle pas. Et  je ne vois pas au surplus comment cela aurait pu se renouveler. Houdart dit que son spectacle est très efficace sur le public normal. Peut-être. Je ne sais pas.

10-XII -Pour un soir, un seul soir, le PALACE a trouvé son sens. Le Folidrome, issu du “Théâtre d’Expression de la Résidence Universitaire d’Antony”, y présentait POURQUOI LES CLOWNS. Il y avait dans la salle 500 jeunes trouvant justifié de s’asseoir par terre, mais qui fument tout naturellement dans cette position pour le plus grand dam de la moquette de Mme Weber. Le spectacle est proche de celui de l’ORBE de son contenu qui est une protestation de la jeunesse envers le monde dans lequel on la fait vivre. Cri de rage et d’espoir qui ne manque ni de drôlerie par moments sous forme d’humour noir ou agressif, ni d’esthétisme. Il y a des tableaux réellement très beaux. Mais c’est surtout essentiellement du théâtre combat. “A la limite, le théâtre, on s’en fout”, disait à la fin un animateur du groupe. Et cette attitude indique que c’est l’efficacité de l’action qui est recherchée. L’”Art” est à son service. Et c’est très bien. Cette troupe est à suivre avec attention. Elle est certainement une des meilleure du genre. Marie-José Weber a brillé par sa connerie durant cette soirée, faisant descendre le rideau de fer juste à la fin, éteindre les lumières pour que les gens, qui causaient paisiblement, évacuent la salle. Je crois qu’elle avait  détesté le spectacle! Pauvre Marie-Jo qui a construit un théâtre pour CE TYPE-LÀ de manifestations et n’en fera plus jamais sans doute.

14-XII -    Lucernaire, 20h30

    FEMME + FEMME = FEMME d’André Halimi, réalisation de Voutsinas, joué de façon piquante et légère par Isabelle Ehni et Gaby Sylvia brille par sa remarquable nullité, son indigence et son inintérêt.

    Par contre à 22h, POLICE de Mrozeck mis en scène par Le Guillocher est une manière de petit chef-d’oeuvre. Il s’agit d’une fable paradoxale, puisque elle suppose (l’auteur est polonais, ne l’oublions pas) un pays où le peuple entier serait si intimement d’accord avec la POUVOIR que toute police y serait devenu inutile. Depuis dix ans, le chef de police garde jalousement lui-même son dernier “politique”. La pièce commence quand celui-ci vient faire son autocritique et son repentir. Ainsi, la police n’aura-t-elle plus la tâche! Elle tâte de la provocation, mais le provocateur se fait quasi lyncher! Bref, vous voyez. Cela dit, après un premier acte brillant, la pièce s’étire un peu. Mais c’est sain ,tonique et réjouissant.

15-XII -    Vu à Sartrouvilles le PUNTILA de Rossner. C’est un grand long lourd spectacle de 3h30. Aucune coupure n’a été pratiquée dans l’oeuvre qui est montée avec une rigoureuse exactitude brechtienne. C’est Jean Martin qui joue Puntila et il a par moments l’air du colonel de la BATAILLE D’ALGER. Plaisanterie mise à part, il est remarquable. C’est Pia Colombo qui chante la partition de Dessau. Je me faisais réflexion que je déteste décidément la musique de Dessau, qui me semble antipopulaire au possible. La pièce m’a semblé un peu méandreuse. D’après ceux qui ont vu le PUNTILA de Wilson, l’ascension finale était mieux réussie par ce dernier que par Rossner.

 17-XII- Sorte de Scapin Latino-américain, je suis convaincu que sous ses dehors de farce, le TESTAMENT DU CHIEN d’Ariano Suassuna révèle un contenu social critique. Mais la représentation qu’en donne le jeune Théâtre National dans une mise en scène de Guy Lauzin fait tout ce qu’elle peut pour que cet aspect “glisse”. Tout a était sacrifié à “l’enlevé”. Ce ne sont que pirouettes et gags. Les mouvements des personnages sont vifs mais gratuits. Tout est montré joyeux, y compris le moment où les voleurs, qui sont aussi des justiciers, et peut-être des révolutionnaires, fusillent tout le joli monde qu’on a vu évoluer sur la scène. C’est l’art de noyer le poisson et c’est vraiment malgré Lauzin que la pièce montre le bout de l’oreille. J’ai bien aimé l’acte qui se passe au ciel, où l’on voit un Christ nègre (très bien joué par Bachir Touré) et une Sainte Vierge un peu saoûle. (Je n’ai pas bien détecté si c’était voulu mais ça allait en tout cas dans le sens d’une certaine contestation de la religion qui était assez de mon goût). J’ai aprécié à sa juste valeur la fin où le magot objet des convoitises finit à sa vraie place utile, c’est-à-dire dans le trésor de l’église du village. Voilà une belle moralité, non? Je ne sais quel public aura le J.T.N. mais celui qu’avait invité Guette pour cette soirée réservée où j’ai été admis comme une hirondelle dont on n’a pas besoin pour faire le Printemps, n’était composé que de vieux croûtons. À part Planchon que le hasard a placé à côté de moi et qui rêvait que s’il avait eu l’idée de rajouter un acte à l’INFAME qui se serait passé au ciel il aurait évité le phénomène de censure - (j’espère qu’il n’est pas devenu pédé, je lui ai trouvé un petit côté Chéreau!), et Touchard, je n’ai rencontré personne de connaissance.

21-XII -Très déçu par le nouveau spectacle de Jean-Pierre Bisson. “L’exemplaire histoire de la condamnation, de la grâce puis de l’élection du lieutenant William Calley, marchand d’armes et champion de l’ordre nouveau”, pièce que Bisson co-signe avec un nommé Ali Raffi, est aussi loupée que son titre est snob. C’est une série de scènes décousues, mal liées les unes aux autres et souvent confuses, qui retracent la vie d’un militaire américain faciste vivant dans une Amérique exclusivement peuplée de facistes. Sans connaître visiblement l’Amérique autrement que par ce qu’ils en ont lu de ce côté-ci de l’Atlantique, les auteurs jettent un cri fragmentaire qui ne peut que sonner faux aux oreilles de l’objectif. En plus, on se demande bien pourquoi Bisson s’en prend avec cette vigueur à la poudre dans l’oeil du voisin et quel est le sens du remplacement de la PASSION DE MALRAVY qu’il devait monter par cette élucubration anti-américaine. C’est joué avec une apparente conviction par quelques mâles et une fille, Françoise Vercruysj en plus une autre fille pour une scène de trente secondes. Quelques culs dénudés apparaissent de-ci, delà pour illustrer les turpitudes de l’armée des Etats-Unis. Des culs masculins, bien sûr selon la mode actuelle. Ah! Quand reviendrons-nous aux Académies féminines. Franchement, je ne suis peut-être pas normal mais je les préfère! Je voudrais bien avoir autre chose à écrire sur ce spectacle, mais ça ne vient pas. en vérité, je crois qu’il n’y a rien de plus à en dire. Dommage.

22-XII -    J’aurais bien aimé relire ce que j’avais écrit en son temps sur LES IMMORTELLES montées à la Biennale de Paris il y a x années dans une mise en scène de ? Je me rappelle vaguement que Madame Rita Renoir y faisait de la gymnastique et qu’elle était “érotiquement dévêtue”. Au LUCERNAIRE, dans une mise en scène de Dominique Serreau, la pièce de Bourgeade est jouée par cinq minettes qui vêtent et dévêtent des peignoirs et des habits de cérémonie et n’hésitent pas à se montrer fréquemment complètement nues. Évolutions des moeurs: ce qui était audacieux il y a x années débouche maintenant sur la totale nudité. Comme ces jeunes femmes sont fraîches et pas mal bâties, le spectacle est agréable à regarder. Mais il n’est pas sensuel du tout. Très à l’aise, les protagonistes donnent plus l’impression, avec tous ces changements de costumes, d’être dans un salon d’essayage que dans un bordel. Le vice ne semble point du tout les habiter et les étreintes que les metteurs en scène a imposées à certaines d’entre elles ne m’ont paru nullement assumées.
    A ce détail (d’importance) près, la réussite du jeune Serreau est certaine. Avec goût et sûreté, il a éclairé l’oeuvre qui naguère m’avait semblée extrêmement confuse. En attendant les passes, cinq pensionnaires de maison close se livrent à des jeux dans un salon commun, se distribuant des rôles et “signifiant” leur univers. Cela m’a fait penser à Genêt. Un Genêt, cela dit, très au petit pied et plus celui  des des BONNES que du BALCON. Ce qu’exprime Bourgeade n’est pas important, et il y a mélange entre un style complètement quotidien et un langage poëtiquement hermétique. Cette non unité crée une distance par rapport à ces femmes qui nous demandent alternativement de croire en elles au premier et au 17ème degré. Je ne vois pas où Pierre-Aimé Touchard qui est cité dans le programme, a détecté du chef-d’oeuvre là-dedans. Mais Baste, ça se laisse VOIR sinon entendre. Et ça ne dure qu’une heure.

22-XII -    Au fait, Avant les IMMORTELLES, j’avais vu au PLAISANCE LE PIANO DE LUNE de Pierre Jacques Arrèse. C’est incroyablement con!

24-XII -    Il y aura toujours pour moi des mystères: Michèle Marquais cherche partout des spectacles pour le PIGALL’S et pendant ce temps-là, à la Resserre au Diable, Nicolas Bataille présente sous le titre vague de “Spectacle Sade”, un remarquable montage sur LA PHILOSOPHIE DANS LE BOUDOIR qui marcherait du tonnerre de Dieu place Pigalle. Il faut dire que le texte est un chef-d’oeuvre. L’accumulation des turpitudes des êtres pervers décrits s’exprime en un langage distingué des plus exquis. Ici, point de nu, mais la perversion à l’état pur, le renversement de toutes les valeurs morales, la contestation au niveau le plus pernicieux. La dépravation est évidence, la “vertu” crime. Le “pouvoir” ne se trompe pas sur les dangers que recèle encore ce texte, qui l’interdit à l’affichage et par la même occasion oblige le spectacle à se réfugier sous l’étiquette “club privé” et à ne pas néanmoins s’annoncer sous son titre véritable. C’est remarquablement joué, avec “bienséance” par Gaby Sylvia, Jean-Paul Cisife et surtout Martine Couture, excellente “élève” de ses maîtres ès débauches. Ce serait rigolo d’emmener ça en tournée.On pourrait faire une première partie avec LES IMMORTELLES!

Heureusement qu’il y avait le Sade à minuit, car AMOUR SANS TÊTE d’Asturias monté par Marc Olivier Cayre, m’avait à 22h fortement irrité dans cette même Resserre aux diables. Pendant une heure, un garçon laid et une fille en collant académique gris jouent à être dix personnages différents tandis qu’un torrent de mots est débité par une sono. J’ai été hérissé.
    À noter qu’entre les deux spectacles, mon séjour à la RESSERRE m’a coûté 64 Frs. Je m’étais fait accompagner et le taulier ne fait pas d’exos sur les consommations qui sont obligatoires. et pour l’Acturias, on pratique le principe du filet à finance. J’ai feint de ne pas le voir!

03-I-72 -    Je n’avais pas sur l’instant rendu compte du spectacle Jeanine Worms affiché au petit Odéon, comportant LE GOÛTER et TOUT À L’HEURE, deux piécettes mises en scène par Jacques Échantillon. J’ai dû y aller le 28 ou le 29 décembre. Résultat: J’ai tout oublier, sauf que c’était bien joué et assez drôle mais oh! combien mineur, MINEUR! Je ne vois pas pourquoi je me creuserais la cervelle à en dire davantage.

UNE ESCAPADE À LYON

13-I-72    Je n’avais pas eu grand chose à dire sur le PUNTILA de Rossner. Celui du Théâtre du Huitième est beaucoup plus intéressant. Notons pour l’histoire que je ne l’ai pas vu avec sa vraie distribution. Luce Mélite, qui jouait Eva, avait été remplacée par Francesca Solleville qui jouait après des raccords visiblement hâtifs. Hubert Gignoux s’était foulé la cheville et après un jour de relâche forcée, Maréchal avait décidé de le reprendre, en le lisant, le rôle de Puntila. Pierre Debauche avait fait une annonce avec humour et la sympathie de la salle à la performance était acquise. Il y avait donc une atmosphère insolite.Reste que les intentions du metteur en scène sont parfaitement “sorties”. Je ne sais ce que donne Gignoux dans le rôle, mais avec le Maréchal ânonnant par moments mais possédant fort bien son affaire, et par moments sublime, notamment dans le dernier tiers de la pièce, j’ai assisté à une GRANDE représentation.
    D’abord,on avait jeté aux orties la musique de Dessau et fait un montage avec des morceaux connus, ce qui popularisait et actualisait le spectacle. On avait renoncé notamment aux songs entre les tableaux pour le plus grand profit du rythme.
    Ensuite, on avait pris une distance envers la distanciation brechtienne, ce qui conférait parfois au dialogue un côté un peu patronnage, mais le plus souvent le rendait drôle, percutant et efficace. Les esprits chagrins diront que c’était tiré au boulevard, que Brecht n’aurait pas aimé qu’on rit tant, qu’il aurait déploré la disparition de l’ennui et l’aliénation du spectateur pris dans l’étau de l’anecdote. Songez que je me suis intéressé à l’histoire! Que ces conservateurs aillent à Canossa ou se taisent. Maréchal a réussi là où Rossner a échoué, à rendre cette aventure caricaturale dense. Sandier soulignait avec une délicieuse complaisance la “complicité” apparente pour la première fois dans ce montage entre Puntila et Matti. Il y avait du vrai dans cette remarque, mais Dieu merci, la densité n’entrait pas que dans cette ambiguïté et jamais, je crois, les leçons sociales et politiques de la pièces n’ont été ÉCLAIRÉES avec autant d’impact. À la fin, lors de l’ascension célèbre, Maréchal a laissé le lyrisme - et quasi le romantisme - prendre le dessus, ce qui nous a donné (dans un style proche de CAPITAINE BADA) un des plus beaux moments de théâtre que j’ai connus.
    Cela dit, il y a des longueurs dans la pièce et surtout en première partie. Les “fiancées” de Puntila étaient pesantes et interminables (mais leurs scènes ne vont pas jusqu’au bout. Brecht s’est arrêté en chemin au niveau du texte et Maréchal n’a pas compensé). Très beau le tableau des écrevisses, remarquable le banquet, admirable la destruction de la montagne par un Matti excédé.
    Bernard Ballet est très excellent, placide avec richesse intérieure.
    Je suis content d’avoir vu ce PUNTILA-là après l’autre et peut-être ai-je eu de la chance que Gignoux ait eu une coquetterie dans la cheville!

 UN SPECTACLE IMPORTANT QUOIQUE RATÉ ET DE CE FAIT OUBLIÉ

15-I-72    Marie-Claire Pasquier a beau nous expliquer à longueur de BREF que DES FRITES, DES FRITES, DES FRITES d’Arnold Wesker n’est pas plus une pièce sur l’armée que la CUISINE n’en était une sur les restaurants, il n’en reste pas moins que l’univers ici choisi comme milieu exemplaire pour montrer les mécanismes de la société occidentale est beaucoup plus familier que l’autre à la plupart des hommes, et jusqu’à un certain point moins signifiant. Je rêvais qu’il y aurait une pièce à faire, qui mettrait en gros plan l’incroyable culot de la classe dominante qui étale sans vergogne aux yeux des peuples sa volonté de hiérarchisation des hommes, d’inégalisation, d’oppression des uns par les autres, avec ce système fondé sur l’obéissance absolue qui dans tous les pays où elle règne est imposé aux jeunes gens un, deux ou trois ans de leurs vies, afin de leur inculquer définitivement leur catégorisation ultérieure. Il faudrait s’en prendre aux galons, aux ordres exécutables “sans hésitation ni murmure”, au recrutement fondé sur la culture acquise et par conséquent sur la richesse des parents. Société “idéale” où les chefs sont incontestables, où les grèves sont interdites, où la répression la plus aveugle et la plus cruelle est légale. Il faudrait dénoncer que le facisme n’est pas autre chose que l’application à la vie civile de ces données essentielles ÉTALÉES au grand jour et dont chacun peut faire l’espérience.
    Mais le pièce de Wesker (fort mal traduite par un certain François Sommarifas avec des jurons du genre de “Putain de bon sang!”) ne s’attaque pas au fond du problème et se borne à stigmatiser la fatalisation de l’appartenance originelle à une classe. Pit Thomspson, le riche fils d’une famille de général, ne parviendra pas à échapper à son destin qui est de devenir officier. Il aura beau faire la mauvaise fête, ses égaux, c’est-à-dire ses chefs de la caste supérieure le briseront en le ramenant à eux. Ses “camarades” prolétaires le traitaient, de leur côté, avec une certaine distance.
    Depuis le TRAIN DE HUIT HEURE QUARANTE SEPT, il y a eu au théâtre, en littérature, ou au cinéma des centaines d’oeuvres qui sur le mode comique ou tragique, ont toutes dénoncé des aspects extérieurs ou fragmentaires de la vie militaire. Celle-ci s’inscrit dans la même ligne mais pas plus que ses soeurs elle n’atteint l’essentiel, c’est-à-dire l’Institution elle-même. Evidemment, la mise en scène de Gérard Vergez est peut-être pour quelque chose dans l’insatisfaction ressentie. D’abord, l’environnement dû à Françoise Darne et baptisé “décor” est totalement gratuit et luxueux à contre texte. Ensuite, il n’hésite pas à faire rire avec le maniement d’arme et les exercices complaisamment dirigés par Chaussat dans la meilleure tradition de la “saine rigolade” édulcolorante. Il aurait fallu THE BRIG, mais on en était loin. Enfin, l’ensemble est confus sous une apparence de netteté et je soupçonne que le réalisateur n’ait pas SU ou pas VOULU éclairer complètement ce qu’il pouvait y avoir de pernicieux dans la pièce. Car si j’ai rêvé durant le spectacle comme je l’ai décrit plus haut, c’est quand même que sans aller jusqu’au, le texte contenait des indications, des lignes d’orientation. Il eut fallu les renforcer. Au lieu de cela, on les a laissé filer dans tous les sens et on a préféré faire “du spectacle”. La mollesse l’emporte, l’approximation. C’est dommage. Et ce ne sont pas les joyeux dessins projetés sur l’écran dans un style qui (à vrai dire sans raison) m’a fait penser à Folon (je me demande bien pourquoi?), qui arrangent les choses.
    Il y avait beaucoup de monde dans la grande salle du TNP en ce samedi soir.

RÉFLEXION À POSTERIORI ESSENTIELLE :

pour la plus grande satisfaction des jeunes gens, la cinquième République a supprimé le service militaire. Effectivement à l’heure du nucléaire et de ce qu’on appelle “les armes de destructions massives”infliger à des futurs fantassins ou cavaliers la dure épreuve décrite dans ce commentaire n’avait plus beaucoup de sens, d’autant plus que la hiérarchie s’est modifiée. A présent, ce sont les techniciens qui sont au pouvoir.
N’empêche que personnellement j’ai été réticent devant cette destruction de l’armée de la République qui était à mes yeux un symbole, celle qui avait été forgée par la conscription. Désormais, être militaire, c’est un métier comme un autre. Le soldat est un salarié. Il n’a pas besoin d’états d’âme patriotique. A la limite il n’est de nulle part, il doit accomplir sans réfléchir la besogne qu’on lui dicte.
Le “DEVOIR DE DÉSOBÉISSANCE” qui avait été inculquée à la France par le Général de Gaulle, ne l’oublions jamais, à DEUX reprises, tout le monde pense bien sûr à l’appel du 18 Juin 1940 que personne n’a entendu, mais qui était un appel à refuser l’ordre du “Maréchal”
et on oublie la deuxième fois quand le contingent a refusé de suivre les “généraux félons de l’Algérie Française”parce que c’étaient des gens du peuple qui le composaient ... et, peut-être, y a t’il dans le “peuple” des gens qui pensent voire qui osent.
Si cette deuxième fois là il n’y avait eu que des mercenaires, que se serait il passé?

Par André Gintzburger - Publié dans : histoire-du-theatre
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