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Jeudi 1 février 2007
10.01.77 – Une chose est sûre : le décor de René Allio, tout en glaces qui reflètent les personnages et en motifs gothiques rococo, avec son escalier praticable qui descend des sommets du théâtre, est magnifique et, tous comptes faits, peut être considéré comme signifiant, selon les indications de Vigny « l’arrière-boutique opulente et confortable de John Bell », parvenu des années 1770 en Angleterre devenu maître d’une usine et d’une ville, grâce à sa cruauté, son âpreté au gain et (aussi) sa puissance de travail.
CHATTERTON, le poète romantique, dévoré par la soif d’absolu et la tentation du suicide (à laquelle il succombera), rongé par l’amour impossible et traqué par les faux (quoiqu’un peu vrais quand même, mais esclaves des modes) amis, c’est Jean-Louis Hourdin, secret, renfermé, ne cédant jamais aux éclats lyriques (dont pourtant le texte est riche), pudique. Pudique aussi, à l’extrême, est la tentée Kitty Bell (Arlette Chosson) qui contient son bouillonnement intérieur au nom de son DEVOIR d’épouse mariée à un butor, et de mère « exemplaire » comme le sont son petit garçon et sa fille « modèles », sous l’œil d’un Quaker (Hubert Gignoux) octogénaire et qui « comprend tout », à la différence des Catholiques. Son âge l’autorise à quelque humour, voire à certaines indulgences « condamnables ».
Ces guillemets disent clairement que Jourdheuil (c’est une production T.N.S) a « replacé la pièce de Vigny dans son contexte originel ». Je le crois. Cette représentation baigne toute entière dans les « leçons » Brechto Planchonno Vencentiennes. Le public est censé tirer un enseignement des conséquences de l’intolérance des hommes du passé. Aucun signe n’y montre que des hommes d’aujourd’hui puissent aussi être intolérants. Ce doit être « positif » dans l’esprit d’un des maîtres à penser de la contestation officielle et financée par l’Etat. Vive nos grands classiques qui n’étaient pas contents de leur temps. Ils aident nos grands modernes nantis à avoir l’air de n’être pas contents aujourd’hui. Cela dit, le CHATTERTON de Jourdheuil, c’était de très grande « qualité ».

11.01.77 – La seconde MÈRE COURAGE de la saison nous arrive de Suisse. C’est Françoise Giret qui remplace, dans le rôle, Magali Noël, que François Rochaix avait primitivement choisie et qui l’a joué en Suisse. Disons tout de suite qu’elle est exemplairement parfaite comme est exemplairement fidèle la mise en scène du directeur de Carouge. Aucune imagination. Une exactitude totale. On se croirait revenu à la création par Vilar à Suresnes de l’œuvre de Brecht avec Montero. Cela permet de rejeter sur la pièce un œil dégagé de toute « relecture ». Eh bien, sérieusement, si elle était un peu plus courte et surtout si elle était dégagée de l’horrible abominable exécrable musique de Dessau, et puis si elle était un peu moins pesante, elle serait bonne. Dommage qu’on ne puisse la voir avec la fraîcheur de la découverte. Ses leçons gardent toute leur valeur. (Gémier)

12.01.77 – L’émigré roumain Pétrika Ionesco a richement monté à Nanterre une des pièces de Shakespeare à mes yeux les plus cruelles : Le Songe d’une nuit d’été, œuvre de « jeunesse » où le génial Elisabéthain montrait déjà son goût pour la hiérarchie des Pouvoirs et son mépris pour les inférieurs sociaux. Chacun a le Pouvoir sur quelqu’un, dans ce texte, et en use pour se gausser ou pour contraindre. Le monde « surnaturel » domine celui des humains.
Dans ce monde surnaturel même, Obéron est le maître absolu et malheur à qui ose lui résister. Dans l’univers des hommes, le Duc a plein pouvoir sur ses soldats, et le Père sur ses enfants. Les plébéiens sont « truculents », c’est-à-dire grossiers, grotesques et ridicules, mais les artisans eux-mêmes ne sont pas égaux les uns aux autres. Un Valverde aurait pu faire d’Obéron un général nazi et placer l’anecdote dans le contexte d’un camp de concentration sans avoir à guère tripoter le texte.
La version Ionesco ne va pas si loin, mais elle ne donne quand même pas dans la joyeuse fantaisie. Peut-on parler de lecture ? De dramaturgie ?  Non au sens où l’entendrait un Jourdheuil. Car il ne semble pas qu’il y ait eu réflexion sur les personnages, et si Robin en Puck n’est pas conforme à la tradition sautillante, je ne pense pas que le choix de ce grand benêt pataud corresponde à une volonté de démystification. Ce contre-pied a dû sembler plaisant à Ionesco et c’est tout.
C’est plutôt par l’environnement (décor de Florica Malureanu tout en glaces miroirs, arbres morts et neige poudreuse –très beau-, éclairages savants et nuées, musique rumeur troublante) qu’il exprime la transformation des rêves en cauchemars.
L’impalpabilité du sol symbolise la fragilité des marionnettes humaines manipulées par les êtres maléfiques surgis de ce sol même. La forêt enchantée est « terrible » et les jeux de glace renvoient les protagonistes à des doubles authentiques. (encore que la « morale » ne semble embarrasser personne, et si la pudeur virginale d’Hermia au début l’amène à s’éloigner des étreintes de son amant, c’est un détail qui ne l’empêche pas d’être venue à moitié à poil dans la forêt. L’érotisme semble d’ailleurs être chéri par Ionesco, mais qui s’en plaindrait quand Titania est si belle en Daisy Amias dépouillée de tout ornement.
Que dire d’autre ? Que le réalisateur n’a pas infléchi sa mise en scène vers le « politique » ? Mais que pourtant il a traité le sujet gravement ? Je dirai plutôt qu’au fond, je m’en fous, car je ne me suis pas senti concerné par ce qui, tout de même, n’est qu’un divertissement. À noter que Claude Lévêque en mur est  très bien.

13.01.77 – Lorsque Jean Vauthier m’avait fait l’honneur, il y a quelque mois, de lire sa pièce ELISABETH (sauf erreur elle n’avait pas encore son titre complet : TON NOM DANS LE FEU DES NUÉES ELISABETH) à mon exclusive attention, j’avais ressenti que je me trouvais en face d’une grande machine vide de contenu, mais riche d’une langue superbe, et emportée par un souffle violent engouffré dans une étroite vallée bordée d’un côté par la montagne « tragédie », et de l’autre par le bossellement « dérision ». Et puis je me disais que le réalisateur saurait peut-être tirer un parti brillant de l’intelligence où les degrés s’accumulent, où le théâtre n’est plus seulement le théâtre dans le théâtre, mais la télévision dans le théâtre qui est lui-même dans le théâtre. Je ne détectais pas de « message » au niveau de ce texte, mais cette invasion de l’audiovisuel chassant à la limite les acteurs de la scène, c’est quand même un danger qui nous menace, et d’autre part le thème du « dérangement » ne saurait me laisser indifférent.
Dois-je dire que je n’ai rien trouvé de ces espérances de spectacle dans la représentation très provinciale apportée à l’ODÉON par l’ex-Lyonnais Maréchal, dont on peut se demander, à le voir multiplier les échecs, ce qui reste de son talent ? Dans des décors suprêmement laids, il fait évoluer avec des vêtements sans âme des acteurs médiocres qui confondent hurlements et lyrisme, vociférations et paroxysme, humour et galéjade.
Je sais bien qu’il ne signe pas seul sa mise en scène, qu’il a fait faire le travail pratique par Ballet et qu’il a compromis l’auteur. Reste que c’est lui le patron et que son entreprise rapetisse gravement le propos. Cela dit, je crois savoir qu’il ne tenait pas tellement à Judith Magre. C’était Vauthier qui la voulait. Je me demande s’il n’avait pas raison car elle est exécrable. Pas un mot du texte ne m’est parvenu à travers son organe. Cette méchante actrice gâchée par son égocentrisme fou est à écarter des distributions futures. Elle arrive à nous donner l’impression que la langue de Vauthier n’existe pas. J’ai cru, à travers elle (et Maréchal), assister à un spectacle sans texte. C’est quand même incroyable, non ?
J’ajouterai ceci : il ressort des lignes ci-dessus que le RÉSULTAT n’est pas à la hauteur de la PROPOSITION offerte par Vauthier. Mais il faut avouer que cette proposition elle-même n’était pas à la hauteur d’un homme à qui l’on doit des œuvres essentielles du XXe siècle. À le voir s’amuser avec les textes élisabéthains (ici ARDEN DE FAVERSHEIM, faut-il le rappeler ? ) on en arrive à se demander s’il est devenu sec, si son imagination créatrice originale est tarie. Si je ne SAVAIS qu’il porte en lui des sujets, je le croirais. Mais alors, qu’attend-il pour revenir à l’essentiel ?

COMMENTAIRE

Curieux, ce jugement sévère porté sur Judith Magre. Je l’avais moi-même engagée pas mal d’années auparavent pour jouer le rôle de PHÈDRE dans une de mes propres mises en scène. Elle était merveilleuse à diriger et superbe à l’arrivée. L’avais je à ce point oublié ? C’est vrai qu’elle était très capable, dans ses accès de mauvaise humeur,de saboter son talent. Peut-être était-ce le cas ce soir là.

Et quant à Vauthier, je crois qu’en ce début de 1977 il amorçait sous la férule de Maréchal, avec qui il se plaisait à entretenir des rapports troubles du genre dominant dominé, sa lente descente aux enfers de la confusion boulimique des idées, jamais satisfaisantes à ses propres yeux, au terme de laquelle il laissera une œuvre inachevée riche de mille perles, mais informe.

14.01.77 – Daniel Benoin a choisi de « regarder » LE ROI LEAR de Shakespeare avec (principalement) un œil de psychanalyste. Il est dommage, compte tenu de ce parti, qu’il n’ait pas eu pour jouer le rôle un monstre comme Alain Cuny qui aurait certainement su le suivre dans les méandres de la tempête intérieure. Jean-Marc Bory reste en effet au niveau du sol, et son jeu réaliste ne s’accommode guère d’éléments silencieusement déchaînés que seul exprime un grondement sonore apocalyptique qui va croissant dans la dernière demi-heure du spectacle. De toute manière, l’introversion des personnages, leur contemplation de leurs motivations et quelquefois leur exploration de leurs cônes de Bergson, jointes à leur immobilisme, quand la violence ne les investit pas (une violence que le metteur en scène paraît goûter avec saveur), donnent à la représentation un rythme d’une extrême lenteur qui distille sur les spectateurs un ennui profond. Le souffle des « amers tourbillons de l’air » n’a pas soulevé, emporté les contemplateurs de nombrils que sont ici devenus les héros célèbres. Certes, cela confère de la densité et il ne viendrait pas à l’idée, après avoir vu ce Lear-là, de les trouver débiles comme après celui de Debauche. D’un autre côté, le décor de Dominique Pichon, qui oppose les éléments eau, terre et feu qui environnent Lear et d’une manière générale les errants de la pièce d’une part, l’imagerie d’Epinal dans laquelle s’épanouissent en tableautins les installés dans les Pouvoirs d’autre part, est intéressant quoiqu’un peu systématique avec cette lourde porte qu’on doit sans cesse ouvrir et fermer. (passons sur le fait que nous avons droit à des « nuées » pour la 4e fois de la semaine !)
Et St Etienne n’a pas lésiné sur la distribution qui, autour de Pascale Audret, nous ramène entre autres Marcel Champel, Paul Descombes, Gilles Segal (pas des jeunes, hein ? ) et un Daniel Laloux en fou sous-employé. Reste que si l’entreprise est estimable, -et si elle nous change un peu des tentatives habituelles d’infléchissement « politique » des traiteurs ès contenu shakespearien à la mode-, elle n’est pas convaincante. Pour moi, cela n’a pas « passé. »

15.01.77 – Django Edwards, c’est un peu Alberto Vidal, un peu Savary, Coluche ou Bouteille, un peu Pradel, Lebreton et Marceau. Il plonge (vraiment) dans un verre d’eau. Sa langue, sa bouche, sa main se mettent à exister indépendamment de sa volonté. De sketch en sketch, il est Zorro, le dur, le pianiste et la chanteuse de beuglant des westerns, il est Johnny Hallyday ou quelque Roi du rock, il est travelo minable ; disons que c’est un clown. Il fait rire. Il a des idées. Il ne promène pas de message. Mais il ne sait pas se limiter. Je suis parti au bout de 2 heures moins satisfait qu’après 1. Il est accompagné avec intelligence par un trio de jazz excellent : les FRIENDS ROADSHOW. Ça lui permet de se définir comme un « Rock and Roll Clown ».

17.01.77 – D’un point de vue « politique », il est certain que le spectacle des Mirabelles « Les GUERRILLEROSES » (version revue et corrigée depuis celle à laquelle j’avais assisté en Avignon l’été dernier), n’est pas le fruit d’une réflexion. Mais la bonne volonté et le bon sens ne manquent pas à ces « Messieurs dames », et quand ils rêvent que des marguerites poussent sur les centrales nucléaires, on doit bien convenir qu’ils ont des préoccupations autres que celles qui consistent à revendiquer le droit à la différence pour les homosexuels. L’aspect « travelo » de cette équipe n’est d’ailleurs pas son essentiel. Il donne lieu à un sketch drôle. A part cet instant tourné du reste en dérision, le militantisme est dépassé et l’on a simplement en face de soi des personnages désopilants ou émouvants, selon, qui chantent, jouent et disent des textes d’eux tantôt sur le mode parodique et tantôt sur le poétique. Le comique est à mon sens davantage leur fort, et il n’est pas possible d’oublier la parodie d’opérette paysanne de la première partie, non plus qu’au début de la seconde, l’étonnant opéra où chacun suit SA partition propre à tour de rôle, communiquant une certaine image de la solitude qui est assez forte.
Les Mirabelles –est-ce leur condition qui l’inspire ?- sont sensibles à l’Absurde et leurs numéros frisent facilement le surréel. C’est pourquoi sans doute, ces numéros, sans rapports les uns avec les autres, se succèdent sans lien logique. Je n’ai pourtant pas retrouvé l’impression de décousu ressentie en Avignon car le rythme transforme en « parti » ce qui là-bas était défaut.
Dommage qu’à la Cour des Miracles il y ait un entracte. Rien ne le justifie sinon sans doute la limonade.

18.01.77 – Je suis bien triste et pas content après des gens que j’estime. Car Betty Raffaelli a traité Tchékhov comme Arlette Reinberg en usait naguère envers Dubillard. Elle a « changé l’ordre » des scènes et des répliques écrites, au nom d’une intellectuelle mise en valeur de « l’infinité des rouages historiques , sociaux, psychologiques » du XIXe siècle russe vieillissant, et d’une arbitraire volonté de « mieux définir » les interdépendances des personnages, qui existent toujours en fonction de tous et de chacun ».
Ajoutez qu’elle s’est refusée à traiter Tchékhov « uniquement en humaniste » et que pour méthode de travail, elle a voulu se souvenir « avant tout que Tchékhov était médecin, et que le regard scientifique, le culte de l’INDIFFERENCE étaient pour lui religion, DISTANCIATEUR avant l’heure »…
Moyennant quoi l’IVANOV du THÉATRE CHRONIQUE dure 3 h 15, est chiant et ne touche pas. C’est un comble avec une œuvre que j’ai vue, dans la mise en scène de Mauclair en 1956, faire jouir de joie et d’émotion des foules innombrables. Il est vrai que notre « inestimable ami » de ce temps-là n’avait pas cherché midi à quatorze heures. Il s’était contenté de bien distribuer la pièce, choisissant de bons acteurs répondant aux descriptions du texte, de la mettre en espace RÉALISTE, le seul convenable, et DE LA LAISSER FONCTIONNER, CE QUI, À MES YEUX, EST LA SEULE CHOSE À FAIRE AVEC TCHÉKHOV. C’est du théâtre d’aliénation, qui doit fonctionner par touches impressionnistes et ÉMOUVOIR.
SI MOI je m’identifie à Ivanov, c’est-à-dire avec l’homme qui a porté de grandes œuvres en lui et qui a démissionné, si je pleure à ce coup porté à mon cœur, j’aurai peut-être un sursaut passionnel qui me fera reprendre l’entreprise abandonnée. L’aliénation me fera prendre conscience de l’intérieur. Mais si je suis mis en face de ce personnage en voyeur étranger, si on me contraint à la contempler avec un œil seulement clinique, pourquoi voulez-vous que sa dissection m’intéresse ? IVANOV est un admirable personnage qui porte en soi une universalité. Car ceux qui réalisent les aspirations de leur jeunesse sont rarissimes dans notre Humanité. Chacun en pleurant sur lui, pleure un peu sur soi-même et là est la grandeur, la beauté, bien plus, l’UTILITÉ  de Tchékhov.
L’« éloigner » fait perdre tout son sens à la pièce.
Les acteurs ne semblent pas bien heureux dans le décor de Michel Raffaelli qui –très abstraitement d’ailleurs- confond volontairement au nom des conceptions ci-dessus exposées la Maison d’Ivanov et celle des Lebedev. Ils disent un texte d’Anne-Marie Lazarini et Betty Raffaelli qui ressemble comme un frère à celui de Mauclair qui m’était resté dans l’oreille. Miloud Khetib n’est pas mal en Lvov (le médecin honnête). J’ai déjà vu Malek Eddine Kateb mieux. Dominique Bernard ne fait pas oublier Max dans Chabolski, mais il est possible. Jeanne Champagne en Sacha et Marie Tikova en Anne ne sont pas suffisantes. Comme est insuffisant le reste de la distribution.
Triste entreprise. S’il ne s’agissait d’une œuvre d’un auteur qui n’a rien à perdre, elle serait criminelle.

19.01.77 – Je confesse ne m’être jamais intéressé particulièrement aux personnalités de Scott et de Zelda Fitzgerald. Dans ces conditions, c’est seulement en curieux que je puis considérer le spectacle de Denis Llorca et Serge Keuton intitulé HIER DANS LA NUIT DE ZELDA.
La nuit en question, c’est celle qu’a traversée à plusieurs reprises la dépressive Américaine dans des maisons « de repos » et des asiles de fous. Un médecin, dans l’un de ces établissements, a l’idée de faire jouer sa vie à l’héroïne. C’est à ce psychodrame que nous assistons, et comme il s’agit d’une maison pour femmes, ce sont des filles qui tiennent les rôles, ce qui nous vaut de voir de savoureuses gouines bien connues incarner Scott (Claude Degliame) et Hemingway (Denise Perron). Mais sans la Foi envers cette Amérique brûleuse de vies, et sans la totale connaissance des tenants et aboutissants, le spectacle reste très éloigné du néophyte qui est un peu surpris de voir Llorca penser. Il le fait à travers ses personnages, ce qui lui permettrait, s’il était critique, de contester les visibles conséquences de l’American Way of life. Malheureusement, son romantisme l’amène à prendre en compte comme héros ces déchets de l’humanité dont le seul titre de gloire est leur œuvre.
MAIS JUSTEMENT celle-ci est absente du spectacle. C’est un élève d’ICI PARIS qui a écrit le spectacle, et non un des NOUVELLES LITTÉRAIRES ou de TÉMOIGNAGE CHRETIEN, encore moins de FRANCE NOUVELLE !
Esthétiquement il y a de beaux moments, dus sans doute à Serge Keuten, mais le parti de lenteur qui a été imprimé au spectacle le rend souvent trop ennuyeux.
Colette Godard a écrit qu’Anne Alvaro avait trop de santé pour être une Zelda plausible. C’est probable.

20.01.77 – Vers les années 40, j’étais très agacé par l’œuvre d’un Monsieur qui plaisait beaucoup au Maréchal Pétain et qui s’appelait Giono.
Joseph Delteil, qui a plu à Jacques Echantillon, a la même hérissante façon paysanne d’écrire dans un style soi-disant « ruralement poétique ».
Il est pavé de bonnes intentions, ce Delteil, d’ailleurs. Son JESUS II, c’est un dingue qui s’évade d’un asile de fous, qui arrive à rallier une douzaine de fadas, et se trimballe « dans la région » avec « un enthousiasme indescriptible » pour expliquer aux gens qu’ils ne vivent pas vraiment, qu’ils doivent « rêver de ponts d’ étoiles et de pyramides de ciel » (sic) en se rappelant que « impossible n’est pas fou ». Il paraît qu’après l’entracte, (mais je n’étais plus là pour le voir), ce zigomar part à Rome pour convertir le Pape au Christianisme, et qu’il est (si j’en crois une photo, placée dans le hall du Théâtre de Paris) crucifié par les pieds par l’homme, « le seul animal qui triche au jeu de la vie ».
À dire le vrai, ce n’est pas le contenu qui m’a fait fuir et j’aurais probablement pu supporter le « langage », s’il n’y avait eu la mise en scène plein air mal transposée en salle d’Echantillon. UN seul acteur est écoutable, c’est Prévand, qui raconte sa propre histoire (c’est JESUS II bis), avec distance et flegme. Tous les autres hurlent, vocifèrent, grasseyent en permanence avec une « vitalité » aussi fausse que le style de ce qu’ils disent. Ils s’agitent en truculence excitée sous la direction d’un Jean-Claude Drouot que je n’ai jamais vu aussi mauvais. Cette agitation relève de la plus mauvaise tradition.
Reste que le contenu lui-même –chrétien de bonne volonté gentiment contestataire dans le ton boy-scout- en dit long sur la « politisation » du directeur des « Tréteaux du Midi ». Quel choix !
par André Gintzburger publié dans : histoire-du-theatre
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Jeudi 1 février 2007
21.01.77 – J’ai beau me battre les flancs, une nuit ayant passé, pour me convaincre que j’ai aimé L’AMANT MILITAIRE de Goldoni monté par Jacques Lassalle en son studio de Vitry, je n’en reste pas moins dans le sentiment que je ne me suis amusé qu’aux trouvailles de la dernière demi-heure du spectacle, et dans le souvenir que je m’étais assez fait chier jusqu’à l’entracte. Le moins qu’on puisse dire, en effet, est que pendant ces 90 premières minutes, le réalisateur ne cherche pas l’effet comique et l’on aurait plutôt tendance à évoquer LES SOLDATS de Lenz ou LE PRINCE DE HOMBOURG qu’une joyeuse comédie.
Pourtant, si Goldoni a créé des personnages à une seule facette, c’était sans doute pour faire rire. Lassalle se sert de ces facettes pour pousser à l’extrême l’odieux, la naïveté, le grotesque de chacun pour en faire ressortir la signifiance sociale. Ai-je besoin de dire que seuls échappent à cette caricature grinçante les « prolétaires », c’est-à-dire le valet Arlequin ou la servante de Rosaura. Eux sont « humains », mais cette humanité n’atteint pas leurs camarades militaires que leur condition professionnelle aliène : vous le voyez, les « leçons » nous sont inculquées avec la lourdeur de rigueur. Et j’aurais dit que cette réalisation n’innovait en rien si son ton ne changeait après la pause. Comme si Lassalle avait voulu se gausser de son propre sérieux. Alors soudain, il multiplie les gags et les gadgets. Il vire de Corneille à Feydeau. Il y a quelques réussites comme la déambulation selon des itinéraires horizontaux des personnages se rendant à l’emplacement du duel, et comme le départ de l’armée réduite à des petits soldats jouets. Reste qu’une heure et demie de pesante « réflexion », de lourde réintroduction des anecdotes dans le « contexte historique », et d’utilisation des tics à des fins pensantes, c’est beaucoup. Et reste aussi, surtout, qu’il m’a paru triste qu’un Lassalle perde son temps à ces jeux qui ne l’aident en rien, à mon avis, à (je cite ses écrits propres) « approfondir son interrogation sur le réalisme d’aujourd’hui. » Monique Bertin, qui l’aime bien, comme moi, disait que sa position à Vitry l’obligeait sans doute à monter un classique de temps en temps.
Dans ce cas, en effet, pourquoi pas L’AMANT MILITAIRE ?

COMMENTAIRE a posteriori

Comme quoi on peut se tromper.Jacques Lassalle va, au cours des années,devenir un des artisans de ce lent cheminement personnel qui m’anènra à m’éloigner d’ abord d’un certain théâtre puis du théâtre que je finirai par appeler « comme d’habitude », c’est à dire, employons un mot simple : ennuyeux.
Il est vrai que je ne fréquentais pas le « boulevard ». C’était à mes yeux un autre monde. Je n’y connaissais personne. Parfois un acteur qui s’y était égaré m’invitait. Je supportais mal les rires gras des bourgeois aisés qui venaient y consommer des vedettes en chair et en os avec les applaudissements de rigueur dès la première entrée en scène des phénomènes.
Certes, cette ligne là du théâtre ne visait qu’à divertir et elle n’avait pas le choix de sa clientèle en raison des tarifs qu’elle devait pratiquer. Politiquement sa sensibilité ne pouvait être que de droite.
Tous les comptes rendus que je rédigeais prouvent surabondemment que la mienne était (est toujours) quelque part à gauche. Où exactement ? Je ne sais pas. Je ne sais plus. En 1977 je commençais à ne plus savoir. Mes repères s’estompaient.Je disais que j’attendais d’un spectacle qu’il me dise quelque chose pas forcément en m’assénant un message ou une leçon, mais en me tenant un discours.Je commençais à ne plus l’attendre des auteurs. Le pouvoir était passé aux « créateurs » selon la définition des assises de Villeurbanne de 1968 et surtout aux « dramaturges ». A travers eux,toute signifiance devenait incompatible avec divertissement.Surtout il fallait que le « théâtre » ne soit pas source de paisir.
Mais Copi, Savary, Mehmet, l’Aquarium, Lavelli,Garcia, Alfredo Arias, Jack Livchine me direz vous ? Justement, j’évoquais deux voies du théâtre.Ils en inauguraient une troisième, qui allait me mener dix ans plus tard à m’intéresser à « la rue » et au « nouveau cirque ».

21.01.77 – Intransigeants gardiens d’une langue française qui date du XVIIe siècle, je commence à me demander si les Québécois ne seraient pas aussi les plus authentiques conservateurs d’une culture –la nôtre- engagée hors du Canada dans un processus de décadence. Car en voyant le groupe TERRE QUÉBEC, THÉATRE DE LA GRANDE RÉPLIQUE jouer AU CŒUR DE LA ROSE de Pierre Perrault, une nouvelle fois j’ai eu envie de prononcer le mot « SANTÉ ». Jean-Guy Sabourin, le metteur en scène, ne s’est pas cassé la tête pour tirer l’affaire à soi. Honnêtement, il n’a cherché qu’à monter l’œuvre, à nous la servir chaude. D’excellents acteurs bien dirigés de l’intérieur nous la livrent telle qu’elle est, hors du temps pour les aliénés que nous sommes, à mi-chemin d’O Neill et de Synge, riche d’une langue drue, vigoureuse, imagée, croustillante, cette langue qui a été la nôtre et qui, mise dans la bouche de pauvres pêcheurs sonne VRAIE (au contraire de celle d’un Delteil supposée être parlée par des Paysans). Et le sujet aussi sonne vrai, un de ces sujets simples comme on n’en traite plus chez nous et qui  soulèvent dans leur élémentarité plus de vagues profondes que les exégèses de nos intellectuels voyeurs de misères humaines.
Ça se passe dans une île du Nord. Un vieux couple de gardiens de phare y ont une fille jeunette que l’idée d’évasion travaille. Aux temps où les lunes lui font gonfler les seins, elle ne trouve en effet qu’un partenaire sur cette terre vide balayée par les vents : un jeune boiteux à demi sorcier. Il LUI paraît impensable, à cette jeune fille pleine de sève, que rien n’arrive pour transformer sa vie. Et de fait, une tempête vient jeter dans le rade une goélette avariée. Le temps des réparations, elle a deux jours pour s’en sortir et elle est à deux doigt d’y réussir car elle plaît au fils du patron du bateau (qui vit lui-même dans un village. N’allez pas croire qu’il signifie la VILLE et ses plaisirs. Il signifie seulement un AILLEURS).
Mais l’ordre, gardé par le père de la fille, sera sauf et lorsque les visiteurs s’éloignent, son sort est scellé, accepté. La maintenance est assurée. Cette maintenance qui, de sacrifices en sacrifices, a accroché à coups d’obscurantisme et à grand renfort de Catholicisme, ces quelque 5.000.000 d’immigrés à ces « arpents de neige » abandonnés par le décadent Louis XV…
Je ne suis peut-être pas tout à fait juste en parlant ainsi de ce spectacle : je pourrais dire qu’il fait désuet, que l’étrange ne vient que de l’impossibilité chez nous, aujourd’hui, d’une situation semblable (qui songerait à empêcher une fille de l’Île de Sein à gagner le continent pour y trouver un soulier à son pied ?), que si la réalisation ne me semble pas « décadente », c’est tout bonnement parce qu’elle est sans imagination. VOIRE !
Il faut réfléchir et, à titre de proposition, se demander si nous ne sommes pas, PAR CHANCE, en train de contempler avec ces visiteurs récents notre propre civilisation en son ascension. Auquel cas, une autocritique générale devrait être suggérée… à laquelle nos frères du Saint-Laurent devraient d’ailleurs participer, car l’agression américaine les investit, et pourrait bien, en quelques lustres, les amener au point où 3 siècles nous ont conduits.

01.02.77 – Enfin, au milieu du désert « enculturé » que nous octroient chaque soir les valets du Pouvoir ou les paumés du système, voici qu’une voix s’élève, une voix jeune, une voix d’un jeune qui n’accepte pas « LA TENTATION OCCIDENTALE » et qui l’écrit, et qui le monte en son théâtre Essaïon à deux pas du Catafalque Pompidou. Régis Santon affirme que sa pièce n’est pas « sérieuse » puisque nous sommes de toute manière « entre nous, Catholiques et libéraux, gros et gras, triomphants, civilisateurs depuis que nous ne sommes plus colonisateurs ; paternalistes ? sûrement ; haineux et haïssables ? ; Parlons-en… » C’est exact. Nous sommes entre gens qui éprouvons la décadence de la culture judéo-chrétienne mixée d’hellénisme marxiste. Les prolétaires ne sentent pas que là est le bât qui blesse, que l’homme est parti sur de mauvaises bases et qu’il faut les changer. Pourtant l’INTERNATIONALE le leur clame, qu’il faut changer de bases ! Mais ils ne l’ont pas compris RADICALEMENT. (sauf les Révolutionnaires Culturels Chinois, mais ils ne contestaient pas la culture « occidentale », eux). Seuls le devinent des intellectuels pourris et sensibles du type René Ehni. (Comment ne pas songer à son EUGÉNIE KOPRONYME ?) Santon s’adresse donc à un petit cercle de bourgeois masochistes. La tache d’huile se répandra sûrement. Un jour viendra où Molière et Shakespeare seront lus par d’autres hommes avec d’autres yeux. Mais pour que ces autres yeux se créent, combien de temps devront-ils, avec la Bible, Sartre, Lamartine et Vauthier, demeurer enfermés dans un catafalque inaccessible au public durant de nombreuses générations ? Ce n’est certes pas la classe ouvrière, avide de biens de consommation occidentaux, qui est orientée actuellement à saisir l’importance du propos.
Quoi qu’il en soit, cinq acteurs (trois hommes et deux femmes) « signifient » en deux parties dans la pièce des archétypes occidentaux (peut-être un peu conventionnels). Au premier acte, ils fuient une « révolution » quelque part en Afrique, au 2e, ils sont chez eux, en Occident, et partiront les uns après les autres à la mort, au nom d’une « mission » absurdement honorable. Ils sont très bien dirigés par un metteur en scène devenu hautement professionnel. Peut-être peut-on reprocher à Santon, notamment au niveau musique, d’utiliser un peu beaucoup les moyens de la Culture qu’il combat. Mais s’il est vrai qu’on a un brin envie d’employer le mot « racoleur », AVAIT-IL LE CHOIX ? L’anti-culture est à inventer. Et en attendant, il faut bien faire avec Aristophane et les Beatles !
Beaux décors de Dragomir Glisic projetés.
LA TENTATION OCCIDENTALE est un spectacle évidemment à soutenir car il s’agit clairement d’un pavé dans la mare AUJOURD’HUI. Et ce, même si intimement on s’interroge sur la sincérité de la démarche. Ce cri est-il authentique ou opportuniste ? À 15 mètres de Beaubourg, lancé le jour même de l’inauguration du Centre Culturel, il faut bien dire qu’il tombe « suspectement » bien, d’un point de vue commercial.

02.02.77 – « Jean-Paul Farré chante ». Le titre ne ment pas. C’est bien cela : il chante, avec rigueur, des chansons de son cru qu’il a mises en scène avec élaboration. On a envie de parler de « Léo Farré. » Ce n’est pas toujours drôle. Jean-Paul Ferré pense. Et il est poète aussi. La performance dure 90 minutes pendant lesquelles l’artiste ne s’accorde aucun répit. Trois pianos l’accompagnent, un sur lequel il tape lui-même, les deux autres confiés à des virtuoses qui savent jouer avec des partitions sans notes. Je pense que dans un programme de 30 minutes en vedette américaine, le meilleur étant conservé, ça pourrait passer à Bobino.

03.02.77 – Lucien Attoun et son THÉATRE OUVERT essuient les plâtres de la salle polyvalente du Centre POMPIDOU. Le lieu, situé au sous-sol de l’édifice, ressemble à toutes les salles polyvalentes.  Il sera difficile qu’il acquière une âme.
La pièce proposée, LES MANDIBULES de Louis Calaferte, mise en espace par Hortense Guillemard, méritera d’être montée, encore qu’une « mise en scène » n’ajoutera rien au contenu. Ce dernier est sain. Il stigmatise la grande bouffe occidentale en ce qu’elle est devenue obsessionnelle. Elle est indécente vis-à-vis des peuples qui ne mangent pas, imprudente aussi car le pillage des richesses de notre globe pourrait bien aboutir à leurs disparitions. Un boucher prophète orchestre les rythmes de vies de deux familles parallèles de l’abondance abusive à la pénurie excessive. Cette 2e partie évoque à ceux qui l’ont vécu le temps de l’occupation. Roland Bertin est tout à fait remarquable en garçonnet de 7 ans boulimique et tyrannique. Benguigui en boucher maniant le foie-de-bœuf, la rate et le mou d’une poigne professionnelle, semble n’avoir qu’à paraître.
En bref, pièce un peu facile mais opportune. Elle ne m’a point coupé l’appétit.

04.02.77 – Qu’un auteur réputé engagé et d’avant-garde se sentant momentanément en difficulté de renouvellement ou ayant simplement envie de s’amuser, s’exerce à écrire un vaudeville, pourquoi pas ?
Que cet auteur en cours de route éprouve que ce genre, qui tient de la mathématique autant que de la discipline littéraire, n’est point aisé à manier et qu’il nous livre donc un produit qui sent son amateur, passe ! Mais que le contenu de cette plaisanterie soit carrément réactionnaire sous masque d’ambiguïté, voilà qui ne va plus.
Et que des gens, que j’ai vus dans des entreprises importantes ou en tout cas sympathiques, s’y compromettent en ne semblant pas mesurer quelle besogne ils font, voilà qui me surprend et m’afflige.
VOLE MOI UN PETIT MILLIARD d’un certain Gérard de Saint Gilles (qui n’est autre qu’Arrabal, paraît-il), conte l’histoire d’un certain Docteur Viscère, qui tient de Nimbus et de Cosinus, « savant » méconnu qui croit avoir trouvé le moyen de sauver l’homme du cancer.
Ignoré des Pouvoirs Publics, il a besoin d’un matériel très dispendieux que lui procure, en faisant des hold-up, un Maître de Conférence à la Sorbonne nommé Alain Bourg, qui est sosie d’un toréador, El Malaguegno.
Le vol d’un Vélasquez procurera au professeur l’ordinateur IBM qui lui permettra d’aboutir sa découverte. Mais l’argent est détruit par 2 nonettes en mal de « pureté » dure, et le savant est obligé de faire kidnapper le Ministre de la Recherche Scientifique, une femme qui milite pour le retour de ses sœurs au foyer et qui n’y connaît rien en science. Cependant, le Recteur de Paris 23 a commercialisé l’invention du Dr. Viscère et le met sur la paille pendant un temps. Puis il l’utilise commercialement.
Que dire ? Que nous a-t-on dit pendant le spectacle ? Car ce résumé ne donne pas l’image de ce qu’est le détail de chaque scène. Et l’œuvre, sous couleur de faire rire (ce qu’elle atteint parfois, mais nous sommes loin de Feydeau) n’est point innocente : le combat des femmes pour leur promotion y est ridiculisé.
Le gauchisme est stigmatisé, caricaturé, rendu grotesque par les deux bonnes sœurs excitées qui rêvent de changer le monde et s’y prennent avec une puérile connerie, l’enseignement universitaire est déshonoré. En balance, les mœurs politiques démocratiques sont contestées. Je devrais dire « chinées » pour ramener le propos à sa juste place. Somme toute, Berto, Azerthiope, Arrabal et leurs acteurs Sophie Clamagirand, Agnès Château, Albert Delpy et Jean Obé, sans oublier Marie Pillet croustillante en ministre, ont voulu être « contre tout ce qui est pour, pour tout ce qui est contre. » L’ennui est que le dosage fait pencher la balance du côté du dégueulasse. Ça ne s’analyse pas, mais ça s’éprouve, réplique après réplique, durant la soirée. On me rétorquera que l’objectivité autorise le renvoi dos-à-dos de tous ceux qui font notre univers. Reste que la prise de parti ne peut pas, ne doit pas être méprisée. Ici, il n’y en a pas et je le regrette. Qu’on nous baille du positif, Bon Dieu !

09.02.77 – Je ne suis pas bien entré dans LA SURFACE DE RÉPARATION de Raymond Dutertre et je sais pourquoi : c’est parce que, quand on me propose aujourd’hui une pièce qui vise « à montrer la discordance tragi-comique qui existe entre la détresse profonde » de deux candidats autostoppeurs, concurrents d’abord puis rendus complices par un commun amour du football , « et le sirupeux bonheur proposé à l’homme moderne » par l’univers quotidien dans lequel ils vivent et qui est fait « de panneaux publicitaires, de grands ensembles et de transistors », j’entends que le sujet soit traité.
Or, sous prétexte de « porter au-devant du spectateur la brutalité de tous les jours, l’obscénité du quotidien, au moyen des « stimulis émotionnels » et des « ficelles de jeu » capables de combler les « attentes types créées par la culture moderne », l’auteur nous embarque dans l’onirisme, c’est-à-dire dans le désamorçage de ce que le contenu pourrait avoir de POLITIQUE. L’environnement fustigé l’est au niveau poétique, hors des réalités. Il y a étalage de ressentiments (confusément d’ailleurs) point de critique exprimée. C’est dommage.
Olivier Garnier et Christian Rauth s’épuisent en digressions de type psychodrame. Certains de leurs gags, comme des prises d’accents de sous-développés répertoriés par exemple, ne sont pas du meilleur goût.
Restent qu’ils payent comptant avec talent… Et qu’ils sont estimables d’avoir monté une œuvre d’un « auteur vivant qui draine avec lui, en lui, tous les conflits d’une société que nous connaissons bien », même si le bougre, au nom de l’Art Bourgeois, est, tout compte fait, un noyeur de poissons.

10.02 – Le toujours « jeune » Jean-Louis Barrault (mais n’est-ce pas un lieu commun que d’employer cet adjectif  nous apporte, avec LE NOUVEAU MONDE de Villiers de L’Isle d’Adam, un superbe spectacle, SAIN, vivant, drôle et émouvant. Cocardier aussi, mais d’un flambant qui engendre la mélancolie car on reste rêveur, à voir l’enthousiasme des Américains combattant pour la Liberté avec un grand L chargé de Contenu avec un grand C, car ils allaient créer un homme nouveau avec un grand H, et à mesurer deux siècles après ce qu’ils ont fait de cette liberté.
L’œuvre (de circonstance), avait été écrite en 1874 pour fêter le Centenaire des Etats-Unis, sur commande d’un journal américain qui avait ouvert un concours. Villiers de l’Isle-Adam remporta le prix (de 10.000 F.) qu’il ne toucha d’ailleurs jamais- pas plus que la représentation –conçue pour l’Opéra- n’eût lieu, faute de moyens.
Ces moyens, je présume que Barrault ne les aurait pas eus non plus en 1977 si l’invention des techniques de projections d’images n’était intervenue entre-temps : à part quelques meubles, Pace n’a eu qu’à dessiner. Le cinéma et les lanternes font le reste.
Opportunément, car ils permettent d’environner le texte avec un rythme de superproduction en cinérama, indispensable –mais qui eût été irréalisable il y a 100 ans telle que l’a rêvée Villiers, telle sans doute nous la restitue Barrault. Et je pense que cette fidélité va jusqu’à la caricature du mélo qu’il nous livre, prêtant à sourire souvent, mais point à se gausser. Ainsi traité sérieusement avec distance, excessivement mais sans gags, ce genre se laisse voir aujourd’hui encore avec une indulgente aliénation. Je confesse que j’ai « marché ». Il est vrai que le traître (ici la traîtresse) de Villiers n’incarne pas la méchanceté en soi. Poursuivie par une fatalité attachée à sa Race, dernière descendante d’une lignée maudite, cette malheureuse n’a pas le choix. Annie Duperey sait remarquablement jouer de cette contradiction et inspirer notre pitié lors même qu’elle parodie son propre personnage. Elle le rend plausible mais c’est seulement parce qu’elle a su bien lire Villiers. Tout le spectacle se ressent d’une excellente direction d’acteurs. Danièle Lebrun, Granval, tous (ils sont presque trente et je m’arrête de citer des noms car c’est injuste) sont très bien. À noter pourtant, la croustillante composition de Barrault lui-même en petit vieux à chique de western.
Que dire d’autre ? J’ai passé une bonne soirée. Je ne me suis pas ennuyé une seconde. L’imagination et le professionnalisme s’étaient alliés pour me charmer. La décadence occidentale n’était pas de la fête. Ou plutôt si, elle était présente par son absence.
Je l’ai déjà indiqué au début de ces lignes, mais j’y reviens : combien comme moi dans la salle, en voyant ce NOUVEAU MONDE, ne s’affligeaient en songeant aux autres « nouveaux mondes » surgis depuis et à ce qu’ils sont devenus ? L’Homme serait-il donc foncièrement mauvais ? Villiers de l’Isle-Adam, en nous montrant tant de vertus, de bonté, d’abnégation et de courage chez ses personnages « positifs », en les parant de tant de noblesse et de grands sentiments, y mettait-il, au fil de sa plume, l’humour que Barrault leur a insufflé ? Ou croyait-il que le sang bleu conférait réellement ces qualités à ceux dans les veines desquels il coulait ? De fait, les gens du peuple, (sauf les militaires) ne sont ici pas mieux traités que chez Shakespeare. Mais la malice de Barrault a gommé la gêne que j’aurais pu ressentir. Ces fantoches tout d’une facette, il me les a fait suivre avec amitié dans leurs trajectoires « admirables ». Je les ai vus dans leurs « erreurs ». (Pour l’homme que je suis, d’aujourd’hui) comme des morceaux de bravoure anthologiques. Et pourtant ils m’ont passionné et procuré cette denrée rare au théâtre en 1977 : de la joie. C’est du grand art.

11.02.77 -  Il ne me viendrait pas à l’idée, à moi, de monter LES BONNES de Genet. Et si j’étais, comme Dominique Quéhec, investi par la préoccupation à la mode, c’est-à-dire LE POUVOIR, il me semble que je choisirais des œuvres plus directement politiques, pour m’exprimer.
Mais enfin la pièce est belle (quoiqu’un peu lente à s’installer, je l’ai toujours éprouvé et encore hier soir à la M.C. d’Amiens). Elle est riche.
L’hommage qu’on peut rendre au metteur en scène qui vient après des Beck, des Garcia, des Serreau et bien d’autres, c’est qu’il a été vis-à-vis du texte d’une honnêteté scrupuleuse. Les actrices, Jeanne David, Laurence Février et Frédérique Ruchaud ont été dirigées avec rigueur et exigence. L’intelligence a présidé au travail. Tout a été pesé, disséqué, mesuré, réfléchi, pensé et repensé puis seulement exprimé… COMME la RÉFLEXION CÉRÉBRALE proposait de la régurgiter au public. Malheureusement, la folie est absente de ce montage fait avec la tête d’un homme qui n’a pas de tripes et vraisemblablement pas beaucoup de cœur. En conséquence, ce n’est pas assez violent, pas assez passionné. Ça n’explose pas. Les sexes ne sont pas en feu, les crimes ne paraissent pas rendus inévitables par des rapports (sociaux et humains) exacerbés. C’est dommage car ces actrices parfaites auraient pu dépasser –et de loin- le niveau intellectuel où elles sont cantonnées.
par André Gintzburger publié dans : histoire-du-theatre
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Jeudi 1 février 2007
14.02.77 – L’ATELIER VOLANT était mal foutu, mal bâti, interminable. Du moins était-ce une œuvre originale. FALSTAFE est une mixture composée au départ des « Rois » de Shakespeare. Le truculent obèse y est mis en gros plan pour servir de « faire valoir » à Marcel Maréchal dont la prépotence n’aurait su s’accommoder de jouer l’original où les Henry ont tout de même la vedette. Denis Llorca, il y a quelques années, avait commis une semblable salade –qui n’était ni moins bonne ni meilleure que celle que nous apporte le Théâtre National de Marseille. Elle était toutefois moins « riche ». Ici, on voit que Dominque Borg et Pierre Yves Leprince ont bénéficié d’un budget complaisant-. La « lecture » de Novarina se devant d’être à l’avantage du patron de la troupe, le débauché paillard divertisseur du Prince de Galles, le vicieux boulimique décrit par l’auteur élisabéthain comme une bête malfaisante assoiffée de jouissances et sans aucunes préoccupations « politiques », est infléchi de telle sorte qu’il semble porter en soi on ne sait quelle contestation « de gauche », et abriter comme une grande pensée « généreuse ». Évidemment, cela rend d’autant plus pathétique la scène finale, quand le tuteur est jeté en prison par l’élève transformé par la Couronne.
Là où le nouveau Roi rejetait simplement chez Shakespeare la gourme de sa jeunesse avec son maître ès débauche, ici c’est le pouvoir épris d’ordre qui mate INJUSTEMENT l’anarchiste poète. Falstafe Maréchal ne pouvait pas ne pas être un sympathique défenseur de la bonne fantaisie, de la liberté cigalière et de la robustesse de la « voie individuelle dans la vie ».
Tous les acteurs servent la soupe à leur gros lard de directeur. Ils le font avec un certain talent. Jany Gastaldi,   (Henri V) tire (très bien) son épingle du jeu et arrive à être par moments partenaire à part entière de son metteur en scène acteur qui, à mon avis, a tout désormais –et même le sens du conventionnel- pour briguer la « Comédie Française ».
À noter que le spectacle très ennuyeux dans sa première partie se laisse voir dans la deuxième. Certaines scènes de batailles sont réussies. Mais dites-moi en quoi ce genre de salmigondis peut me concerner ? Qu’est-ce que peuvent me foutre ces histoires d’un autre temps ? Les conservateurs présents dans la salle de l’Odéon le soir de la Générale ont bien applaudi. D’autres étaient partis à l’entracte.

16.02.77 – Dominique Houdart aurait-il achevé son parcours classique ? Le voici revenu avec LOUISE MICHEL à sa nostalgie de ces jours de la Commune de Paris au cours desquels le peuple avait cru pouvoir prendre en main son destin, cette nostalgie que lui avait inspiré en 1968 le spectacle d’intervention qui m’avait amené à m’intéresser à lui. Entre-temps, d’Arlequin en Wu et en Don Juan, la « révolté » avait semblé s’assagir au rythme d’un long trajet dans l’univers des « formes animées ». Il en était devenu l’ESCLAVE. Sa dernière réalisation, parfaite, était GLACIALE et les superbes pièces qu’il déplaçait laborieusement sur l’échiquier de DOM JUAN recélaient une odeur de mort. Avec LOUISE MICHEL, la chaleur, l’âme, le cœur, ont resurgi des profondeurs et ce survol de la vie « exemplaire » de l’héroïne anarchiste est à la fois vivant et profondément émouvant, parfois bouleversant. Il est vrai que c’est Jeanne Houdart qui joue le rôle, non point cette fois en « lectrice » étriquée, mais en actrice libérée.
Elle se déchaîne avec la passion de ceux qui croient ce qu’ils disent, mais ses partenaires « formes animées »   eux-mêmes ne sont point des joujoux pesants de maniement délicat. Grosses poupées molles de chiffon pour Thiers et Bismarck, petites poupées noires pour d’autres, elles sont aisément maniables et actives. Louise de chair et d’os joue avec elles, se mêle à elles. Tout est actif, vibrant, sensible… et sain. Disons simplement VIVANT. Je ne réagis plus comme il y a quelques années où je trouvais que n’avaient rien d’exaltant les spectacles commémoratifs d’événements qui montraient les échecs de l’Homme dans sa quête d’élévation et de bonheur. Constater qu’en un siècle, la bourgeoisie n’avait fait qu’affiner les moyens de se maintenir au Pouvoir m’eût alors semblé nocif.
Je pense maintenant qu’au contraire ces exemples peuvent provoquer d’utiles sursauts chez les moutons asservis. Il n’est pas possible que la sincérité, l’honnêteté et la générosité ne triomphent pas un jour de leurs oppresseurs. En tout cas, en sortant de cette Louise Michel-là, je n’étais pas découragé, au contraire. Peut-être est-ce parce que le spectacle n’est ni didactique ni distancié. Il ne m’invite pas à réfléchir mais à éprouver… à ressentir que la Commune, Thiers, Louise Michel et la IIIe République, tout cela n’était qu’un début. « Continuons le combat. »

18.02.77 – Je pense que si un jeune auteur apportait aujourd’hui à Lucien Attoun LA PAIX d’Aristophane dans l’adaptation de Vassoula Nicolaïdès, il ne serait pas édité. Car cette adaptation rocailleuse et vulgaire, sous prétexte sans doute d’être populaire, ne rajeunit en rien le texte, lui laisse au contraire tout son archaïsme et son souffle d’un autre âge correspondant à une sensibilité différente. LA PAIX ainsi proposée est sans impact pour nous et chiante. Et c’est bien dommage car l’œuvre, qui montrait il y a plus de deux millénaires, un peuple s’insurgeant contre une guerre que ne voulaient que les marchands et les puissants, devrait nous sembler concernante. Hélas, Yorgos Sévasticoglou achève de désamorcer la bombe en faisant s’égosiller, pendant deux heures, une troupe jeune fleurant son récent amateurisme, qui y va avec tout son cœur dans un paroxysme épuisant pour les spectateurs. La « maladresse » de ces postulants est accentuée par l’absence apparente de direction dont ils ont souffert. Le groupe PRAXIS convient bien à la Cité Internationale dont il a été promu troupe permanente. Son niveau correspond à la hauteur de Caron et son « art » de traiter d’un grand sujet signifiant en le ramenant à ce qu’il a d’archéologique, est parfaitement dans la ligne voulue par le successeur de Périnetti. Les lascars sont-ils complices ?

UNE ESCAPADE À BARCELONE

21.02.77 – Je n’avais pas vu les « Sept méditations sur le sado masochisme politique » en France, et c’est à Barcelone que je me suis rendu pour assister à l’entrée du LIVING THÉATRE en Espagne. Est-ce parce que j’ai entendu ce spectacle tout en castillan ? Est-ce parce que ce pays surgissant de l’obscurantisme fasciste fait aujourd’hui le chemin que nous suivions dans les années 68 ? Toujours est-il que, mêlé à cette foule innombrable et avide, je n’ai point partagé la réserve de mes compatriotes blasés. Car enfin, ce qu’ils reprochent à Julian Beck, dix ans après avoir été étonnés par lui, c’est de n’avoir point renouvelé son ESTHÉTIQUE ! Et alors ? Si ce style rituel est efficace auprès des masses non au parfum, qu’importe le flacon, puisque le contenu est EXEMPLAIRE ?
Entendez-moi : je ne partage pas tous les détails de la philosophie exprimée, et le système de référence qui place le problème sexuel à la base d’une réflexion qui aboutit au vieux : « Changez le monde, changez la vie », de PARADISE NOW, ne saurait me satisfaire ? MAIS l’essentiel est dit, et c’est ce que je pense profondément, que l’humanité s’est fourvoyée sur des routes erronées, pavées d’argent et d’appât du gain, de Propriété et de Capitalisme, d’exploitation de l’homme par l’homme et de tortures policières, d’Etats et de tours de Babel… La 7e méditation qui crie le désespoir de cette quête utopique, et qui pleure que le rôle de l’artiste ne soit que de dénoncer sans pouvoir transformer, elle est d’un haut pathétisme.
On n’a pas le droit, par les temps qui courent, de faire les difficiles. Oui, ils ont quelque chose de puéril, ces lascars qui parlent de la « révolution sexuelle » avec sérieux comme si leurs fantasmes étaient de quelque poids face à l’enjeu de la transformation de l’Homme. La partouze érigée au rang de la Prise de la Bastille, voire ! Un certain Marquis de Sade avait fait SA révolution sexuelle et n’était pas, que je sache, un apôtre de l’égalité ni de la fraternité.
Mais qu’importe. Ces gens ont le courage de rester imperturbablement des anciens combattants de 68. Anciens ? Pas partout, pas ici, en Espagne, où les jeunes les écoutent avec des oreilles neuves, prolongeant les conversations par petits groupes qui suivent le spectacle jusqu’à ce que le taulier menace d’appeler la police. Mais même « anciens », qu’avons-nous à leur opposer, nous qui avons démissionné de la lutte,  sinon nos gueules de sceptiques désabusés ? Faire la moue devant cette démarche anarchiste utopiste mal fondée mais sincère, entêtée et courageuse, c’est agir comme Colette Godard. D’autant que d’un point de vue professionnel, il n’y a que des félicitations à décerner à ce groupe hétéroclite qui s’est donné la peine d’apprendre intégralement ses textes, chants compris, en espagnol.
Beck a appris que pour toucher les peuples, il fallait parler leurs langages. Lui et son équipe ne sont pas des feignants. Grâce à leurs efforts, 1800 personnes entassées dans le dancing LA PALOMA ont MÉDITÉ avec les « Cathéchiseurs » qui enseignaient, avec Art à l’appui, des paroles sans complaisance. L’atmosphère avait quelque chose de religieux. La 5e méditation qui met la gégène en scène, érigeant en spectacle une des tortures les plus répandues dans notre monde, mérite une mention spéciale.
La censure espagnole (car cette structure demeure), n’a rien trouvé à y redire. Même quand on fout une électrode dans le cul du patient nu. Il y a vraiment quelque chose de changé au Royaume d’outre Pyrénées.

23.02.77 – Le bientôt sexagénaire Fr. Dürenmatt, ayant fait réflexion que son œuvre était en train de passer de mode et s’étant demandé si, au demeurant, cette œuvre valait tripette, a pondu sous le titre LE MÉTÉORE une pochade affligée de la célèbre légèreté suisse qui, en forme d’autocritique tempérée d’humour, montre un prix Nobel gloire nationale qui a pris conscience de son inutilité et ne demande qu’à mourir. Mais malgré ses efforts, il n’y parvient pas et semble condamné à survivre éternellement dans un monde où, autour de lui, tout trépasse.
C’est le bientôt quinquagénaire Gabriel Garran qui a mis en scène avec talent et classicisme cette « réflexion » courageuse et transposée dans un beau décor du quinquagénaire André Acquart. Le largement septuagénaire Claude Dauphin joue le rôle du vieillard en taquin de boulevard. De Mamouret aux vieilles dentelles à l’arsenic, le théâtre commercial est plein de ses octogénaires dérangeants qui n’ont plus rien à foutre de rien et emmerdent le monde entier en se vengeant. Généralement ils sont plus drôles. Ici, nous sommes conviés à penser et c’est à la fois chiant et d’un niveau trop moyen. Les personnages annexes servent à Dürenmatt à exprimer son point de vue sur les médecins (Jourdan), les éditeurs (Harari), les dames pipi (Denise Perron), les call-girls au cœur tendre (Véronique Jeannot) et les généreuses femmes (Armande Altaï) des peintres médiocres (Georges Ser). Les trois derniers cités sont avec Jacques Pieller, qui incarne le fils prodigue et avide, les seuls moins de 30 ans d’une distribution qui réunit pleins d’anciens combattants de 40 ans à la mort.

24.02.77 – La surprise : on se pointe un soir, juste pour faire plaisir à Jacques Seiler qui a téléphoné, au Café de la Gare à 20 h 15 pour voir un machin qui s’appelle TOPIQUES, et on sort ravi car on a assisté à un des meilleurs spectacles de sa saison. Un « topique » (du grec « topos » = lieu), selon le Larousse, « se dit des médicaments qui agissent sur des points déterminés à l’intérieur ou à l’extérieur du corps. » Pour le Petit Robert, ce mot dans la tradition aristotélicienne signifie « lieu commun ». Le décorateur Jacques Le Marquais a donc imaginé des Petits monologues, au cours desquelles des personnages « vivent » une situation. Seiler en a choisi quatre : 1/ un touriste tombe d’une fenêtre d’où d’Annunzio s’était précipité en 1922. Tombé sur la tête comme son prédécesseur, il s’identifie à son héros. 2/ Un peintre sur assiettes explique aux camarades au cours d’une réunion de cellule ce qu’est l’art populaire. 3/ Un paysan de quelque Larzac s’aperçoit qu’il a le mauvais œil. Après avoir fait sauter moult avions et tanks, il détruit l’univers et se suicide. 4/ Un membre des J.C plein d’enthousiasme sauve la face au Parti en prenant la place d’Oïstrach au cours d’un grand concert meeting. C’est délicat, fin, plein d’humour et de fantaisie, irréprochable de contenu, toujours profondément « vrai », humain. Seiler est remarquable de diversité et sa rigueur est impeccable. Il ne cède à aucune facilité. Son art est hautement professionnel.

25.02.77 – Voilà qui est suspect : Chéreau, l’impitoyable, le chirurgien, s’intéressant à une œuvre qui traite de la vieillesse, de ce moment où l’homme n’est plus « productif » : « Retraité », « retiré » à la campagne, il épuise dans l’inaction, l’ennui et l’indifférence générale, ses forces déclinantes. C’est un autre jeune dans la trentaine, Jean-Paul Wenzel, qui a écrit LOIN D’HAGONDANGE, du nom de cette localité sinistre où la couple décrit avait vécu sa vie active, et qui existe vraiment.
De la part de Wenzel, il s’agit probablement d’une situation vue de près, éprouvée. Les efforts du vieux pour se maintenir « jeune » sont pathétiques. Il voudrait baiser sa femme, mais elle ne « peut » plus. Il fabrique des objets qui ne servent à rien mais respecte ses anciens horaires de travail, se levant à la même heure que lorsqu’il pointait et ne souffrant aucune distraction. Ce qui unit les deux êtres ne peut pas s’appeler amour, mais cette habitude tendre, qui respecte la hiérarchie Homme/femme, est forte et la mort de sa compagne plongera l’esseulé dans l’épouvante de la solitude.
Pièce super réaliste, faite de petits tableaux précis, elle montre une dramatique réalité d’aujourd’hui. Dénonçant par la crudité de cette tranche de vie servie saignante le sort réservé par notre société au « 3e âge », l’abomination du « repos » bien gagné, elle illustre à quel point la campagne pour l’abaissement de l’âge de la retraite, cheval de bataille de notre gauche, est un combat démagogique et le restera tant que la retraite sera pour l’Etat l’équivalent d’un viager, ce qui implique qu’il ne fasse rien pour prolonger les bouches inutiles. Le vrai problème n’est pas d’arracher l’homme le plus tôt possible à son travail, aussi con soit-il, il est de le préparer à autre chose que « cultiver un lopin de terre » quand il ne sera plus nécessaire qu’il produise pour la communauté. LE préparer et LUI préparer le terrain en lui offrant des activités qui ne consistent pas à tourner en rond en se rongeant les freins. En somme, leur revendication devrait être : nous voulons VIVRE, nous n’en avons rien à foutre de SURVIVRE. L’œuvre suscite donc d’utiles réflexions. Malheureusement, Patrice Chéreau l’a rendue très ennuyeuse en laissant prendre à ses acteurs, François Simon et Tatiana Moukine, des temps interminables, et en leur inspirant un style de jeu décalé par rapport au réalisme. Il a voulu sûrement que les spectateurs s’emmerdent pour qu’ils ressentent mieux l’ennui dont crèvent les protagonistes sur la scène. ENNUI accru par le paysage désolé de la campagne au-delà des (non) fenêtres de la maison (on a supprimé tout mur entre le monde clos où se consument les deux vies finissantes et le monde extérieur, désert et sinistre).
Est-ce la dénonciation d’un fait de société qui a séduit Chéreau ? Sans doute, dans la mesure où la pièce ne propose aucune solution et dans celle où notre Société n’en propose pas non plus (à part quelques velléités émanant de « jeunes » charitables qui trouvent dans l’aide au vieux une occasion bien admise de s’exercer au Paternalisme). Disséquer cruellement un cas sans issue, voilà ce qui a dû motiver le peintre lucide qui s’évertuait naguère à considérer le montage d’une pièce comme une série de visions picturales. La générosité, la bonté, sont absentes, et je crois que ceux qui ont pu être émus par cette représentation n’ont puisé qu’en eux-mêmes les raisons de cette émotion.

01.03.77 – TRANSIT est à Henry Miller ce que OXTIERN est à Sade. Ce n’est pas ce qu’il a fait de mieux. Reste que cette pièce délicieusement désuète se laisse regarder par le quinquagénaire que je suis comme quelque chose qui semble dater de son enfance.
La mise en scène de Joxe, terriblement « expressionniste allemand », accentue cette impression, non pas de « déjà vu », mais de « toujours vu ». Nous sommes dans un univers où les morts agissent en 2e partie comme les vivants de la 1ère. Le « politique » est absent mais le « mal de vivre » en découle. Putain au grand cœur et amoureuse suicidaire s’y partagent les faveurs d’un prédestiné maquereau dans un environnement assez cour des miracles brechtienne. Il y a une logique de l’anecdote mais celle-ci n’a pas d’importance. Pourtant, cela a du charme et Joxe y est certainement pour beaucoup. Il aime le ragtime, le charleston et les figures de manèges et de cirques. Ca aide. Au fond, c’est bien. On sort sans s’être senti concerné, mais on ne s’est pas emmerdé. C’est une démarche hors du temps. Après tout, c’est peut-être moi qui la considère d’un œil blasé. Il y avait des jeunes à Gémier. Ce n’était pas une « générale » et ils avaient l’air de marcher très bien. Les générations se retrouvent par grands-parents interposés. (Il y a eu un hiatus mais qu’en reste-t-il ?). C’est curieux…

04.03.77 – Les indiens Guaranys semblent avoir eu une très belle civilisation à base singulièrement métaphysique, étayée par une littérature poétique d’une grande beauté. Un ethnologue nommé Pierre Clastres ayant capté la confiance des survivants, a réuni quelques textes que Jean-Claude Fall, Marie-Paule André et Lucien Rosengart nous disent au théâtre Essaïon sous le titre le LE GRAND PARLER, avec beaucoup de rigueur, d’austérité, de Foi et de conviction. C’est une soirée culturelle.

05.03.77 – Il y a des pièces en face desquelles on se dit : Gaffe ! On en cause depuis si longtemps et tant de sommités en ont glosé ! Théâtre Populaire, Gallimard, Theater Heute l’ont publiée. Voici qu’Antoine Vitez la monte et l’autre jour Attoun a consacré dans son émission du vendredi matin 3/4 d’heure à l’événement. Les richesses d’IPHIGENIE HÔTEL m’ont donc été soulignées et je me souviens notamment de l’intérêt que le metteur en scène semblait porter au fait que les personnages, poursuivant chacun son monologue intérieur, « ne se répondent jamais directement les uns aux autres »…
Au centre Pompidou, Vitez a utilisé un itinéraire central cerné par les spectateurs de 2 côtés et par des portes à doubles battants des 2 autres. On est donc clairement dans un « lieu de passage ». Bien sûr, puisque ça se passe dans un hôtel, lieu de transit par excellence. Mais la salle à manger, le hall d’accueil, les chambres, et notamment celle où repose le corps d’Oreste, l’ancien propriétaire devenu concierge et qui vient de mourir, « s’intermêlent » de telle sorte que les personnages passent à côté les uns des autres selon des itinéraires aveugles que les acteurs ne savent pas tous bien assumer. Ce « dispositif », qui n’a pas été inventé par l’auteur, permet au réalisateur de rendre crédible sa thèse. Mais je crois bien qu’il a été chercher midi là où Vinaver n’avait vu que quatorze heures. Car lorsque deux personnages sont censés être dans un même lieu, ils se parlent d’une manière très directe, sauf quand une rêverie d’origine psychologique amène certains (pas tous) à s’éloigner momentanément du partenaire immédiat. Car Vinaver, je crois, a laissé « broder » parce qu’il est un habile P.D.G., mais en vérité il a écrit une pièce de boulevard (même assez odieusement vulgaire) sur fond de « politique », qu’on a fait semblant pendant des années de regarder  comme audacieusement subversif ! Car enfin, quoi ? Ces touristes français installés dans un hôtel français à Mycènes sont bloqués parce que Radio Monte Carlo, seul poste qu’ils parviennent à entendre, pratique le « sensationnel » et arrive à faire croire à ces éloignés que la France de 1959 est à feu et à sang. Soi disant, les frontières sont fermées ce qui empêcherait le gérant de l’hôtel, bloqué en France, de revenir. Moyennant quoi, nous assistons à la prise du Pouvoir A L’HOTEL par une grande gueule de portier. On attend Massu à Paris. ON A un Massu à Mycènes. L’usurpateur prendra sa retraite avec une bonniche vicieuse quand de Gaulle quittera Colombey pour venir sauver la France à Paris ! Vinaver a profité de cette toile de fond pour nous montrer des tranches de vies.
Un hôtel, c’est une bonne idée, et Ribes a eu la même depuis. La clientèle est « mélangée » et le portier fasciste le sait bien, qui va sélectionner tout ça (mais apparemment Onassis y a pensé aussi : Mycènes, vous pensez, Agamemnon, Clytemnestre… et les autres, c’est de l’or en barre !).
On voit donc évoluer une jeune femme snob et chiante et son mari toutou, un célibataire quadragénaire objet des convoitises d’une jeune fille qui a eu des déboires et qui a tout reporté sur les merveilles des civilisations antiques, -et sa mère qui ne songe qu’à la marier- ; un vieux couples d’érudits fouilleurs ; et puis –on ne les voit pas mais on en parle beaucoup- des mannequins de Dior qui viennent se faire filmer dans la mode nouvelle devant les ruines- et puis le personnel, monde servile et agressif à la fois, qui vit selon SES Lois et SES règles sur une planète où les clients n’ont pas accès. Mais ce ne sont pas des prolétaires !
« En France, dit une des bonniches, MEME UN OUVRIER, ON PEUT LUI PARLER »… Leurs intrigues l’emportent et c’est là que le mot « boulevard » se justifie.
En fait, en 1959, on n’écrivait pas autrement et ce boulevard (tout de même TRES intelligent) correspondait à l’écriture du moment. Ce n’est pas parce que la sortie parisienne de l’œuvre se fait 18 ans trop tard qu’il faut lui jeter toutes les pierres. A noter que Vitez a, cette fois-ci, tiré son épingle du jeu avec une grande subtilité, et SANS DE-SERVIR le texte. Vinaver a de la chance. C’est le J.T.N. qui présente le spectacle. Je ne savais pas que Jean-Claude Jay, Lise Martel, Roland Monod, Alain Ollivier, Thérèse Quentin, Agnès Vanier et Gilbert Vilhon fussent frais sortis du Conservatoire !

05.03.77 – JOSE de Carlos Queirez Telles (adaptation de Jacques Thiériot), mise en scène de Jean-François Prévand, est une réussite. D’abord, parce que l’unique interprète, Jean-Paul Muel, débarrassé par un habile directeur d’acteurs des « défauts » et excès qu’on lui connaît, est REMARQUABLE, jouant, on pourrait dire incarnant, un ouvrier brésilien du bâtiment, sans la moindre VULGARITE. Par rapport à ce que faisaient la veille dans la pièce de Vinaver les faux prolos de la gent servile, sa prestation est exemplaire sous cet angle. Il est vrai que le rôle est en or, mettant en scène un fait divers réellement survenu au Brésil lorsqu’un maçon surexcité par l’imminence du match de football Brésil/ Hollande, mourut d’une crise cardiaque à l’instant du coup d’envoi. Ce fait divers est pour l’auteur prétexte à dénoncer l’aliénation par le sport commercial d’un peuple asservi. On sait que (selon un mot d’humour en cours dans ce pays), l’Unité du Brésil est cimentée par « le Religion (Catholique), la langue (Portugaise) et le foot ball ! Et certes, lorsqu’on connaît Sao Paulo, certains détails localisent bien le pamphlet, qui dénonce pêle-mêle l’analphabétisme, l’obscurantisme, la superstition religieuse et magique, l’exploitation de l’homme par l’homme, l’anarchie de la construction et le scandale des matériaux insuffisants, l’abrutissement par la radio et la TV etc… Mais ces turpitudes sont-elles seulement les fruits du fascisme militaire ? Le spectacle nous donne-t-il l’occasion de nous réfugier dans la bonne conscience en estimant que cela se passe ailleurs ? Certes non, et le mérite de ce travailleur aliéné par un système de civilisation qui vise à détourner l’Homme des vrais problèmes qui le concernent en mettant en gros plan des compétitions « objets », est universel. Il n’y a qu’à constater chez nous en France à quel point la vie s’arrête quand un « grand » match est lancé publicitairement.
Des « jeux » romains au rugby d’aujourd’hui en passant par la corrida, les distributeurs d’opium au peuple savent bien qu’il y a des cordes qui seront toujours et partout sensibles.
JOSE nous concerne tous et c’est pour cela que je dis : c’est bien, très bien.

08.03.77 – Il y a des troupes qui ont une réputation. Dans notre petit monde « professionnel » on en parle des années durant. Et puis un jour, elles sont là et on se dit : « Quoi ! Ce n’était que cela ? » ;
Je me suis très ennuyé à ROMANCE, spectacle des DZI CROQUETTES, travestis brésiliens bavards qui singent le MAGIC CIRCUS sans atteindre au 1/10e de son efficacité. Il faut dire que ces invertis d’Outre Atlantique ont eu la bizarre idée de vouloir introduire le monde de la Commedia dell’arte dans celui du Carnaval de Rio. Sans doute est-ce l’effet de la Samba, Arlequin, Polichinelle, Pierrot et Colombine deviennent lourds. Courageusement, les artistes disent leurs textes en français. Ou plutôt dans un baragouin qui de temps en temps laisse deviner le sens d’une phrase. Le portugais eût recélé plus de mystère et aurait évité que n’éclate la bêtise intrépide de l’anecdote qui montre une Colombine des faubourgs oscillant entre deux Pierrots à l’occasion du Carnaval. Les tableaux « somptueux » (comprendre le mot dans le sens que lui donne Savary) sont du niveau d’une revue de Province, laids et clinquants. La troupe a fait l’économie d’un orchestre et chante sur une bande sonore, ce qui accentue son côté médiocre. Les costumes ont une certaine richesse. Il paraît que la dernière virée de cette troupe à Paris avait été triomphale. Je n’avais pas vu le spectacle d’alors. Peut-être celui-ci est-il le GOOD BYE MISTER FREUD DE Dzi Croquettes. (Palace)

10.03.77 – Il fut un temps où à Genève on appelait le directeur du théâtre « Divan le terrible », parce que si une fille voulait jouer dans sa troupe, il fallait qu’elle y passe, comme on dit. Le jeune Alain Bézu, directeur d’une très jeune compagnie installée à Rouen sous le titre de THEATRE DES DEUX RIVES, a dû penser que pour présenter un travail dans la périphérie parisienne –ce qui lui vaudrait la visite des critiques- une des solutions serait de proposer à Xavier Pommeret, directeur du Centre Dramatique de Nanterre, une œuvre de Xavier Agnan Pommeret (ne confondez pas ! C’est le même, mais il tient à marquer la différence !). Bon pari : le théâtre des Amandiers et le Théâtre des deux Rives ont coproduit « L.S.B. – Le Salamandre Business » de Xavier Agnan Pommeret, et ça se joue dans la nouvelle salle polyvalente qu’anime Xavier Pommeret, à Nanterre.
Quoique X.A. Pommeret n’annonce pas la couleur, ce qui est un peu une imposture, nous rappellerons que L.S.B. est une variation autour du thème d’un roman tchèque dû à Karel Kapek (je cite de mémoire), LA GUERRE DES SALAMANDRES.
Il s’agit d’une parabole : un marin ayant découvert quelque part dans le Pacifique des animaux singulièrement intelligents a l’idée de s’en servir pour qu’ils ouvrent les huîtres sous la mer et en rapportent les perles.
Puis un promoteur international développe l’idée et met ce sous prolétariat non humain –ne bénéficiant pas des lois sociales humaines- au service de la Race Blanche. Et ça marche très bien. Les Salamandres sont actives, dociles, jamais en grève. Grâce à elles, les profits sont énormes… Jusqu’au moment où elles éprouvent le besoin d’augmenter leur espace vital, font fondre les glaces polaires et engloutissent l’humanité sous un nouveau déluge.
Brecht, avec ce sujet, aurait pu écrire un texte exemplaire et le roman tchèque a d’ailleurs été, il y a longtemps, adapté par je ne sais qui pour la scène, dans un esprit brechtien.
Pommeret, dont la confusion de pensée ne s’est pas arrangée depuis qu’il pond (trop et trop vite peut-être. Réfléchir lui ferait sans doute du bien), préfère mélanger dans son happy end le blasphème et l’appel à la Bible, la fiction et le Marxisme, en un bavardage excessivement « enculturé » qui parfois sombre dans le cabaret avec comme cible (trop facile) le pitre Maurice Druon. C’est notre CULTURE gréco-juive qui est égratignée et vous savez bien que je ne suis pas contre, MAIS la TENTATION OCCIDENTALE et EUGENIE KEPRONYME ne partaient pas d’un texte pré-écrit portant déjà en soi une moralité qui était un cri d’alarme : « Attention, disait le romancier tchèque, si vous voulez garder votre culture, n’exploitez pas ceux qui aujourd’hui ne l’ont pas. Ils pourraient vous abattre demain. » Pommeret, au fond, approuve les Salamandres, mais en même temps il place le déluge sur un plan métaphysique, comme une punition de Dieu ! C’est confus. La mise en scène de Bézu est moderne en ce sens que la partie musicale est très (trop) importante. Cette musique (qui est déjà vieille dans la ligne de Dessau) est due à un certain Marc Duconseillé. À noter que les deux filles qui la chantent ont de fort belles voix. La direction d’acteurs est rigoureuse. Tout est impeccable.
  Bézu lui-même a composé son personnage de promoteur en imitant Antoine Vitez dans ses imitations. C’est très savoureux. Ce Bézu est un excellent acteur qui sait faire beaucoup de choses. S’il avait coupé 3/4 d’heure, il aurait peut-être donné un très bon spectacle, car il a su dégager, faire éprouver quelque chose d’essentiel enfoui dans l’œuvre écrite : que l’homme, quoi qu’il fasse, reste fragile, infiniment, face aux puissances de la nature, que sa survie tient du miracle. Il souffle par instants dans le spectacle un vent cosmique. C’est un utile rappel à l’humilité.

C’est intéressant de relire ce compte rendu à l’heure où « la Chine s’éveille ».Cela donne envie de relire le roman de Karel Kapek qui, mieux qu’une adaptation théâtrale, pourrait faire l’objet d’une superbe superproduction cinématographique.
par André Gintzburger publié dans : histoire-du-theatre
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Jeudi 1 février 2007
17.03.77 – Après Arthur Adamov, Bof !... Mais après GILLES DE RAIS, arrêt !... De l’imposture à l’insolence, jusqu’où le Pouvoir continuera-t-il à soutenir l’auteur directeur du TNP qui a sans vergogne mis les moyens d’un théâtre national au service d’un écrivain dont il mépriserait l’œuvre si elle n’était due à sa propre médiocre plume. Car la complaisance illimitée que caresse Planchon pour son propre nombril l’a amené cette fois-ci à jeter les millions par les fenêtres d’un façon honteusement voyante. Je crois que tous les membres de l’A.J.T. auraient chacun pu monter un spectacle avec le fric qui est ici dilapidé.
Ô Planchon ! Fasciste ! Tu les as bien eus, tous, tous ceux qui t’ont cru « de gauche » ! hein ? Tu l’avoues sans vergogne dans ton programme sous le prête-nom de Bataillon : « Du compagnon de Jeanne d’Arc au criminel repentant exécuté en place publique, de l’enfance d’un grand féodal à la démence meurtrière d’un chef de bande, les 36 années de la vie d’un Gilles de Rais offrent une matière exemplaire à qui veut parler de la violence ». C’est bien d’elle que nous parle en effet l’omnipotent maître à penser du Pompidolisme Culturel, et pas pour le stigmatiser. Il s’y vautre, s’en repaît, comme le modèle qu’il a choisi de décrire au gré de méandres qui ne doivent à l’Histoire que l’apparence. En fait, cette pièce est une exploration de Planchon à travers sa propre âme. N’est-il pas remarquable que du curé de l’INFÂME à ce GILLES DE RAIS en passant par ADAMOV, ce soit toujours le côté pissotière qui ressorte ?
Planchon a la pensée sale. Et est-il aussi intelligent qu’on le dit ? À suivre cette œuvre mal bâtie, mal écrite, montée avec une troupe vieille dirigée sans art, le pognon ayant été supposé sans doute suppléer à tout, on se le demande.

UNE ESCAPADE À HAMBOURG

19.03.77     Ô joie sans mélange ! ô bonheur : 1.200 personnes sortent d’un spectacle qui a duré 3 heures et en redemandent. Cinq fois, les artistes doivent rechanter le final. Tout le monde a été « heureux ». Il n’y a eu de toute la soirée pas un seul bâillement et tous les fauteuils ont été « reremplis » après l’entracte. Ça se passait à la Schauspielhaus où l’on jouait la PÉRICHOLE dans la mise en scène de Jérôme Savary. Je ne suis pas sûr que Léonardini aurait aimé : on ne peut pas dire en effet que le réalisateur se soit fortement attaché à situer l’œuvre dans son contexte « historique », en signifiant qu’écrite à une époque où la bourgeoisie toute puissante de l’Histoire une noblesse décadente qui n’en finira de mourir que 50 ans plus tard avec les Tsars, les Habsbourg et Guillaume II, elle montre les abus que peut commettre un prince omnipotent guidé par ses débiles impulsions sexuelles, soulignant ainsi que le Pouvoir absolu arbitraire ravale les hommes à un rang d’esclaves, incompatible avec la « liberté » relative que réclamaient les marchands d’alors pour pouvoir commercer à leur guise. Un Sobel aurait sûrement dégagé que le combat mené contre les Potentats n’était favorable au peuple qu’en apparence. D’un autre côté, le seul « Docteur » venu de Paris, Jack Gousselan (qui est de droite) faisaient sa moue parce que les voix ne lui semblaient pas à la hauteur de la partition d’Offenbach, et il trouvait que la mise en scène était plus music-hall que lyrique. Sur le premier point, je lui donnerai raison. Le point faible du spectacle, c’est que les chanteurs ne sont pas des grands chanteurs, à l’exception de Guy Gaillardo qui tire superbement son épingle du jeu, et c’est dommage, car le charme de la mélodie y perd. Sur le second, je serai d’accord avec lui, mais pas pour faire la moue. Oui, c’est du music-hall, somptueux, bourré de gags, d’inventions ravissantes, d’éclat, d’humour, de gaieté… et de SANTÉ.
C’est assez drôle finalement : Savary me faisant employer ce mot que j’avais réservé aux Canadiens contempteurs d’une culture jalousement conservée. Ce n’est pas dans le même sens que je l’écris ici, mais dans celui où j’aurais pu, par exemple, l’appliquer à un Rabelais. Nous n’en sommes pas loin, de Rabelais, avec cette Périchole libre de mœurs qui se fait culbuter sur le banc d’une place de village où caquètent les poules, par un « Roi » « incognito » qui évolue au milieu d’un Peuple joyeux, où les filles ont la cuisse énormément légère et où l’Argent motive tous les comportements. Meihac et Halévy, qui ont écrit le livret en s’inspirant du personnage célèbre également décrit par Mérimée, ne sont bien sûr pour rien dans cette évocation. Leur Périchole n’est pas la sublime « politique » du CAROSSE DU SAINT SACREMENT. C’est une bonne fille, classable vue l’époque, dans la catégorie des putains, qui quitte (provisoirement) son amant de cœur pour le riche Potentat parce qu’elle a faim. La mansuétude finale du Roi ne devra guère à ses manœuvres et Savary a bien souligné qu’il ne s’agissait que d’un revirement d’opérette (n’est-ce pas un genre qui doit finir bien ?) en faisant offrir aux amoureux réunis le carrosse de Mérimée par le Roi, manifestant une dernière fois son pouvoir absolu… dans le bon sens, cette fois !
L’opérette. Pourquoi n’en monte-t-on pas davantage en France, du moins à Paris, en essayant de l’arracher aux « professionnels » surannés qui la maintiennent empoussiérée ? C’est qu’il est diablement intéressant, ce genre où rien n’a l’air grave jamais, où la prison la plus terrifiante n’empêche pas les héros de pousser la chansonnette comme s’il ne s’agissait que d’amuser un Roi déguisé en geôlier, où un prisonnier injustement incarcéré depuis 12 ans supporte son sort avec bonne humeur parce que son jeu est de desceller les pierres avec un couteau pour s’évader, où la Faim au ventre n’est pas dramatique et aide seulement à transgresser des tabous moraux ; ce genre où tout est factice, artificiel avec des « paysans » qui passent leur temps à danser et à chanter, commentant les « actions » comme quelque chœur antique ; ce genre purement « divertissant », qui reste si profondément populaire et qui pourtant, parce qu’il n’est pas tellement « bourgeois », je crois, n’a pas l’air d’une distribution d’opium du peuple ? Ici, c’est très clair, c’est parce que ça se passe ailleurs, dans un monde facile qui n’existe pas, un monde de rêve, MAIS PAS UN MONDE ENVIABLE, MAIS PAS UN MONDE MODÈLE. Et tout de même un monde où le Roi tout puissant N’EST PAS UN BON ROI, un monde où les sujets ne sont pas inconditionnels, un monde où la Force a à montrer son visage.
Je ne peux pas faire meilleur éloge du travail de Savary puisqu’il n’a apparemment et en vérité cherché qu’à me divertir. Il y a magnifiquement réussi avec l’aide de Michel Lebois qui a fait des décors superbement affreux et de Dussarat dont les costumes sont dignes des Folies Bergères. Mais en même temps, son spectacle m’a inspiré ces réflexions. C’est donc qu’il n’était pas vide de « contenu ». Peut-être est-ce parce qu’il est resté dans la « tradition » qu’il a su les susciter. Parce que cette tradition est sublimée, dépassée, « surréalisée », DANS SA LIGNE et non A CONTRESENS. Il eût été trop facile de montrer en toile de fond des Péruviens misérables, d’inventer un contrepoint social. Non ! Les asservis jouent ici le jeu de la bonne humeur. Rien n’empêche les spectateurs de rêver ce contexte. Ceux qui ont une conscience politique ne manqueront pas de le faire « brechtiennement ». Les autres se seront amusés. Ils auront sans vulgarité passé une bonne soirée. Reste que, quand même, le POUVOIR n’en sort pas magnifié.
 
COMMENTAIRE

Le moins qu’on puisse dire est que Savary a largement exploité par la suite le filon de LA PÉRICHOLE en attendant de s’attacher,depuis qu’on lui a confié l’OPERA COMIQUE à une autre œuvre d’Offenbach, LA VIE PARISIENNE. Quel dommage qu’aucun pouvoir n’ait eu l’idée de lui confier le CHATELET ou LA GAÎTÉ LYRIQUE quand il en était temps.Près de 40 ans ont passé depuis ce compte-rendu et l’opérette n’a toujours pas retrouvé sa place sur l’échiquier de ce qui est proposé au public.

30 MARS 1977 : RAYMOND BARRE, PREMIER MINISTRE, NOMME MICHER D’ORNANO MINISTRE DE LA CULTURE ET DE L’ENVIRONNEMENT

03.05.77 – Selon Régis Santon, Perdican revient au château de son Père le Baron après avoir, à Paris, en 1789, assisté à la prise de la Bastille. Son retour dans un univers provincial où rien n’a changé, sa rencontre avec une cousine élevée par les sœurs dans une tradition obscurantiste, aurait donc un sens « politique ». L’ennui, dans le ON NE BADINE PAS AVEC L’AMOUR qu’il propose à Aubervilliers, c’est que ce propos n’apparaît qu’après le fameux : « Elle est morte, Adieu Perdican », lorsque le « Ca ira » vient soudain supplanter à nos oreilles les notes de la Symphonie Pastorale qui baignent la soirée et en ponctuent les meilleurs moments.
Que dire de cette représentation, si ce n’est qu’elle ne justifie ni l’excès d’honneur ni l’indignité dont l’a gratifiée notre presse en la traînant dans la boue. À la vérité, je n’ai pas envie de juger ce spectacle qui ne manque pas d’inventions… (encore que certaines « trouvailles » laissent rêveur, comme celle où on voit, pendant la scène de la Fontaine, Camille servir la soupe aux Pauvres (en plus ce n’est pas lisible parce qu’« on » n’a pas revêtu les charmantes paysannes qui reçoivent ladite soupe d’un habit de « pauvre »).
Santon a eu l’impulsion de se confronter avec ce texte romantique célèbre qu’aucune revendication populaire n’anime et où Rosette, la Paysanne, est tout naturellement la victime désignée comme la belle Indienne dans les westerns : il a bâti dans sa tête une théorie et il a fait jouer le rôle à sa femme parce qu’il trouve sans doute (lui seul, mais comment lui jeter la pierre ?) que c’est la plus belle ! Bon… Comme d’autres, le recours aux Classiques lui paraît être une voie de survie. C’est que les temps sont durs pour les créateurs ! RIEN ne justifie que sa réalisation professionnelle et inventive soit traitée comme de la sous-merde. En fait, c’est le procès de la presse qu’il faut faire à cette occasion, une presse qui de l’extrême gauche à l’extrême droite peut être qualifiée de FASCISTE, c’est-à-dire d’ARBITRAIRE, IMPRÉVISIBLE, et DÉFINITIVE. Car ce même BADINE en d’autres temps, ni meilleur ni pire, eût pu être encensé. Seule la mode a tourné.

05.05.77 – LUX IN TENEBRIS fait partie des œuvres de jeunesse de Brecht ; Elle date de LA NOCE CHEZ LES PETITS BOURGEOIS, c’est-à-dire de l’époque où l’inventeur des « Lehrstücken » ne tirait pas encore les leçons des fables qu’il contait.
Le client d’un bordel évincé un jour d’impécuniosité par la patronne, jure de se venger et installe juste en face de l’établissement une baraque foraine dans laquelle il dénonce les dangers des maladies vénériennes. Le rapport de force ayant ainsi été établi, il conclura alliance avec la tenancière de la Maison Close, et ensemble, dans l’union commerciale, ils s’achemineront vers de meilleurs profits.
Pierre Etienne Heymann, aidé par Rita Renoir qui a dirigé l’expression corporelle des putains, a réalisé un montage vivant bien chanté et bien joué, qui se laisse voir sans ennui, et même avec un certain plaisir.

05.05.77 – J’ai vu il y a un mois au Petit Tep deux pièces de Milan Kundera mises en scène par Jacques Lassalle qui m’ont paru révéler une mentalité tellement « petite bourgeoise » que j’ai différé d’en parler ici, hésitant à avouer que ces textes, à mes yeux, justifiaient dans le contexte tchèque d’édification du Socialisme la répression dont sont l’objet les 77.
C’est en rasant les murs et en baissant la tête que je l’écris quand même, espérant que personne ne le lira : c’est tellement à contre courant de la mode.


COMMENTAIRE a posteriori

Ouais. Il faut replacer ce petit pamphlet dans  le contexte de mes convictions staliniennes de l’époque.Avais je à ce moment là, d’alleurs,lu « LA PLAISANTERIE » du Milan Kundera dont il est question ici ? En vérité, mon agacement venait de ce que trop de penseurs et, disons le, d’artistes, semblaient prendre plaisir à s’engouffrer dans tous les discours qui, quelque part, fustigeaient « le communisme » et ceci avec la bénédiction des fossoyeurs politiques d’une des grandes chances de l’humanité.  Qu’un Lassalle s’y asservisse me décevait. J’avais encore en 1977 de l’estime pour sa pensée.En fait, il était devenu un « professionnel »,c’est à dire quelqu’un qui devait vivre de son métier de créateur. Bien sûr, cela ne pouvait pas aller sans quelques compromissions.Au fait, peut-être était il sincère et n’était il pas « opportuniste » comme je le croyais.
A propos, vous conaissez l’histoire qui faisait beaucoup rire à Prague en ces années réputées sombres ?
Slogan officiel : « nous marchons main dans la main vers l’horizon du Socialisme »
définition de l’horizon : « ligne imaginaire qui se déplace en même temps que nous ».

FESTIVAL DE NANCY 77

Ce fut un fstival troublé.Le passage d’une compétition universitaire telle que l’avait imaginée Jack Lang à un super marché de la culture mondiale en pointe, avec des retombées commenciales souvent importantes a-postériori, ne pouvait pas ne pas engendrer une crise. Ce fut le cas ctte année là.On y fit pourtant  une belle découverte

  Vu à Nancy les Sept Péchés Capitaux dansés et chantés par Pina Bausch (Théâtre de Wuppertal). Une merveilleuse démystification de l’univers de Brecht, admirable d’exactitude et de technique, et saine puisque s’attaquant à une forme d’art relevant de l’ »Establishment ».

Vu aussi à Nancy le Mwondo théâtre du Zaïre. Cette troupe est dirigée par deux metteurs en scène italiens ! Qu’est-ce qu’ils ont dû se faire plaisir à diriger ces corps souples et musclés, à harmoniser ces voix chaudes et sincères. Reste que leur griffe blanche se voit trop et que c’est dommage.

FRIJOLES, par la San Francisco Mime Troupe, appelle un chat un chat.
C’est un spectacle politique. L’« Art » suit, s’il peut.
Je ne suis pas contre cette démarche, vous le savez, et je trouve très bien que des Américains dénoncent la faim dans le Monde… et en Californie, et les mécanismes du Capitalisme Agraire qui aboutissent à la raréfaction d’une culture vivrière au profit d’une exploitation rentable. Un peu d’invention spectaculaire ne manquerait pourtant pas de renforcer l’impact du propos. On regrette le TEATRO CAMPESINO.

Je ne me suis pas attardé.

15.05.77 – D’accord, c’est lourdingue, souvent vulgaire, provincial, et pas très futé quand ça pense. Mais enfin des trois spectacles de Planchon « montés » à Paris cette année, LES FOLIES BOURGEOISES, «collage » d’après des photos, dessins et textes piqués dans des numéros de L’ILLUSTRATION précédant, annonçant et commentant la Grande Guerre, est le moins mauvais. Il se laisse même voir avec un certain plaisir et s’il durait 3/4 d’heure de moins, il serait tout à fait consommable. À la fin du premier tableau, balnéaire, renfloué par des ballerines qui semblent sortir de l’opéra de Wuppertal, (curieuse rencontre) j’étais même plutôt charmé par la joliesse signifiante de cette parodie d’opérette. Et je ne sais pourquoi, j’évoquais aussi Savary, celui de la Schauspielhaus de Hambourg, de LEONCE ET LÉNA et de la PERICHOLE. Et certes aussi, le riche Lyonnais n’avait pas lésiné sur les moyens, mais sans insolence car sans inutilité. Cela tenait peut-être à ce que le spectacle était présenté à la Porte Saint-Martin, c’est-à-dire dans un vrai théâtre et non dans le monstre Chaillot. Faut-il habiller Chaillot pour l’habiter ? Planchon semble le croire mais est-ce vrai ? Je laisserai la question en suspens.

17.05.77 – Voici le vrai « spectacle » de la San Francisco Mime Troupe. 2 h 30 sous le titre FALSE PROMISES, qui soulèvent pour nous un rideau généralement baissé pudiquement sur un épisode de l’Histoire des Etats-Unis correspondant à la guerre hispano-américaine au terme de laquelle furent « libérés » Cuba et Porto Rico, puis à la conquête des Philippines. FALSE PROMISES nous promène scène après scène de la Maison-Blanche aux mines du Colorado, d’un saloon, où des femmes blanches et noires prennent conscience de leur fraternité, à la maison d’une famille mexicaine dont l’homme a été tué par un accident. Les luttes des ouvriers sont opposées aux appétits du Pouvoir. Le rôle des jaunes est stigmatisé. Le racisme « populaire » est dénoncé comme un moyen de domination des « possédants », la conquête comme une dérivation aux préoccupations des hommes en quête de mieux-être.
C’est malheureusement difficile à suivre pour qui n’entend pas bien l’anglais, car cette « Mime Troupe » cause beaucoup. Pourtant, elle n’usurpe pas son titre car le jeu des acteurs, fruit d’un travail sans le moindre doute original au U.S.A, donne une grande place aux gestes excessifs, appuyés et signifiants. J’avais envie d’inventer le mot d’ « expressiomime » ! Ce